7. RUTH

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La nuit est mon ennemie, elle est synonyme de mort. Les ténèbres envahissant peu à peu la lumière du jour, le ciel s'obscurcissant et nous approchant ainsi de l'heure de la mort.

La nuit est mon ennemie car elle peut me voler ma vie.La nuit est l'amie de la mort, le jour est l'amie de la vie, c'est ainsi, une destinée tracée que nul ne peut briser.

Un fil invisible ayant décidé du chemin que chaque individu prendrait tout au long de son existence et quiconque s'en Écarte meurt.

La nuit est ensorcelante, elle s'insinue dans les méandres de notre inconscience et nous berce tendrement vers un sommeil qu'elle nous sait fatale.

Un serpent dont la morsure est une Étreinte mortelle qui nous vide de notre volonté et nous pousse à désir une fusion éternelle avec elle.

Elle nous lie et enchaîne tandis que son venin nous paralyse, nous laissant sans défense face à son amie de longue date. Ne vous assoupissez pas la nuit, ne vous endormez pas sinon vous mourrez...

- Lynae...

Mes yeux s'ouvrirent. Je me redressai, je n'étais pas seule. La chambre dans laquelle je me trouvais était différente de celle de mes souvenirs, plus convivial, moins comme un hôpital.

- Lynae, interpella une femme qui me tenait la main.

Elle me couvait du regard, assise à mon chevet avec un homme se tenant juste derrière elle. Tous deux me fixaient comme si j'étais la huitième merveille du monde. La femme prit dans ses bras en bredouillant :

- Je suis tellement soulagé que tu te sois réveillée. Tu vas pouvoir rentrer à la maison ma chérie...

- Qui êtes-vous ? ripostai-je aussitôt en me raidissant.

- Ma chérie, je suis ta maman, tu ne te souviens pas de moi ?

Je n'étais pas à l'aise, je ne me sentais pas en sécurité. L'homme me sourit chaleureusement mais cela ne me rassura pas du tout. Il déposa un baiser sur le crâne de la femme avant de lui dire :

- Le docteur nous avait prévenu...sois patiente mon ange ! Je vais m'occuper des formalités administratives...

- Tu as raison. Merci Roland.

Elle attendit qu'il s'en aille pour me regarder de nouveau. Elle semblait terriblement triste, ses magnifiques yeux bleus larmoyants me remplirent d'un sentiment de culpabilité, je l'avais blessée sans le vouloir.

- Je m'appelle Lucia, je suis la femme de Roland qui vient de partir. Tu ne te souviens sûrement pas mais nous sommes tes parents ! Tu t'appelles Lynae, tu as 17 ans et demi, tu vis avec nous à Oreï...

- Qu'est-ce qui m'est arrivé ? Pourquoi suis-je à l'hôpital ?

- Nous étions en plein décoration pour ta fête d'anniversaire, tes 18 ans lorsque tu as fait une horrible chute et ça fait presqu'une semaine que tu es dans le coma ma chérie, les médecins étaient très inquiets, heureusement tu t'es réveillée...

- Je ne me souviens de rien...

- Ça va revenir, le docteur a dit que c'était normal, me rassura-t-elle.

Elle ne dit plus rien. Elle se contenta de rester près de moi sans me lâcher. Roland quelques minutes plus tard avec un médecin.

Ils échangèrent une longue conversation me concernant, les soins à me prodiguer et surtout l'importance de ne pas me forcer à me souvenir au risque que je ne refasse une rechute, sans mauvais jeu de mots.

Ce qui les fit rire, pas moi. Je les observai avec méfiance, j'avais dû mal à les croire, il y avait quelque chose qui clochait. Le médecin dû le remarquer car il me rassura en me présentant une pièce d'identité à mon nom puis il m'expliqua ce qu'était qu'une amnésie puis nous laissa partir.

Je suivis « mes parents » jusqu'à une voiture. Le trajet ne fut pas très long, la nuit était tombée et je me mis à somnoler.

Je fus réveillée par quelqu'un qui me souleva, j'ouvris légèrement les yeux et vis un jeune homme de mon âge dont les traits étaient un parfait mélange des yeux bleu mélancoliques de Lucia et d'un visage aux traits sévères de Roland.

- Maoli. Ton frère. Alors comme ça on joue les amnésiques ? demanda-t-il sur un ton moqueur.

- Lynae..., murmurai-je.

- Je sais comment tu t'appelles, je ne suis pas amnésique moi !

- Mao, arrêtes d'embêter ta sœur, soupira Roland.

- Oui pa', bienvenu parmi nous petite sœur...

Il m'emporta avec lui jusqu'à un véhicule. On roula pendant très longtemps, j'étais assise à côté de « mon frère », ce dernier m'observait avec un air amusé. Il inspira profondément avant de me demander :

- Ça va ?

- On va où ?

- A la maison, nous vivons dans les frontières, aux alentours de la Zone sombre mais ne t'inquiète, la maison est sécurisée...

- C'est quoi la Zone sombre ? demandai-je sans comprendre.

- C'est un endroit très dangereux, il y a des criminels, des voyous, nous vivons dans les frontières car papa et moi nous travaillons pour l'État. Pour te résumer les choses, imagine le monde comme des cercles dans d'autres cercles...

- Des cercles ?

- Le premier cercle, le plus important est l'Empire, puis il y a Lux...

- Pourquoi l'Empire est le plus important ?

- On est arrivé, allez viens dans mes bras sœurette...

Son enthousiasme me détendit, mes yeux commencèrent à se fermer de nouveau. Le sommeil me gagnait lorsque je remarquai quelque chose d'étrange. Ma peau, elle devenait étrangement lumineuse comme si elle était parsemée de paillettes. Cependant avant que je ne puisse m'en inquiéter davantage, je sombrai.

« Ne leur fais pas confiance. N'oublie pas qui tu es. Ne leur dis pas qui tu es. Ne leur montre pas qui tu es. Ne leur fais pas confiance... »

Je sursautai, en sueur. Mon cœur battait à la chamade et j'étais glacée. Je venais de faire un cauchemar où une voix ne cessait de me répéter cette phrase. Je n'avais jamais vécu une scène aussi terrifiante.

« Ne leur fais pas confiance. N'oublie pas qui tu es. Ne leur dis pas qui tu es. Ne leur montre pas qui tu es. Ne leur fais pas confiance... »

Je sursautai, en sueur. Mon cœur battait à la chamade et j'étais glacée. Je venais de faire un cauchemar où une voix ne cessait de me répéter cette phrase. Je n'avais jamais vécu une scène aussi terrifiante.

Cette voix qui m'avait toujours guidée et bercée venait de me faire peur. J'en tremblai lorsque je me levai. Je décidai de descendre prendre un verre d'eau dans la cuisine. J'allais ouvrir la porte lorsque je l'entendis de nouveau.

« Écoute et vois leur vrai visage. »

KEMET [T7]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant