Le dos voûté et le cœur lourd, je brave la pluie pour me rendre au lycée. La musique défile dans mes oreilles, je suis obligée de mettre le son au maximum pour n'entendre qu'un mot sur cinq. C'est loin d'être une petite pluie. Un véritable déluge s'abat sur la ville. J'arrive enfin au tunnel qui va me permettre de m'octroyer un sursis de seulement quelques minutes. L'odeur de la pollution règne au cœur du tunnel, les voitures y sont entassées par dizaines, comme chaque matin. Si je partais, ne serait-ce que dix minutes plus tôt de la maison, je pourrais prendre un autre chemin sans toutes ces odeurs. Mais je suis toujours en retard. Je l'emprunterais ce soir si je m'accorde, ne serait-ce que dix minutes pour me perdre au cœur de la nature et respirer un air moins pollué. Une véritable cacophonie à lieu à quelques mètres de moi, m'ôtant toutes rêveries forestières de la tête. Le bruit des klaxons est vraiment désagréable, et ce, tous les matins et tous les soirs. Tout bien réfléchi, je prendrai le chemin passant par la forêt ce soir, pour laisser mon nez s'aérer et mes oreilles profiter de ce moment de paix après une journée bruyante.
Je franchis la grille du lycée à l'aide de grandes foulées. Je vais être en retard si je ne me dépêche pas. Trop tard. La sonnerie stridente fend l'air pour annoncer le début des cours, venant interrompre le temps d'un instant la mélodie jouée par la pluie. J'accélère la cadence en me mettant à courir. Mes pieds heurtent le sol avec violence, faisant voler d'innombrables gouttes d'eau autour de moi. Mon épaisse chevelure brune, alourdie par l'eau de pluie, frappe mon dos à chacune de mes enjambées. Je vais définitivement être en retard, trempée de la sorte avec la pluie venant de face, je suis grandement ralenti. Mon pied droit s'enfonce dans une flaque d'eau. Je sens l'eau pénétrer ma chaussette avec vivacité. Je suis trempée de la tête aux pieds, c'est le cas de le dire. Je gravis de deux en deux les marches de l'escalier pour me rendre au troisième étage. À chaque contact avec une marche, mon risque de glisser et de dévaler l'escalier sur les fesses est élevé. Fort heureusement, je sors de la cage d'escalier sans m'être foulée une cheville. Mais ce n'est pas pour autant que j'ai les cheveux éclatants et brillants comme après un brushing. C'est plutôt effet après baignade dans l'eau salée ou encore sortie de douche. Je trottine en faisant attention à ne pas glisser et tomber lamentablement sur le carrelage multicolore du couloir. Je m'arrête net devant la salle 311 : ma salle de mathématiques. Le cours a débuté depuis déjà trois minutes comme me l'indique mon téléphone. Bravo Prisca, tu es une fois de plus en retard. Je prends une grande inspiration et frappe à la porte en espérant ne pas devoir aller en vie scolaire récupérer un justificatif vis-à-vis de mon retard. Je n'attends pas la réponse de mon professeur et décide de rentrer immédiatement dans la salle de classe. J'ouvre cette porte grise qui grince dès qu'on l'ouvre ou la ferme. Dans moins d'une seconde, tous les yeux de cette classe vont être rivés sur moi. Je suis dans la salle, je me retourne et ferme la porte qui émet un grincement des plus désagréable. Je ne prends même pas la peine d'atténuer le bruit. Je me retourne et m'apprête à faire face aux yeux noirs de mon professeur de mathématiques, mais à la place de cela, je ne vois que l'ensemble de mes camarades discuter entre eux et les vastes murs de couleurs jaunâtres où la peinture s'écaille avant de se retrouver à joncher le sol. Je mets quelques secondes avant de débusquer mon bourreau accroupi devant une table. Le professeur ne prend même pas la peine de relever la tête afin de me regarder entrer dans la salle de classe et ne profite pas de la présente occasion pour me réprimander une fois de plus. Il semble bien trop occupé à expliquer quelque chose à deux élèves. Je n'ai jamais vu quiconque assis au premier rang devant le bureau du professeur. Un changement de place ? Des nouveaux camarades de classe ? Il est bien trop absorbé par la présence de ces deux individus puisqu'il ne me remarque même pas me diriger vers le fond de la salle. C'est étrange qu'il ne lève même pas la tête puisqu'il aurait tout fait pour me pourrir mon entrée en classe et encore plus aujourd'hui : je dégouline telle une plante trop arrosée. Je continue à avancer au travers des tables qui jonchent cette salle de classe en laissant tomber une cascade d'eau de mes vêtements et de cheveux sur mon passage.
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Adventures of Antisca
ActionPrisca n'a qu'un seul objectif : apparaître tel un fantôme aux yeux des autres. Elle se rend chaque jour au lycée sans grande conviction. Ce lieu ne lui apporte que moqueries et solitude. Mais au fil des années, plus rien ne l'atteint. L'arrivée ino...