Fifty

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MARY VICTORIA




Ces jours-là, ma vie avait retrouvé une saveur simple. Un truc que je n'avais plus goûté depuis trop longtemps.

Le matin, je me réveillais avec le soleil qui traversait les rideaux fins de la chambre chez Mamie. L'odeur du pain chaud et du poisson frit montait depuis la cour. Ma petite sœur riait déjà dehors avec ma grand-mère, qui lui montrait comment tresser des feuilles de bananier.

Moi, je restais un peu au lit. J'écoutais la maison respirer. Ça me faisait du bien de ne pas courir après une relation, une image, un projet.

Plus tard, je retrouvais Allison et Momo au maquis du quartier. Toujours la même table en plastique bleu, les mêmes verres un peu ébréchés.

— « Alors la superstar, t'as digéré ton retour ? » lançait Momo en s'affalant sur sa chaise.

Je levais les yeux au ciel.

— « Arrêtez de m'appeler comme ça, sérieux. »

— « Eh, c'est pas notre faute si t'es devenue la go que tout le monde regarde sur TikTok. » Allison éclatait de rire.

On commandait du poulet braisé, on partageait des bananes plantain. Parfois, je leur parlais de Séoul, mais je faisais attention de ne pas dire son prénom. C'était encore trop fragile dans ma bouche.

Un après-midi, on a décidé d'aller au marché d'Adjamé. Il faisait chaud à étouffer, et le sol collait sous nos sandales. Mais j'adorais cet endroit : la cacophonie, les tissus colorés, les étals de fruits.

Alison s'arrêtait toutes les deux minutes pour marchander un pagne.

— « Regarde celui-là, Mary, il t'irait trop bien. »

Je souriais.

— « Toi, tu veux me déguiser en mariée ivoirienne ou quoi ? »

Momo marchait derrière nous, son téléphone collé à l'oreille.

— « Oui, maman, je suis avec elles... Non, je les surveille... »

Il raccrocha et secoua la tête.

— « Ma mère croit que je vais te demander en mariage avant la fin des vacances. »

On a ri comme des gosses. Et pendant ces moments-là, je ne pensais pas à lui. Mais dès que je rentrais, quand je posais ma tête sur l'oreiller, son absence cognait plus fort.

C'est fou comme on peut être entourée, aimée, et sentir quand même un vide précis.

























Angleterre – Quelques jours plus tard













KAI ELWOOD

Je ne savais même plus dans quel fuseau horaire je vivais. Après la Coupe du Monde, c'était la folie. Interviews, plateaux télé, séances photos. Tout le monde voulait me féliciter.

Mais je n'arrivais pas à savourer.

Je la voyais partout.

An immature boyOù les histoires vivent. Découvrez maintenant