Je dois me bouger, et vite.
Il faut que je me trouve un job bien payé et pas trop chiant. Je déteste la pitié, j'en ai jamais vraiment eu pour les humains et il est hors de question que je mendie chez un Pennyen. Je connais qu'une seule personne qui déteste autant que moi Penny et qui puisse m'aider : Narcisse.
Depuis la primaire, je me bagarrais souvent avec Cédric, on traînait toujours ensemble. Puis au collège, on a rencontré Narcisse. Il ressemblait à une fille : traits fins, beaux yeux très bleus, longs cheveux bruns clairs, et un physique délicat dans des vêtements qui coûtaient trois fois le salaire de nos pères à Cédric et moi. Narcisse avait toujours le sourire clair et les yeux vides face à sa mère et aux filles. On aurait dit une poupée sans âme.
Cependant, jamais, de toute ma putain de vie, je n'ai connu quelqu'un qui ait autant de haine que Narcisse. Il hait tout et tout le monde, hommes, femmes, et même souvent enfants. Enfin, en particulier les femmes de Penny. Pour lui, Penny est un malheur qui lui est tombé dessus sans prévenir et qui se déguise toujours en une femme plus ou moins proche de lui pour le nuire.
Pour une raison que j'ignore, Narcisse est l'une des rares personnes qui me fréquentent sans s'en cacher, ou sans idée malsaine derrière la tête. Mais contrairement aux autres qui, parfois en paient les frais, lui, il vient d'une famille assez riche, pour continuer à traîner avec moi sans que son entourage essaye de l'en empêcher.
Le bus s'arrête dans les beaux quartiers de Penny, le Lynsed Red. Partout où je pose les yeux, il n'y a que des riches qui me dévisagent. Leur peau blanche et parfaite, leurs dents droites, leurs vêtements de plus de 500$ , mocassins, Gucci, Channel, leurs cigares vont du Oro Blanco jusqu'au Cohiba. Certains fument même du Dunhill, du Malboro, ou encore du Dark Green. Ils me regardent de leurs yeux secs et clairs, de leur richesse évidente. Certaines femmes reculent avec leurs morveux sur mon passage.
Fred me disait parfois que j'exagérai pas mal sur la situation de la ville, qu'au fond ce qui craignait à Penny c'était le sud. Je ne suis pas du même avis. Quelles soient blanches et grandes, ou encore marron et petites, toutes les maisons de Penny sont habitées par des humanoïdes. Des gens sincèrement froids et distants. Alors dans cette rue de luxe, moi, un bachelier en col-roulé en été, provoque le mécontentement de ses lèches cul aux visages soignés et aux ventres ronds.
Il fait chaud putain.
En tournant au coin de la bijouterie Sidney , je peux apercevoir le toit le plus haut du domicile de Narcisse. Et en quelques minutes, toute la richesse, les marques, les cigarettes et les cigares, les femmes aux longues jambes, la peau parfaite, les dents parfaites, ne sont rien face au domicile des Vinciguerra.
Le Domicile des Vinciguerra est certainement la maison la plus grande et classe que j'ai vu de toute ma vie. Rien que le grand portail couleur chrome vaut plus chère que le vieux taffetas du géniteur dont il est si fier.
J'ai jamais été une petite bite, mais je me sens quand-même un peu intimidé à chaque fois que je viens ici.
À l'intérieur c'est juste l'équivalent du coin paradisiaque typique qu'on s'imagine de la maison de riche, du cinéma en passant par le spa, ou encore la piscine, la salle de sport, les chambres, le hall et leur salle de fête énormissime ; tout est dans la démesure. Celui qui osait dire que l'argent ne fait pas le bonheur n'a certainement jamais fait un tour dans cette baraque. Ou alors, il n'a jamais vraiment été pauvre.
Albert, le vieux gardien de la résidence de Narcisse et compagnie, somnole un peu dans sa petite cabine blanche, il a un filet de bave au coin des lèvres craquelées et la main qui tremble sous sa tête. Je toque sur la vitre de la cabine et le vieillard sursaute sur son siège. Il porte ses lunettes rectangulaires, me dévisage pendant de longues secondes où ses sourcils épais sont droits comme un seul trait, puis appuie sur un bouton et, juste à côté du grand portail du monde des merveilles, un petit portillon s'ouvre mécaniquement. Je rentre et c'est comme si j'avais enfin quitté la ville. La pelouse n'a jamais été aussi verte qu'ici ; l'eau de l'espèce de petite rivière artificielle est la plus claire qui est existé à Penny. Il y a une grande allée en dalle, propre ; des arbustes ni trop grands ni trop jeunes, et çà grouille de gens qui courent çà et là.
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Feeling ( En Cours )
Non-FictionSuivez les mésaventures d'Yverdon , un bachelier paumé qui jongle entre son père abusif, son frère tout aussi paumé que lui, et un entourage excentrique pas du tout facile à vivre dans la ville fictive de Penny. Une atmosphère imprégnée de rhum et d...
