Les Fers du Paradis
Est-ce qu'en parcourant ces allées
Un jour on peut capter la vivacité
De ceux qui s'en sont allés ?
Si ce n'est constater la terrible réalité.
Parmi les ronces qui courent
Et les lierres grimpants
Soulevant les dalles de marbre
Ou de granit en devenant arbres
Avec le temps, s'étiolent les amours,
Les langues derrière les dents.
Que l'on ne soit rien, que l'on soit édile
Se taisent à jamais les bouches volubiles
Se meurent les on-dit et les rumeurs
Aussi bien en toute équité que les tumeurs
En venant se promener entre les tombes familières
Se recueillir sur celles de ceux dont sont issues nos chairs
Et si la vie est cruelle qu'un abruti nous entraîne dans une guerre
Venir à pas lourds se lamenter sur celle de notre propre chair.
Peut-on penser que leur présence éthérée
Suffise à retrouver un peu leur personnalité
Les souvenirs heureux et les autres qui n'ont pas duré
La chaleur de leur coeur, la douceur qui les ont quittés
Interpréter un souffle, un rai du soleil comme un signe
De leur présence à nos côtés
Tendre nos doigts pour les toucher
A jamais regretter de ne pas les avoir plus aimé
De ne pas leur avoir montré, l'importance qu'ils avaient
Au moment où cela était possible
Avant qu'ils ne deviennent une cible
Plutôt que de se balader entre leurs lignes
Au siège même de leurs pensers
Réfléchis, façonnés, leur mots
Comme ciselés, des gemmes finement taillées
Patiemment choisis pour exprimer
Le fond de leurs pensées
Profondes et de leur personnalité.
Mieux qu'un paraphe,
Supérieurs aux épitaphes
Ils vivent encore un peu
Fuyant l'oubli nébuleux
De la mort dans des paragraphes
Bien que figés dans des cénotaphes
Ils vivent encore un peu
A la lumière de nos yeux
Ils ressuscitent
Leurs pensées ainsi transcrites
En mots, en lignes puis en strophes écrites
Font des écrivains et poètes
De bons fantômes en quête
D'une éternité
De cerveaux à éduquer
A la notion de liberté.
Par delà les portes des enfers
Ou d'un paradis où ils portent encore leurs fers.