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Je restai un long moment au kiosque, le téléphone encore dans la main, comme si l'appareil pouvait me murmurer autre chose. Une vérité plus douce. Mais non. Rien que le silence, ce silence qui colle à la peau comme la sueur d'un midi d'Abidjan.

Je repris le chemin de la maison, les pas plus lents, le cœur plus lourd. Sur la route, les femmes revenaient du marché, bassines pleines sur la tête, les enfants traînaient derrière elles en râlant de fatigue. Un groupe de jeunes jouait aux billes à l'ombre d'un manguier, criant, riant, se chamaillant pour une victoire fragile.

Je longeai le mur du vieux cimetière, évitant de croiser les yeux du gardien endormi sur sa chaise en rotin. Le soleil cognait fort, et la ville exhalait ses parfums : un mélange entêtant d'essence, de poisson frit, de poussière et de mangues trop mûres.

En rentrant, j'ai trouvé ma grand-mère accroupie devant la marmite, en train de piler du piment.

— Tu es allée où comme ça, toute seule ? demanda-t-elle sans lever les yeux.

— Juste au kiosque, Mama, répondis-je doucement.

Elle hocha la tête, concentrée. Elle savait. On ne parlait pas trop chez nous, mais les silences avaient leurs propres mots.

— Sers-moi un peu d'eau glacée, dit-elle en soufflant sur le charbon.

Je fis ce qu'elle demandait, les gestes mécaniques, l'esprit ailleurs.

À ceux qu'on oublie de sauverDes histoires addictives. Découvrez maintenant