Chapitre 18 : Day-Off

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Mon frère était rentré, mais nous n'avions pas eu le temps de parler davantage. Trop de regards autour nous, trop de choses à dire, et malheureusement, pas assez de silence pour les accueillir...

Aliyah m'avait raccompagnée. Elle ne disait rien. Et moi non plus.

Nous étions deux silhouettes perdues dans leurs pensées, chacune prisonnière de ses propres tempêtes, occupées à se livrer une bataille personnelle. Mais dans ma tête, tout comme dans mon cœur, c'était le chaos.

Éden savait.
Il savait que j'étais vivante. Que j'étais ici, avec eux. Il savait pour Caitlyn, pour l'argent volé.
Et même si nos échanges avaient été brefs, voire même insuffisants, il avait compris l'essentiel. Mon père saura aussi que j'étais en vie. Moi qui m'étais volatilisée sans donner aucun signe de vie pendant 8 semaines. Quelle fille ingrate je pouvais être.

Et pourtant, ce chaos dans ma tête ne s'apaisait pas. Une crainte était née en moi, ne cessant de grandir plus je pensais.

" Et si Hélio décidait d'avouer à mon père la vérité ? "

Après tout, il ne m'avait fait aucune promesse. Nous n'avions pas eu le temps de nous promettre quoi que ce soit. Bien au contraire, la seule chose qu'il me restait, c'était des incertitudes et une montagne d'inquiétudes.

Et à cet instant précis, une certitude me glaça le sang : je perdais le contrôle.

Moi qui pensais tenir les ficelles en douce, manipuler les apparences, imposer un rythme que je pouvais suivre... La vérité venait de me heurter de plein fouet. Je jouais avec le feu, et je commençais à perdre le contrôle de ce brasier qui continuait de s'accroître peu à peu.

Le lendemain matin, je m'attendais à retrouver le même scénario que d'habitude.
Arès avait pour habitude de disparaître à l'aube, me laissant seule — ou plutôt sous surveillance à peine dissimulée. - Mais cette fois, non.

Il était là.

Il n'avait pas bougé.

Pas quitté la maison.

Pas une seule fois en deux mois cela n'était arrivé.

Tous les hommes qui n'avaient cessé de m'observaient à la dérobée avaient été congédiés, comme effacés d'un revers de main. Comme s'il n'avait jamais existé, comme si tout cela avait été le fruit de mon imagination. Cette réalité dans laquelle je vivais était déconcertante et perturbante. Elle me mettait sans cesse au défi, ne cessant de m'éprouver, de tester mes limites de plus en plus ardemment.

Le silence dans la villa avait changé de nature. Bien que moins pesant il n'en était pas moins inquiétant.

Parce qu'il restait lui. Et que sa présence à elle seule occupait tout l'espace, alourdissant cette atmosphère que l'absence de ces gardiens avait voulu moins lourde. Il était là, terré dans son coin, derrière moi dans la cuisine. Hors de ma vue, il ne m'inquiétait que davantage.

Je l'entendais dans la cuisine, affairé à je ne sais quoi. Nous ne nous étions pas reparlés depuis... L'épisode de son bureau. Depuis que j'avais laissé ma colère tomber sur lui telle une avalanche que rien ne pouvait arrêter.

Depuis, j'avais évité chaque mètre carré qu'il foulait. Je longeais les murs, évitaient soigneusement de sortir de ma chambre. Mais vivre sous le même toit ne laissait que peu d'échappatoires.

Assise dans le salon, j'avais feint une concentration extrême sur le documentaire qui passait à l'écran.

Un documentaire criminel.

Ironique, non ? Lorsque le plus grand criminel est installé à quelques mètres derrière vous, et qu'il est occupé à faire vous ne savez quoi. La seule chose qui peut vous rassurer, et la continuité de ces sons étranges, puisqu'ils vous assurent qu'il est encore dans la cuisine. Et la douce voix du documentaire, qui définie le caractère psychopathe, pour certain, sociopathe de ces criminels.

LysOù les histoires vivent. Découvrez maintenant