Non, vous ne pouvez pas savoir qui je suis. Je me rappelle de tout. J'ai connu plusieurs vécus, ça vous ne le savez pas. Je suis à la fois une rivière qui s'assèche, une tornade destructrice, un orage désastreux, une douce nostalgie, un souvenir d'antan, un cœur inconsolable, un idiot orgueilleux, un destin tragique, une ambition sanglante, une joie explosive, une épine dans la patte, un traître de l'ombre. Mes amis sont mes ennemis, mes parents sont des inconnus, mes frères et sœurs sont de la poussière, je suis tout et rien, je suis peut-être fou, mais je suis pourtant félin. En fait, je viens juste d'ouvrir les yeux pour la première fois.
PROLOGUE
× « Petite Mélodie ? Petite Mélodie ! Où es-tu ? »
Je me recroqueville sur moi-même de façon à être pratiquement invisible dans la légère pénombre d'un recoin de la pouponnière. Ce nom... Petite Mélodie ? Suis-je une femelle ? Pourtant, je ne me souviens pas de ce nom... Je regarde mes pattes, elles sont brunes pâles, quelques nuances rousses. Cette voix... Celle de mon père, si je suis Petite Mélodie ? C'est alors que j'entends un petit rire. Une chatonne d'environ deux lunes s'est caché dans un autre côté de la tanière, elle est toute blanche. Le regard rieur, en voyant un matou blanc et gris rentrer, elle lui bondit dessus en miaulant à tue-tête :
« Papa, je t'ai eu ! Papa, je t'ai eu ! Papa, je t'ai eu-euh ! »
Mes yeux se voilèrent. Ce chat n'est donc pas mon père, et donc je ne suis pas Petite Mélodie... Alors je suis quoi ? Je me souviens d'être... Boule d'Épines ? Petite Rayure ? Petite Perle ? Petite Hirondelle ? Ces noms mêlés à mes souvenirs et ce, dès que j'ai ouvert les yeux, la nuit dernière... Je ne sais pas comment je m'appelle. Je ne sais pas comment je suis. Je pense me découvrir moi-même et expérimenter mes réactions face à des événements ou ce que je fais, ensuite je pourrais conclure. Tiens, alors je réfléchis beaucoup, comme ça... Je passe un coup de langue sur mon poitrail, tacheté de blanc.
Je me souviens pourtant avoir un pelage gris clair tigré, ou même à un moment un pelage roux sombre... Mais quand ça ? Je viens à peine de commencer à voir le monde et pourtant j'ai vécu tellement de choses ! Est-ce que tout cela a t-il un sens ? Alors que je me pensais paniqué à cet instant, je constate que mon souffle était imperturbable et régulier. Je dois être calme comme une rivière. Moi qui me croyait trop craintif pour un rien et turbulent... Je ne comprends rien à tout ça ! J'exécute un pas maladroit en avant et huma l'air. Peut-être trouverai-je une odeur comme la mienne et que je trouverai enfin ma famille ?
« Petit Lierre ! Petite Pluie ! Petite Aubépine ! Petite Graine ! C'est l'heure de la tétée ! » cria une voix.
Je me lève d'un coup, les oreilles dressées. Petite Graine ? Je m'en souviens de ce nom ! C'est peut-être le mien ! J'en serai tellement heureux, d'avoir une si grande fratrie ! D'un coup, je me fige en apercevant quatre chatons rejoindre une chatte brune tigrée qui semble être leur mère. Et moi ? J'ai une famille, au moins ? J'en doute fort... Sont-ils tous défunts ?
« Petit Jonc ? Tout va bien ? »
Je me retourne. Ma vision est brouillée. Je me rends compte que je suis en train de pleurer. Je cligne des yeux et perçois peu à peu une petite féline dorée face à moi. Petit Jonc ? Est-ce mon nom ?
« Euh... oui, oui... Comment tu m'a appelé ? ai-je demandé.
— Petit Jonc. Ton prénom, idiot, grommelle-t-elle.
— Ah euh oui bien sûr... Et tu es ma sœur ? ai-je maladroitement questionné.
— Non, Cervelle de Souris ! soupira-t-elle en levant les yeux au ciel. Je suis Petite Méduse, la sœur de Petite Mélodie. Toi, tu as Petit Coquillage pour sœur. C'est la chatonne grise juste dehors, avec ses pères. »
Je grimace. Petite Méduse a l'air vraiment agacée. Mais ce qu'elle m'a dit m'aide beaucoup. Je sais à présent comment je m'appelle, que j'ai une sœur, que j'ai un... enfin... deux pères ? Je m'en suis jamais souvenu. Je me souviens que mes parents étaient morts ou bien que ma mère était absente et que j'avais simplement mon père pour m'élever, ou même le contraire... C'est que c'est flou, tout cela...
Je me souvenais avoir deux frères, aussi, quoi qu'ils étaient sûrement morts, eux... Petit Coquillage, ma sœur, une femelle grise perle qui semblait assez peureuse avançait prudemment sur le sable chaud. Des palmiers nous empêchaient de voir le ciel, mais pour nous protéger de sa lumière aveuglante, ce n'était pas plus mal. Tiens ? Je ne me souviens pas avoir vécu ici. Je me rappelle d'une forêt boisée, d'une lande et aussi d'une pinède. Mais pas de cet endroit.
« Alors, Petit Jonc, n'est-ce pas fascinant ? lança un matou brun tigré, que je reconnus comme l'un de mes pères. Le Clan de la Rivière s'est trouvé un nouveau territoire. Cette plage reculée tombe à pic. Le Clan du Tonnerre n'a qu'à bien se tenir. Il peuvent prendre le territoire de la rivière si ça leur chante mais ils ne nous prendront jamais celui-ci. »
Le Clan de la Rivière ! Je me ressasse quelques souvenirs de vécu ici, également. Enfin, d'une rivière, du moins. Je m'approche de mon autre père, un chat noir tacheté de gris sur le poitrail et les joues. Il me sourit et me donne un petit coup de flanc pour me faire signe d'avancer. J'agite les oreilles, un peu angoissé, et contemple la plage. Des sortes d'herbes pratiquement asséchées gisent le long de l'eau. Autour de moi, j'entends quelques débats entre les guerriers comme : « Cet endroit est trop dangereux ! » « Nous courons tous la perte et ce, plus qu'à la rivière. »
Je préfère ne pas y porter attention. Après tout, ce ne sont pas mes affaires. Et puis, je ne vois pas quel danger on peut courir sur ce ravissant endroit... Je fais quelques pas en direction de l'eau et donne un léger coup de patte dans les "herbes". J'exécute une moue à la fois dégoûtée et amusée.
« C'est visqueux, ai-je minaudé.
— C'est bizarre, renchérit Petit Coquillage en regardant ses pères.
— C'est moche, en plus. »
En disant cette phrase, je ne pu m'empêcher de rire. J'eus d'autres bribes de souvenirs : celle d'une famille en conflit, celle d'une fratrie unie face aux péripéties de la vie, des parents absents, d'avoir été un Clan-mêlé, d'avoir des origines de chat domestique... Trop de différences entre ces vies-là. Elles n'avaient aucun lien. Après cette matinée, j'en déduis que je suis un chaton calme et posé. Enfin, ce n'est qu'une supposition. Mais je me plais dans cette fourrure. Je suis doux comme fleuve.
Le soir tombé, après réflexion, je n'en suis pas si sûr. Tout à l'heure, j'ai vu ma sœur pleurer. Mais j'ai passé mon chemin. Je me reproche de ne pas être allé la voir, mais en vérité, cela ne me fait... absolument rien. Suis-je en vérité un monstre sans cœur ? Je m'allonge contre Petit Coquillage, blottie contre le ventre d'une reine qui nous donne du lait, mais dont le nom m'est encore inconnu. Je n'arrive pas à m'endormir, mes pensées sont un flot d'informations incompréhensibles et mon vécu avant même d'avoir ouvert les yeux m'est incertain de réellement exister. ×
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Extraits LGDC
Fanfiction( L'image de la cover ne m'appartient pas, elle est de Aria-Hope ! ) Ce livre regroupera plusieurs de mes fanfictions LGDC d'arrière-plan ! Vous pouvez bien sûr reprendre cette idée, il suffit juste de me le signaler ! Dans ce livre tu trouveras le...
