La gare

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La gare. Cet endroit que tout le monde côtoie au moins une fois dans sa vie. Ce lieu, pour moi, rassemble toutes les emotions possibles. La tristesse, lorsqu'un proche nous quitte pour une nouvelle destination. Le fait d'être heureux lorsque l'on tombe dans les bras d'un ami qui revient après un certain temps d'absence. L'excitation, lorsque l'on part pour découvrir quelque chose de nouveau, ou aller retrouver de la famille. Ou encore l'exaspération lorsque notre train a du retard ou est tout simplement supprimé.

Je trouve cet endroit presque fascinant, surtout le soir lorsqu'il n'y a personne. Tout est vide. Les guichets sont fermés. Seules les voitures qui roulent sur la départementale d'à côté représentent une forme de vie. La seule luminosité présente sont les lampadaires éclairant les quais ainsi que l'arrêt de bus juste à côté.

Il fait froid. Le petit banc sur lequel je suis assise me glace le cul, clairement. De la buée s'échappe de mes narrines lorsque j'expire l'air précédemment inspiré. Une certaine forme de solitude s'était formée au sein de la gare. Je regardais le ciel, pensive. Mes cheveux teintés venaient caresser mon visage. J'étais bien. Terriblement bien. Malgré la musique qui s'échappait de mes écouteurs dans mes oreilles, je ne pouvais me sortir de ce calme aussi pesant.
Ce calme, je le voulais, je le désirais tant. Pas un bruit, pas de perturbations, pas d'emmerdes. Juste ce calme, et moi. Cette ambiance me permet de replonger dans des souvenirs, qu'ils soient bons ou mauvais, récents ou non. Tout mon être était quasi-éteint. La seule chose qui me tenait encore assez éveillée était ce froid glacial qui régnait ce soir-là.

Je coupe un instant la musique qui prend la totalité de mon ouïe tout en gardant mes écouteurs dans mes oreilles. Je prend une grande inspiration. Un léger sourire naît sur mon visage. Y'a pas à dire, malgré ce froid de canard, qu'est-ce que j'étais bien. Je ne cherchais pas à oublier quelque chose. Je ne cherchais pas à penser à un truc en particulier. Non, j'étais juste là, assise sur le banc de l'arrêt de bus, à penser à rien. Rien du tout. Pour la première fois depuis longtemps, je ne me posais pas de questions. Je ne me mettais pas la pression sur quoi que ce soit. Je ne pensais pas à lui, ni à elle, ni à personne. J'étais juste dans la poubelle à passion dans laquelle se cachaient mes souvenirs.

Puis retentit un moteur. Au son, c'est un diesel. Les feux de la voiture m'éclairent voire m'éblouissent. Quelques secondes après que ma vue se soit habituée à cette forte luminosité, je me lève. Je retire mes écouteurs de mes oreilles, arrange mes cheveux pour paraître plus présentable et me dirige vers l'Alfa Roméo 156 break qui m'attendait. 5 mètres me séparaient du véhicule, environ.

Je pris une seconde fois une grande inspiration avant de rejoindre ma mère, et de quitter ce calme autour de moi.

Ce calme, c'était une sorte de pause, de "stop". Un stop qui fait du bien. En ouvrant la portière de la voiture, je savais une chose : c'était le retour vers l'excitation, l'exaspération et les cris à la maison.

Y'a pas à dire, la gare le soir, c'est vraiment un havre de paix.

Écrire pour se vider l'espritDes histoires addictives. Découvrez maintenant