Le lendemain matin, un vent chaud s'est glissé sous les rideaux de la chambre, portant avec lui l'odeur familière de la terre mouillée de la veille. Le quartier s'éveillait à peine. Quelques coqs criaient leur domination, les balais frottaient déjà le ciment des cours, et un vendeur de pain criait à pleins poumons : « Pain chaud ! Baguette chaude ! » comme s'il livrait un message de la République.
Je me suis assise au bord du lit, les pieds nus contre le sol frais, le cœur alourdi par l'absence.
Je regardais la lumière filtrer par les rideaux, pensant à Marc. Était-il déjà réveillé ? Était-il quelque part, loin, à se battre contre sa douleur en silence ? Ou bien... Non. Je chassai cette pensée sombre de mon esprit. Je ne voulais pas l'imaginer affaibli, seul, replié dans un lit inconnu. Je voulais me souvenir de lui debout, vivant, rieur. Comme ce jour-là...
Je me levai, enfilai mon pagne, puis descendis dans la cour. Ma grand-mère était déjà partie au marché. Il n'y avait que la vieille voisine, assise devant sa porte, qui mâchait du cola en silence. Elle me fit un signe de tête, que je lui rendis avec respect.
Je pris la route du kiosque, les pensées perdues dans mes souvenirs. Mon regard croisait les vendeuses de beignets, les enfants pieds nus qui couraient derrière un vieux ballon dégonflé, les femmes en pagne qui bavardaient fort en cassant du manioc.
Mais moi, je marchais dans un monde parallèle, celui où chaque rire me rappelait l'absence de celui dont les blagues allégeaient nos journées.
Arrivée au kiosque, j'ai demandé une recharge de crédit de 200 francs. Je n'avais pas grand-chose, mais j'avais décidé d'appeler Monsieur Djédjé. Peut-être... peut-être qu'il saurait. Peut-être qu'un adulte, lui, aurait des réponses.
Je composai le numéro d'une main tremblante.
— « Allô ? »
— « Bonjour Monsieur Djédjé, c'est Imani... Je suis désolée de vous déranger. »
Sa voix se radoucit immédiatement.
— « Imani ! Tu ne me déranges pas du tout. Ça va ? »
J'ai marqué un temps. Il a dû le sentir, car sa voix est devenue plus inquiète.
— « Il y a un problème ? »
— « Non... enfin... Je voulais savoir si vous aviez eu des nouvelles de Marc Arthur... Depuis la fête, il ne répond plus. Il est comme... comme disparu. »
Un silence. Puis un soupir.
— « Je comprends ton inquiétude, Imani... Ce n'est pas facile. Il est parti à l'intérieur du pays, chez sa grand-mère. Tu sais, là-bas, il n'y a pas toujours le réseau, ni même l'électricité. Il... il avait besoin de repos. »
Mais sa voix trahissait quelque chose. Une hésitation. Une retenue. Mon cœur se serra.
— « Il va bien ? » demandai-je d'une voix basse, presque enfantine.
Il répondit après un long silence.
— « Je l'espère. »
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À ceux qu'on oublie de sauver
No FicciónÀ ceux qu'on oublie est un roman bouleversant, une ode tendre et puissante à l'amitié, à la solidarité, et à la dignité de ceux qui souffrent en silence. À travers les yeux de Maureen, une jeune fille à la fois vive et sensible, nous découvrons la r...
