un simple aurevoir

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L'obscurité de la grotte nous enveloppe comme une couverture épaisse. Les jours avaient perdu leur sens, fondus dans une routine infernale que je supportais à peine.

Vivre ici, à l'abri des regards, n'était pas une option que j'aurais jamais choisie, mais la vie ne nous avait jamais vraiment laissé de choix, pas depuis 1974. Depuis que les choses avaient dérapé.

Je n'ai jamais vraiment aimé parler de cette époque, de l'enfance avec mes frères : Drayton, Chop Top, et Nubbins. Des années passées dans une maison délabrée, où le silence était souvent brisé par des éclats de voix ou des rires tordus.

À l'époque, je ne comprenais pas vraiment ce qu'ils faisaient, surtout Drayton, l'aîné, toujours en charge, celui qui prenait les décisions. Je savais juste que quelque chose clochait : les maillettes de métal, les regards furtifs, les sacs de viande qu'on ramenait à la maison n'étaient pas normaux.

Maintenant, douze ans plus tard, à 27 ans, je comprends bien mieux. Ce n'était pas une vie, c'était une existence forcée, un cachot à ciel ouvert. Même la police, fatiguée de chercher, avait fini par abandonner les recherches.

Après quelques années, les journaux avaient arrêté de parler de nous, et nous étions devenus des fantômes. Invisibles, mais bien là, nichés dans les recoins de ce parc d'attractions déserté.

Je jetai un coup d'œil vers Chop Top, qui riait tout seul dans un coin, accroupi près du cadavre de Nubbins. Le corps de notre frère, mort depuis 1974, était toujours là, une momie grotesque que Chop Top conservait comme un trésor précieux.

C'était macabre, mais il parlait à Nubbins comme s'il était toujours vivant, l'incluant dans nos conversations, riant de ses propres blagues. Et d'une certaine manière, nous jouions le jeu. Tous. Parce que dans cette famille, la folie avait pris racine depuis bien trop longtemps.

Magnolia s'approche, s'installe à côté de moi. Ses cheveux blonds et très bouclés encadraient son visage d'une manière presque sauvage. Elle portait un pantalon en velours vert foncé, ample et décontracté, qui cachait ses bottines épaisses en cuir noir.

Sa veste sans manches, à motifs vintage, rappelait l'époque où elle avait encore le goût pour la mode, avant que tout cela ne s'effondre. Moi, mes cheveux bruns, coiffés en une masse volumineuse épaisse typique des années 80, descendaient jusqu'à mes épaules.

Je porte un haut en laine délavé, assorti d'un jean trop large, utilisé aux genoux. Nos vêtements étaient les derniers vestiges d'une normalité perdue, presque dérisoires dans cette grotte poussiéreuse.

Je l'observai un moment, je me souviens de notre première rencontre au lycée. Nous étions en seconde. Elle et moi, tout semblait différent à l'époque, mais la folie était déjà là, cachée derrière ses boucles dorées et son regard excentrique.

Même si elle paraissait plus délirante à présent, une partie d'elle-même n'avait jamais vraiment changé. Elle n'avait jamais été complètement "normale", mais à mes yeux, elle était la seule personne ici qui me faisait encore sentir humaine.

Magnolia m'offrit un sourire fatigué et pose une main réconfortante sur mon épaule. Nous ne parlions plus beaucoup de l'avenir. Nous savions toutes les deux que cet endroit, cette vie, c'était tout ce que nous avions.

Nous n'avions jamais vraiment voulu partir. Peut-être que nous étions folles toutes les deux.

Je baissai les yeux vers les flammes vacillantes. Drayton entra dans la grotte, les bras chargés d'un nouveau trophée. Il venait de gagner un autre concours de chili.

Son fameux chili. Il était devenu une légende locale dans les petits concours culinaires. Personne ne connaît le secret de son succès, bien sûr. L'ingrédient principal provenait des sacs de viande que Chop Top et lui ramènerait de leurs expéditions nocturnes.

LaceyOù les histoires vivent. Découvrez maintenant