Qui j'étais ?

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Petit avant-propos des familles: je sais que très peu de personnes vont lire ça, mais quelques sujet difficile vont être abordé (dépression et santé mentale en général) donc si cela pourrait déclencher quelque chose que tu ne veux pas dans ta personne, ne lis pas. De plus, même si peu de personnes vont me lire, c'est un sujet assez personnel et, même si le but est de participer à enlever le tabou autour de ce sujet, m'exposer de cette façon reste difficile et il se peut que ce chapitre finisse supprimé. Et surtout, si jamais tu veux faire une petite blague mais que tu penses que c'est pas le moment, fait ta blague. Il faut aussi savoir en rire, et si ça peu aider à décompresser le sujet et à péter un coup, fait le. Merci de ta lecture 💜

Je me suis retrouvé dans un moment difficile. Ça arrive à tout le monde, et je ne sais pas si vous vous êtes déjà demandé, qui vous étiez avant ? "Avant quoi ?" vous me direz, et bah je suppose que ça dépend de chacun. Pour moi, c'était avant l'anxiété, la dépression et toutes ces choses qui déconnent dans mon cerveau.

Avant de tenter de répondre, je vais commencer par dire ça: je suis toujours la personne qui encourage le monde à enlever le tabou qu'on met sur la santé mentale. Mais je me suis rendu compte que je n'y arrive pas. En parler c'est trop dure. J'ai essayé des fois, mais les quelques réactions que j'ai reçu en retour m'ont dissuadé de réessayer. De l'accusation de mensonge à la tentative d'euphémisme à la réponse infantilisante, j'en ai eu assez. Et je sais que j'ai sûrement mis des personnes mal à l'aise en abordant le sujet (mais croyez moi, je le suis tout autant) et je m'en excuse, et je vous demande de ne pas lire si le sujet vous semble difficile. C'est normal on a tous*tes nos limites et nous ne sommes pas obligés de les dépasser.

J'ai sue que j'étais "officiellement" dépressive il y a un peu plus d'un an maintenant. Par officiellement je veux dire que c'est un psychologue qui me l'a affirmé. Affirmé, parce que je le savais déjà, je m'en doutais depuis déjà bien longtemps, même si je ne fais pas trop confiance à l'auto-diagnostic. Quand elle me l'a dit, j'ai ri. C'était à la fois un rire nerveux et ironique. Je vais pas aller plus loin que ça sur le diagnostic, car ce n'est pas vraiment la question.

Qui j'étais avant d'être dépressive ? De mon point de vue, je vous dirais que je suis dépressive depuis mes 11~12 ans (et je peux me tromper) j'en ai aujourd'hui 18. Répondre à cette question est alors difficile parce que je suis devenu une personne avec cette dépression. Je n'ai pas eu le temps de devenir quelqu'un avant de l'avoir. Ce qui fait que je ne sais pas qui je suis. J'ai grandi avec cette maladie en moi, elle a forgé ma personnalité et je ne sais pas qui je suis vraiment sans. Pourtant, elle n'a pas était constante, je sais durant ces 7 dernières années je n'ai pas toujours été en dépression. Il m'est arrivé d'avoir des mois de "repos" où je ne ressentais pas ce poids constant que j'ai même dans mes moments de bonheur, où me lever le matin était facile, où la solitude était comme un lointain souvenir, où je ne redoutais pas de vivre encore un autre jour de plus. Et à ces moments là, j'étais plutôt heureuse, non plus neutre, mais heureuse. Parce que, aujourd'hui dès qu'on me demande comment je vais, je fais comme pause sur moi-même et je réfléchis et je me dis «je ne sais pas» quand je ne trouve aucune raison d'être mal ou alors «non ça ne vas pas» quand je ne trouve aucune raison d'être heureuse. Pourtant, comme toi, je vais répondre «ça va et toi ?» car honnêtement, on sait que personne ne veux entendre que ça ne va pas, parce que ça nous oblige à agir, à faire quelque chose. Et que l'autre nous demandera toujours «pourquoi ça ne va pas ?» et jamais «pourquoi ça va ? ». Honnêtement, on devrait se demander plus souvent pourquoi les choses vont bien, (même si personnellement, je veux pas qu'on me le demande car il y a de forte chance que je réponde que ça va car je ne sais pas comment je vais et que je commence à flipper si on me demande pourquoi je vais bien donc ne me le demandez pas svp).

Ces moments de "repos" (même si ça fait assez longtemps que j'ai eu le dernier et que donc je m'en souviens très mal) j'avais moins de questions, j'étais plus productive, plus motivée, je me sentais tout simplement bien et il me semblait même que le soleil brillait plus. Alors je suppose que c'est ce que je suis quand je ne suis pas dépressive. Grandir avec tout ça dans sa tête est difficile, vous vous en doutez. Je suppose que quand je vous ai demandé qui vous étiez avant, vous avez repensé à un événement possiblement traumatisant (si c'est le cas je suis désolé, sache que je t'aime toi individuellement et que je sais quel courage il t'a fallu pour surpasser ça, tu es fort.e et tu réussira encore beaucoup de fois, même si tu dois échouer avant, tu réussiras).

Du coup, même si maintenant je connais ma/mes maladie.s mieux qu'avant, et que par conséquent je me connais un peu mieux, je ne me connais pas encore très bien sans ça. Et c'est assez effrayant de ne pas savoir qui ont est sans sa maladie. Pendant très longtemps (et encore aujourd'hui, des fois) j'ai crue que c'était une partie de ma personnalité, que ma dépression, c'était moi. Que ces moments où je devenais presque folle, c'était moi. Et même si je suis capable de faire la différence de temps en temps. Il est indéniable que la dépression a forgé ma mentalité. Je ne sais pas si toutes ces choses que je laisse traîner dans mon lit sont liés au manque de motivation due à la dépression où si c'est juste moi qui suis flemmarde, je ne sais pas si les autres me détestent où si mes insécurités sont trop fortes, je ne sais pas si mon anxiété sociale est trop présente ou bien si je suis juste très introvertie etc. Comme vous le voyez, c'est assez compliqué.

Mais même si en parler est déjà un premier pas en avant, il y a autre chose dont je dois parler. Le fait que la société me perçoit en tant que femme fait qu'il est plus facile pour quelqu'un comme moi de parler de ses sentiments, de son ressenti personnel. Je n'aurais jamais la pression qu'on met sur un homme/garçon pour être un homme, un vrai, bien virile, qui ne pleure pas et n'a pas de sentiments. Et bien que certains homme osent exprimer leurs émotions (ce que j'encourage fortement, parce que je sais que pour vous, c'est plus difficile que pour moi) ils finissent souvent moqué, voir insulter (l'idée de la "masculinité toxique"). Faire quoi que ce soit qui te rapprocherais, même de loin, d'un caractère jugé féminin est mal vue (à croire qu'être une femme c'est mal, mais breeef). C'est pour ça que le tabou de la santé mentale est encore plus fort sur vous, en tant qu'homme. C'est en partie pour ça que le taux de suicide est plus élevé chez les hommes, parce que personne ne demande à vous écouter.

Mais, et ma voix n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan, mes épaules, bien qu'affaibli par le temps, sont assez larges pour que vous y pleuriez. Parce que toi, jeune garçon qu'on a trop longtemps refusé d'entendre, tu as le droit de pleurer. Tu as le droit d'avoir des sentiments, de les exprimer, via l'art, le théâtre, la musique, via tes mots, via ton corps. Et tu seras toujours un homme, et tu seras peut-être même plus, tu sera un Humain.

N'attendez pas qu'il soit trop tard, il faut normaliser la parole autour de la santé mentale. Pour moi, pour Demi Lovato, pour Rick Genest, pour Avicii, pour Blue, pour ma mère, pour mon père, pour vous, pour Kurt Cobain, pour mon frère, pour Hakim, pour Stàn, pour tout ceux qui en ont besoin...

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