(par contre je suis vraiment amoureuse d'elle voilà c'est dit)
✰ ✰ ✰ ✰ ✰ ✰
Je sors doucement de mon long sommeil, il me faut quelques minutes pour réaliser ce qu'il se passe.
Je tourne la tête, mais ne vois pas Osirus. Il est sans doute parti.
Je m'enfonce encore plus dans le lit, prête à continuer ma grasse matinée, quand la porte claque.
Je jette un coup d'œil brièvement et l'aperçois.
Il ne m'a pas laissée toute seule.
Cette solitude... elle est là depuis bien trop longtemps. Au début, on pense qu'elle est apaisante, qu'elle nous réconforte. Puis, d'un coup, sans prévenir, elle t'attaque et tu réalises qu'elle n'est pas aussi bénéfique qu'on ne le croit.
Il semble chargé.
— Je savais pas si tu voulais prendre ton petit dej ou manger autre chose, alors je t'ai pris les deux. C'est toi qui vois.
Je me redresse et esquisse un grand sourire. Ça me fait plaisir qu'il ait pensé à moi.
— Mais non ? Elle a des dents ?
Je coupe mon sourire brusquement.
— Allez, voilà, t'as tout gâché.
— Tu vois, t'agis comme ma opps.
— Mais je le suis ! — je m'exclame en me mettant en tailleur pour commencer à manger.
Il ne tarde pas à me rejoindre sur le lit.
Mais une question me taraude depuis hier... Avec qui il habite ?
— Et hier, tu m'as dit que t'habitais pas tout seul ?
— Avec ma copine.
— Aaah...
Je m'attendais à cette réponse, mais je sais qu'elle ne me satisfait pas tellement.
— Elle va rien dire quand tu vas venir, t'inquiète.
— Ok, ok...
Si y a bien une chose qui a changé chez moi, c'est que je n'arrive plus à cacher mes émotions. Tout se lit sur mon visage, lui qui est resté si impassible, trop souvent.
— Tu fais la gueule ?
— Même pas. Ça la dérange pas que tu sois avec moi là ?
— Non, on est un couple libre.
Un silence lourd s'installe dans la pièce.
— Je rigole. Bah... elle s'en fiche un peu, tu sais. Chacun fait sa vie — il me répond en haussant les épaules, peu convaincu par ses propres mots.
— Génial, vous avez l'air très heureux — je lance ironiquement.
— Tu sais, au bout d'un moment, ça devient forcément une habitude. Y a plus trop d'amour. Tu peux pas aimer quelqu'un toute ta vie.
— Tu racontes n'importe quoi ! — je m'offusque presque.
— Alors vas-y, t'as aimé qui fort ? Assez fort pour que ça reste des années avec la même intensité ?
Il est clair que c'est pas avec Alexis que j'ai ressenti ça, mais je suis persuadée que ça existe.
— C'est pas une question d'intensité... Quand t'aimes vraiment quelqu'un, ça peut durer des mois, des années, sans s'arrêter. Juste que l'amour se transforme. C'est plus le même qu'au début, mais il peut être tout aussi fort.
— Mouais, bof. Au début, t'aimes. Après, tu te dis "pourquoi partir ?" Puis tu finis avec un gosse, et tu restes pour les enfants, tu vois le genre ? Et finalement, tu pourris avec la même personne par pure habitude.
— T'as pas un tout petit peu plus pessimiste comme discours ?
Il sourit.
— Tu verras quand tu seras plus grande.
— Moi, je trouverai une personne que j'aime sincèrement. J'ai assez donné pour les relations par habitude et je peux te dire que je finirai pas ma vie comme ça.
Il ancre ses yeux dans les miens, l'air admiratif.
— Je te souhaite de le trouver.
Il ne me lâche pas du regard, ce qui me fait immédiatement perdre mes mots.
— Merci... — je balbutie en prenant une frite pour éviter de rendre le moment encore plus malaisant.
— D'ailleurs, je vais aller déposer quelques CV aujourd'hui. Tu m'accompagnes ?
Voilà, changeons de sujet.
Il accepte, et nous voilà partis toute l'après-midi à la recherche d'un travail.
✰ ✰ ✰ ✰ ✰ ✰
Je sens le regard d'Osi sur moi, mais je n'ose pas le croiser. À vrai dire, je me sens honteuse.
On a passé la journée à sillonner chaque recoin de Paris et personne n'a pris mon CV. Soit j'étais surqualifiée, soit ils ne recherchent pas, soit je ne leur corresponds pas. Au mieux, on me le prenait par gentillesse.
Bienvenue dans la réalité, ma fille. Tu pensais arriver avec ton joli visage griffonné de tatouages et qu'un bon samaritain allait te prendre ?
J'entends la voix de mon père qui me hante. Constamment.
Cette après-midi m'a ouvert les yeux. Je commence une longue guerre contre moi-même, mais aussi contre la vie.
Je souffre parce que j'ai osé rêver d'une vie meilleure. Mais je souffrais déjà avant... Alors, quitte à souffrir et être malheureuse, autant être stable, pas vrai ?
— T'es la meilleure.
Je peine à comprendre ces mots. Il les a prononcés comme si je les lui avais volés. Il baisse la tête et sort une clope.
Je ne réponds pas. J'ai dû mal entendre.
Soudain, il attrape ma main et me tire vers un quai en face de la Seine. La nuit est tombée, il fait froid. Personne n'est dehors de son plein gré à cette heure-ci.
Il s'assoit près du bord. Je reste debout, hésitante.
— Assieds-toi.
— Bah... tu vas trouver ça bête, mais j'ai peur de m'asseoir sur le bord comme ça.
Il lève brusquement la tête et grimace.
— J'ai peur que quelqu'un me pousse... ou de perdre l'équilibre. Je sais, c'est con, mais—
— Donne-moi ta main vite fait — il me coupe et se relève.
— Je pensais pas que t'étais une chochotte.
— La ferme.
Il m'attrape le bras et me rapproche doucement du bord. Je ferme les yeux pour éviter d'avoir peur... mais d'un coup, je me rappelle.
J'ai peur de quoi ?
J'ai tout perdu. J'ai surmonté mon père, qui est ma plus grande peur. Alors bon... à ce stade, la peur devient assez obsolète.
Je le laisse faire et finis par m'asseoir à côté de lui. Il passe son bras derrière moi.
— J'en profite pas, t'inquiète, c'est pour pas que t'aies peur.
— Oui, allez, enlève tes sales pattes ! — je m'exclame en m'éloignant un peu de lui.
On rigole, puis je le vois redevenir sérieux, avec le même regard que ce matin. Admiratif.
— Tu sais, tu vas finir par trouver. Au pire, je connais des gens... tu pourrais bosser dans une boutique de sapes ou comme serveuse. Mais t'inquiète, on va trouver. T'as bien fait de partir. Doute pas.
✰ ✰ ✰ ✰ ✰ ✰
VOUS LISEZ
Nibiru
RomanceNibiru : planète mystique qui, selon certaines théories, pourrait un jour causer la fin du monde. Et si Nibiru n'était pas seulement une planète mais une femme brisée prête à détruire tout autour d'elle ?
