Chapitre 4: Une rencontre inopinée

918 60 23
                                        

J'ai ce goût amer dans la bouche. Dans la rue, je marche en fixant mon poignet.
Cinq petites marques sanguinolentes sont marquées dans ma peau, en souvenir des ongles d'Emma.

Elle est devenue folle. Lorsque nous étions un couple, elle avait montré un peu d'agressivité pendant nos disputes, mais elle ne m'a blessée uniquement lors de notre rupture. J'ai le souvenir de ces deux mains plaquées contre mon cou, qui le serraient presque.
Et voilà qu'aujourd'hui elle recommence à me blesser, me blesser physiquement.
Les larmes commencent à perler autour de mes yeux. Par tristesse, mais aussi à cause de la douleur. Mon poignet me lance, elle a coupé ma peau assez profondément et le sang coule doucement.
Cinq traînées rouge sombre sur mon poignet.
Cruelle Emma ; cruor, qui aime voir le sang couler.

J'essuie mes yeux avec mon autre main, et cherche du désinfectant dans mon sac. J'en ai toujours sur moi, j'ai lu un article dessus, qui disait que les professeurs devraient avoir une petite trousse médicale pour soigner leurs élèves si l'infirmerie scolaire n'était pas à notre disposition. Je n'étais pas vraiment en accord avec le journaliste, après tout, l'école n'est pas une garderie, mais il m'a donné l'envie de transporter du matériel de premiers soins en cas de besoin, étonnamment.
Je cherche dans mon sac, mais je ne trouve pas le petit flacon. Je reprends ma fouille avec acharnement.

Où est-ce qu'il peut bien être ?!

Plongée dans mon sac à main, je ne prête plus attention aux passants.
Soudainement, je sens un choc sur mon épaule, et je tombe à la renverse. Je regarde autour de moi, prête à incendier la personne qui m'a bousculée.

– Finalement, on n'aura pas attendu lundi pour se voir.

Je connais cette voix.

Une main se tend vers moi pour m'aider à me relever.

– Ça va ? Je ne t'ai pas fait mal j'espère ! me demande Marion, mitigée entre le rire et l'inquiétude.

Je souris, et attrape sa main.
Je contemple celle qui dérange ma mélancolie, rayon de soleil inattendu : elle est vêtue simplement, un jean et une blouse claire, couverte d'une simple veste bleue. Et pourtant, elle scintille.

– Dis-moi, tu es super bien habillée ! Tu avais rendez-vous avec quelqu'un ? me dit-elle, en accompagnant toujours ses phrases de ce joli rire.
– Oui, enfin, plus maintenant.

Ma voix semble hésiter, mi-rieuse, mi-gênée.

Marion ne me répond pas tout de suite, elle regarde mes yeux.

– Lise, tu as pleuré ?

Je baisse le menton, je ne veux pas qu'elle contemple à nouveau mon visage, et qu'elle découvre d'autres meurtrissures.

– Ce n'est pas important, ne t'inquiète pas pour ça.

Je me crispe en disant cette phrase, et quelques gouttes de sang perlent à l'une des marques des ongles d'Emma. Je plaque ma main sur mon poignet, en me mordant la lèvre pour ne pas gémir.

Ça brûle...

Marion suit du regard tous mes gestes.

– Tu saignes. Viens je t'emmène chez moi, j'habite à deux pas. Tu n'es pas obligée de m'expliquer, mais je pense que tu as besoin de désinfecter ton poignet. Désolée, c'est un peu inattendu de te le proposer, après tout nous nous sommes rencontrées hier seulement, mais si ça ne te dérange pas, suis-moi.

il n'y a pas d'amour heureuxOù les histoires vivent. Découvrez maintenant