Cellule 646

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Centre pénitentiaire de l'état

Cellule 646, 13 février, 23h30.

Charles se réveilla en sursaut, ses yeux écarquillés fixant sans le voir, le plafond immaculé de sa cellule.

Avait-il réellement crié ou n'était-ce que l'écho de son cauchemar ?

Le jour s'était couché depuis plusieurs heures. L'air sec avait laissé place à une moiteur étouffante. Au loin, le grondement du tonnerre laissait supposer l'arrivée imminente de l'orage et de la pluie que l'on espérait salvatrice. La sueur malsaine et aigrelette imprégnait les draps et, par la fenêtre grande ouverte, le 'beat' d'un rap rageur rebondissait sur les murs extérieurs avant de s'engouffrer dans sa cellule. Charles rejeta les éléments de sa couche, croisa ses mains sous sa nuque et tenta de se calmer en fixant le plafond. Dès le début de son incarcération, il avait commencé à cauchemarder, et seule la relaxation lui était utile.

Sa respiration s'apaisa peu à peu alors qu'il fixait le plâtre, essayant de faire abstraction des paroles de la chanson martelant ses incitations à la haine et à la violence.

Un filet glauque provenant des lumières du couloir s'infiltrait sous la porte et laissait son empreinte furtive sur les murs. C'est un fait, il ne fait jamais vraiment nuit dans une prison ...

C'est à ce moment qu'il aperçut la lézarde. Juste une petite rainure, en forme d'éclair, pas plus d'un millimètre de large et quelques centimètres de long. Il s'en inquiéta car, il en était certain, elle n'était pas là le jour avant, ni même ce matin. Sa certitude se transformant peu à peu en insouciance car après tout, elle pouvait être là depuis le début sans que lui ou personne ne puisse la remarquer.

Il se détendit pour enfin trouver le sommeil dix minutes plus tard, alors qu'une brise rafraîchissante prenait le pas sur la chaleur asphyxiante, faisant tournoyer d'un mouvement éthéré le mobile artisanal suspendu dans l'embrasure de sa fenêtre.

Cellule 646, 17 février, 09h32.

Bon sang ! grogna Charles ...

Bien qu'insignifiante jusqu'il y a peu, elle s'était insinuée dans l'esprit de l'homme depuis qu'il l'avait remarquée, au point d'occuper une bonne partie de ses pensées, à l'affût de tous changements.

La crevasse avait grandi ! La rainure, serpentant sur le blanc sale du plâtre, semblait avoir doublé en largeur et en longueur.

Atelier A, 23 février, 11h18.

- Excusez-moi chef ...

- Oui Charles ...

Le moniteur à qui il avait choisi de s'adresser était notoirement un bon gars mais Charles se sentait un peu gauche, cherchant ses mots afin que l'on ne se trompe pas sur ses intentions.

- Je voulais vous demander ... euh ... qu'y a-t 'il au-dessus de ma cellule ? Je veux dire au-dessus du troisième ?

- A-dessus du troisième ? Les combles ... enfin le grenier.

Charles n'insista pas, le moniteur n'était pas enclin à converser, les commandes avaient pris du retard et tous devaient mettre les bouchées doubles afin d'honorer la livraison prévue pour demain.

Cellule 646, 28 février, 08h52.

L'agent de service sur la section entra dans la cellule de Charles et trouva celui-ci en train de mesurer quelque chose au plafond.

- Le courrier ... Euh ... tout va bien Charles ?

Charles descendit précipitamment de son perchoir.

Cellule 646Where stories live. Discover now