Inconnu : Si tu n'es pas Liam, qui es-tu alors ? Je pense qu'il serait temps que je le sache, on a dépassé la barre du "Faire connaissance".
Je haussa les épaules, même si j'étais bien consciente qu'il ne pouvait pas me voir, ni d'ailleurs aucuns de mes gestes. Son étrangeté me déconcertait, il n'était pas comme tout les autres garçons de mon lycée, frimeur et dragueur. Après, il n'est peut être qu'un jeu : une publicité alléchante et un contenu déplorable.
Seulement, savait-il que j'étais une fille ?
Je ne lui ai laissé aucuns indices pour l'instant, et notre appel n'a pas duré assez longtemps pour qu'il puisse analyser ma voix, j'avais comme lui quasiment chuchoté en plus de ça, la mauvaise qualité du son n'y étant pas pour rien non plus.
Je ne tardai pas à lui répondre, ce garçon m'intriguait, sa façon de parler aussi, et je n'étais pas prête de le laisser filer sans le connaître un peu mieux.
Jenny : Ah oui, parce que toi tu définis des étapes quand tu rencontres quelqu'un. Mais bien sur, pourquoi n'avais-je pas eu aussi cette merveilleuse idée ?
Je roula intérieurement des yeux, et esquissa un sourire tout en balançant mon regard sur la fenêtre.
J'eut presque immédiatement la chair de poule. Le paysage d'hiver et la nuit tombée trop tôt ne me plaisait pas. Le soleil et la chaleur constituaient pour moi un besoin, je détestais qu'il en soit autrement.
Malheureusement pour moi, je ne suis et ne serai jamais capable de décider de la météo à venir. Un vibrement connu contre ma cuisse me dit de revenir à mon écran.
Inconnu : Arrête c'est une super bonne idée quoi.
Jenny : Disons que tu es un mec absolument normal.
Inconnu : Qui te dit que je suis un mec ?
Je releva un moment la tête, plaçant une main dans le creux de ma joue, mon coude posé sur le bureau en bois sombre. Et si il était une fille ? Je rabaissa la tête et repris ma position initiale, le bras balançant dans le vide, persuadée qu' il était un homme, et que l'opposé était impossible vu le timbre de voix grave et sonore qu'il m'avait laissé écouter tout à l'heure.
Jenny : Parce que t'es con.
Inconnu : Donc comment t'appelles-tu ?
Jenny : Jeanette-Edwige.
Inconnu : Original !
Jenny : Jenny banane.
Inconnu : Je comprend rien. Jenny est ton nom de famille ?
Jenny : T'es vraiment con ou tu le fait exprès ?
Inconnu : Un peu des deux je pense, c'est une de mes nombreuses techniques d'approche -concluantes ou pas, tout dépend des étapes dont je te parlais il y a quelques instants.
Jenny : Ah oui, d'accord ! J'avoue qu'avec toi, j'ai du mal à suivre.
Inconnu : Avec moi ? Tu n'es donc pas autant déstabilisée avec les autres ?
Jenny : Excuse-moi des imprécisions : ta connerie me déstabilise.
Inconnu : Ah. Ah. Je retente ma chance : quel est ton nom ?
Jenny : Jenny. Et toi ?
Inconnu : Je m'appelle James, mais ce n'est pas bien important pour toi de le savoir.
Jenny : J'aime bien ce prénom au fait.
Je me répéta silencieusement ce prénom, seules mes lèvres remuaient, sans qu'elles ne laissent passer aucun son. Mes doigts virevoltèrent sur les différentes touches de mon portable, afin de ne plus me méfier au nom "Numéro Inconnu", qui illuminait mon écran après chaque vibrement.
*Changements des données du contact enregistrées*
James : Et d'où viens tu, Jenny ?
Jenny : J'habite à Londres. Mais toi alors ?
James : Je suis également de passage à Londres, en ce moment. C'est une ville qui me passionne.
Jenny : Oui, je l'aime bien aussi, mais ce n'est pas vraiment l'endroit que je préfère.
James : Tu n'as pas vraiment l'air de "bien l'aimer", mais plus de vouloir t'en échapper, n'est-ce pas ?
Jenny : Ce n'est pas faux. Mais comment peux-tu être autant sur de ça ? En fait, c'est juste que je vis dans un quartier que l'on peut qualifier comme " mal fréquenté ".
James : Tu vis donc seule ?
Jenny : Oui, mais comment tu le devines ?
James : Tu n'aurais pas peur si tu étais quotidiennement accompagnée. Toutes mes déductions sont une sorte de logique, je ne peux pas m'empêcher de reconstituer n'importe quel puzzle pour me fournir des informations, même si c'est un puzzle pour gamins à 5 pièces.
Jenny : Intéressante, ta logique. Mais je n'ai pas peur ! Comme tu l'as dit, je préférerais seulement avoir de la compagnie.
James : Arrête de mentir Jenny, je sais que tu as peur donc, ne te fais pas de mal. Je suis persuadé que derrière cet écran se cache une belle personne.
J'esquissai un sourire adressé du nom de contact et répondit.
Jenny : Mais comment peux-tu être certain que je ne suis pas une psychopathe qui te ment depuis le début ?
James : Parce que je le sais.
Jenny : Tu n'as pas d'arguments. Si tu me donnes ton adresse, je vais peut être venir te kidnapper !
Je ris face au message ridicule que je venais de lui adresser. Je ne serais à peine câble de voler un bonbon dans une épicerie, alors kidnapper quelqu'un ? Rien qu'à y imaginer, c'est un énorme fiasco, une destruction de ma réputation et une extermination de mon peu d'honneur. Même si c'était dans un film en tant qu'actrice, à laisser tomber.
Je redirigeai mes yeux au-dehors. La neige ne cessait de tomber, le lampadaire au loin me permettait de le constater. J'allais bientôt être en dépression, si cela continuait encore longtemps. Je sais que j'ai de bons souvenirs, de mes parents et moi nous amusant dans la couche blanche et soyeuse.
D'ailleurs, ceux-ci ne cessent de rouspéter face à mon refus de sortir, si ce n'est pour aller au travail. Ils prétendent que quelques ballades ou visites culturelles dans le pays me feraient le plus grand bien. Ils seraient prêts à organiser un weekend avec mon copain - un copain potentiellement inexistant d'ailleurs, mais ils sont persuadés que je leur cache ma situation amoureuse.
Il fait tellement froid.
James : Alors je ne te donnerai pas mon adresse 😉
Jenny : Ça me va 😉
James : Eh ! Ne me recopie pas, c'est moi qui doit mettre ce smiley !
Jenny : Nope 😉
James : Moi seul ai le droit d'utiliser cet émoticones. Personne d'autre.
Jenny : Et si on changeait les règles ?
J'écrivis le message sans penser aux conséquences de ces paroles, ou même aux sous-entendus.
Mes doigts se dirigèrent d'eux même vers les lettres affichées, et je ne sourcilla même pas avant d'envoyer ce message. Même pas une petite pause me fit hésiter, je ne réfléchis tout simplement pas.
Je le lui adressai comme si c'était naturel, comme une phrase banale. Mais ça signifiait tellement de choses, pour ce mystérieux garçon.
Dommage que je ne le sache pas encore, dommage que je sois assez idiote pour lui envoyer ce qui me passe par la tête.
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Faraway
Fantasy«Et si on changeait les règles ?» • Jenny Millows est une étudiante vivant dans un quartier mal fréquenté de Londres. Elle va sous le coup du hasard, rencontrer virtuellement un jeune homme, qui se fait appelé James. Mais est-il vraiment celui qu'e...
