Aide et soumission (3)

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La première semaine a été mouvementé. Faut dire que Chez Rico n'est pas un petit restau de quartier. Même les mecs qui voulaient me foutre la misère, étaient trop débordés pour s'occuper de mon cas. Tous, sauf Mike. Chaque jour on s'insultait nos mères, nos pères, nos cousins et nos bites. À chaque fois, c'était limite si on se crachait pas dessus, la dernière limite avant de se battre.

Le paternel lui n'est toujours pas revenu. Ce n'est pas nouveau mais c'est assez rare tout de même. Quant à Fred, il passe ses journées chez le chihuahua mexicain, à pianoter sur son ordinateur dernier cri. Vu qu'il a l'air de mieux se porter, je le laisse s'amuser, mais d'ici quelques semaines, il devra aller au lycée.

Aujourd'hui on est jeudi et je suis à la plonge, je nettoie aussi vite que je peux sous la surveillance de Rico en personne. Il attend le moindre faux pas de ma part pour me virer aussi sec, il ne fait même plus semblant depuis lundi. Il doit avoir beaucoup de temps libre le Shetland. Mais vu que je n'ai pas reçu de coup de fil de Narcisse, j'imagine que ma petite embrouille avec Mike n'était pas suffisante.

Dans quelques heures se sera la fin de mon service.

- Yverdon. Viens me voir dans mon bureau à la fin de ton service.

Et ses petits talons résonnent dans le chahut des couteaux, de la fumée, des épices, et des cris. La beauté de la partie chaude des cuisines. Tout ce beau monde tend vers la fin du service, et pourtant les choses ont l'air plus explosif qu'en début de matinée.

Je ronge la dernière cuillère, et un bruit sourd résonne à l'autre bout des fourneaux, un mec, grand et gras, frappe sur Chris, le rouquin essaie de rendre les coups mais se prend tout en pleine face. Puis il essaie de se protéger,  mais il barre tout avec son visage rouge et ensanglanté. Les mecs autour hurlent, mais aucun n'arrête le massacre. Oui, je dirais même que de toute ma vie je n'ai jamais vu un type aussi nul que Chris. Il pleure et avale les coups. Il pleure et demande pardon. Il pleure et il se pisse dessus.

- Putain de merde ! Hurle Rico de depuis son 1,65m.

Plus de cris, plus de coups, juste la respiration du gros lard et les pleurs de Chris. Juste une seconde, j'ai croisé le regard de Rico, et j'ai pu bien voir la déception. La déception que ce ne soit pas moi qui est créé ce massacre. Je suis certain que si j'avais ne serait-ce que bouger le petit doigt pour aider l'un des deux camps, je serais au chômage. Et là,  je sais pas pourquoi, mon ventre s'est comme noué. Juste comme çà.

- Où vous croyez-vous ?! Est-ce qu'on est dans une putain de cours de récrée ?! Marc ! Un gamin ! Tu as cogné sur un gamin ! Et pas n'importe lequel ! Chris ! Est-ce que tu sais à quel point sa famille a contribué à ce restau !

Oh putain. Je viens de comprendre. Le salaud de Shetland.

Et il hurle encore un bon coup, avant de se tourner vers moi et de me dire :

- On discutera demain ! Rentres chez-toi !

Et il entraîne les deux autres dans son bureau sous le silence de la salle.

Je cours presque jusqu'aux vestiaires, me change et sors par la porte arrière du restau. Il fait déjà nuit, et il n'y a pas d'horaires de bus pour cette heure. Non, il n'y a jamais d'horaires à cette heure, merci Rico, petit enfoiré. Même ce connard de Mike s'en va plus tôt que moi alors qu'on a le même boulot !

Alors, comme depuis une semaine, je marche jusqu'au sud de Penny. J'arrive au environ de minuit, la tête lourde. Avant que je ne toque, Fred ouvre la porte, tout sourire.

- C'était comment le boulot ?

- Bof.

Puis je rentre sans attendre qu'il se décale complètement. Je file droit dans la douche, et je m'arrête un instant devant le miroir. J'ai des cernes aussi noirs que ceux du paternel, mais quasiment toutes les plaies que j'avais sur la gueule ont commencé à bien cicatriser. Instinctivement, je regarde vers mon cou. Je n'ai plus les suçons de Martine depuis un bail mais, je n'arrive pas à oublier notre dernière nuit. Et çà m'énerve un peu de ne pas savoir pourquoi.

Quelques minutes plus tard, je suis propre, habillé et attablé. Quand soudain le géniteur sort de derrière ma chaise, comme un fantôme sortirait de derrière le cul d'un protagoniste. Mon cœur bondit de ma poitrine, tandis que Fred me sert une bonne part de pâtes et de saucisses. Le paternel a le teint maladif, et sent la bière brune.

- Alors, comme çà t'as un boulot ? Qu'il demande avec une voix étrangement calme.

- Ouais.

- Il travaille chez Rico ! S'extasie Fred, le ton fier.

- Ouais.

Je prends une bouchée de pâtes et de sauce. Soudain, je sens mon ventre se nouer encore une fois, un sursaut me prend, et avant que je ne puisse réagir, je sens quelque chose de chaud sur mon crâne,  c'est... une main ? La main du paternel ? Qu'est-ce qu'il branle ce con ?

- Bienvenue dans le monde du travail, Yverdon. Qu'il me dit avant de s'éloigner.

Fred et moi, nous le regardons, abasourdis. Quelque chose d'étrange vient de se passer. De trop étrange. Je n'ai plus faim. Je passe mon assiette à Fred qui continue de regarder le paternel avec des yeux ronds.

Je monte dans ma chambre. Je me glisse en caleçon dans mon lit, sans comprendre se qui vient de se passer. J'ai beau y réfléchir, je ne comprends pas. Quelque chose n'est pas à sa place.

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⏰ Dernière mise à jour : Jun 02, 2025 ⏰

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