8. RUTH

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Je me raidis. J'ouvris lentement la porte et m'approchai de la rambarde de l'escaliers. Une dispute de chuchotements avait lieu en bas.

- Pourrions attendre d'être au Centre pour parler ? pesta la femme.

- Elle dort, répondit celui qui se disait mon frère, je lui ai donné tout le flacon, elle dormira jusqu'à demain !

- As-tu parlé avec le client ?

- Ouais, il a hâte d'avoir son sang, se moqua mon soi-disant frère.

- En même temps, la date de l'annonce des héritiers approche, bougonna le plus âgée, il sait que s'il ne devient pas un véritable Céleste, il ne pourra jamais entrer à Imperia...

- Comment un Nexus pourrait devenir un Céleste ? Est-ce vraiment possible ? questionna le plus jeune.

- Théoriquement oui. Les dernières découvertes que nous avons faites avec le carnet du Docteur Wilson montre que quiconque reçoit du sang d'une Luxia, un cœur d'une Mina et l'essence vitale d'une Néphilim peut devenir un Céleste, ceux même s'il est humain, le signe apparaît alors...

- Ça donne envie de devenir un Céleste, se moqua Maoli. A quelle heure partons-nous demain ?

- Dans la soirée. Bon, allons nos coucher, il faut que nous soyons en forme pour jouer à la jolie petite famille modèle demain matin !

- Ah ces Kamites, elles sont si naïves...je ne me lasserais jamais de les manipuler, se moqua encore Maoli.

- Fais attention Mao, ne la tues pas avant l'heure comme la dernière...

- Oh ça va ! Je voulais juste jouer avec l'autre-là...

- Évite avec celle-là ! Son cœur doit battre jusqu'à là, compris...

Un rire sadique lui répondit. Je reculai doucement vers ma chambre et ferma la porte. Je me remis dans mon lit, mes yeux étaient remplis de larmes, j'étais choquée par ce que je venais d'entendre mais je ne pleurai pas. Je réfléchissais, je devais m'enfuir. Il était hors de question que je les laisse me vendre.

« Ne fuis pas. Joue le jeu. »

- Même pas en rêve, chuchotai-je comme si la voix pouvoir m'entendre.

« Tu ne pourras jamais leur échapper seule ! Joue le jeu ! Si tu fuis, tu mourras ! »

Je sursautai, surprise. J'avais toujours pensé que la voix ne m'entendait pas mais elle venait de me répondre. J'allais poser une autre question mais je fus plongé dans un sommeil profond.

« Dors, joue le jeu sinon tu mourras. »

Quelques secondes plus tard, quelqu'un entra dans la chambre. Il ou elle s'approcha de moi et vérifia que j'étais toujours endormie. Il ou elle prit mon pouls puis s'en alla en sifflotant. Je décidai de faire confiance à la voix et m'endormis.

Le réveil se fit en douceur, Lucia jouait son rôle de mère inquiète à la perfection, Roland et Maoli pareil. Ce dernier m'emmena même visiter les environs, il se montra si gentil que je faillis me demander si j'avais rêvé la conversation d'hier.

Mais sous ses blagues, je sentais qu'il cherchait à vérifier si j'étais vraiment toujours amnésique. Comme c'était le cas, je n'avais pas besoin de mentir, même si je m'étais souvenu de la voix.

Lucia fit venir une jeune fille nommée Rita, elle m'aida à me préparer pour la fameuse soirée où je devais être vendue.

• Tu es si belle...

Je ne répondis pas. Je ne savais pas vraiment ce que cela signifiait être belle puis je n'avais été qualifiée de tel et puis je ne savais pas non plus à quoi je ressemblais. Au Centre, j'avais vécu en isolement, sans miroir ni aucun objet me permettant de voir mon reflet.

Le trajet se fit en musique, entre rires et blagues, comme une vraie famille, enfin je suppose puisque je n'en avais jamais eu. Nous arrivâmes dans un grand château où beaucoup d'invités entraient. Maoli me proposa son bras avant d'entrer dans le hall.

Je fis mine d'être calme mais je sentais les regards des gens sur moi, j'avais l'impression d'être une bête que l'on dirigeait vers l'abattoir, ce qui en soit était vraie. Je passai devant un miroir et vit mon reflet.

Je faillis hurler, hurler de rage, de peur, de surprise, d'étonnement, de tout. Mon teint habituellement pâle était métisse, mes cheveux étaient noirs, je n'avais plus le même visage.

Ils m'avaient changé. Je sentis mes yeux se replie de larmes, petite, on me traitait de paria a cause ma différence et maintenant quelqu'un m'avait changé. Sans mon autorisation, alors que j'avais enfin réussie à m'accepter comme je suis.

Maoli me présenta à deux personnes, le premier était si richement vêtue et me dévorait du regard à un tel point que je compris aussitôt qu'il était le client. Le deuxième avait un regard plus sournois, il me proposa de danser.

Je levai les yeux vers Maoli qui me fit signe d'accepter, il resta avec le client, ils parlaient tout en me regardaient. Je fermai les yeux, j'avais un mauvais pressentiment, j'avais peur, je me sentais en danger.

Je profitai de ce moment d'inattention pour reculer hors de portée de celui qui était encore devant moi. Je me tournai vers la porte d'entrée.

« La fenêtre. Saute. »

Je n'hésitai pas et obéis. Je courus vers la fenêtre et sautai pour tomber dans les bras d'Ethan. J'étais tellement choquée que je m'évanouir.

Je me réveillai un peu plus tard en hurlant. Je me calmai en voyant Ethan qui me portait toujours. En silence. Un silence très gênant. Il me fit descendre et continua à marcher, je le suivis.

Ça faisait plus d'une heure que courrais derrière lui qui marchait à une allure très rapide. J'avais tellement froid et j'étais fatigué à tel point que j'avais envie de m'évanouir juste pour me reposer mais je savais que c'était signer mon arrêt de mort.

Il s'arrêta devant un tunnel sombre, il se baissa vers le sol et tira une pierre qui donnait sur un passage dans lequel il s'engouffra. Je le suivis, c'était très lugubre mais je n'avais pas envie de me retrouver face aux Chevaliers.

Nous finîmes par déboucher sur une grotte. Il soupira avant de s'installer sur un tas de feuilles sur lesquels il s'allongea. Je regardai autour de moi, il n'y avait rien d'autre que son lit de fortune et de l'eau.

- Je...tu vas me laisser comme ça ? protestai-je d'un air agacé.

- Oui.

Une réponse froide, comme s'il ne venait pas de me dire qu'il allait me laisser mourir de froid.

- Tu es sérieux ?

• Oui.

- Écoute...je suis toute seule, je veux juste m'en aller, échapper aux Chevaliers, je me débrouillerais toute seule demain !

- Ça sera la nuit.

- Et alors ?

- La nuit est dangereuse pour ton espèce.

Je rougis. Il savait ce que j'étais ou plutôt ce que je n'étais pas. Rare étaient ceux qui comprenaient ce que j'étais car je ne portais aucun signe et je ne déclenchais même pas les détecteurs.

Je fermai les yeux, j'étais fatiguée de tout, on avait tenté de m'inventer une famille qui en fait voulait me vendre, on avait changé mon physique et maintenant Ethan aussi.

- Dors.

- Je...

- Dors, murmura-t-il, je te rendrais ton physique demain...

Je sentis quelque chose de doux se poser sur moi, une couverture de fortune fait de feuilles. Et l'énergie m'entoure, me réchauffant. Je m'endormis rapidement, entourée de son odeur...

KEMET [T7]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant