Chapitre 16 : Complices

4 2 0
                                        

PDV Bella

L'air vibre comme une corde trop tendue.

Je sens chaque battement de mon cœur résonner dans mes tempes tandis que je colle le canon de mon arme contre la tempe du médecin. Sa peau est tiède, son souffle court, il sent l'huile, la peur, l'odeur âcre du désinfectant qui masque mal autre chose. Je sens la poussière sur mes lèvres, la sueur qui coule entre mes omoplates. À quelques mètres, William retient à peine ses poings. Son regard est dur comme de la pierre. Je pourrais le sentir éclater si je le regardais plus longtemps. Je ne le regarde pas.

-Parle, dis-je, la voix plus basse que je ne le voudrais, dis où sont tes gars. Dis qui travaille pour Nordoff-Hall.

Il bredouille, des sons sans forme.

J'entends Chris derrière moi qui avale sa salive, qui compte le temps sans le dire. August, comme toujours, a les mains calmes. Paul scrute la porte du couloir, prêt à reculer au premier signe d'alerte.

Je sais ce qu'ils pensent : combien d'innocents seraient pris dans une rafale si on se déchaînait ici ?

Je n'arrive pas à penser à autre chose qu'à Amaris. Son visage gonflé sous les bandages, son souffle qui saccade, son prénom qui me brûle la bouche.

Le médecin vacille, ses yeux fouillent le mien comme s'il cherchait autre chose que la menace. Je sens la mèche de mes cheveux mouillée contre ma joue. Je serre les dents.

-Ils sont dans l'aile est, chuchota-t-il enfin, les transferts nocturnes, les chambres 7 à 9. Un van part à vingt heures. C'est Nordoff-Hall qui supervise. C'est tout ce que je sais.

Un rire sans joie me monte à la gorge.

Nordoff-Hall.

Encore et toujours elle.

J'ai hâte de la coincer.

Le nom me frappe comme une gifle chaude. Je sens la bile me remonter. William pousse un pas en avant, le visage déformé. Il veut y aller tout de suite. Il veut y aller maintenant, arracher l'un d'eux par les cheveux et le faire parler en hurlant. Je sens la rage sous ma peau, prête à déferler. Je veux crier, vouloir faire mal. Je veux qu'ils souffrent pour Amaris. Mais je sens aussi la douceur d'elle, la manière dont elle m'a pris la main la première fois après une mission, le rire bas qu'elle m'a offert quand je croyais devoir tout contrôler. Je ne veux pas perdre ce souvenir à cause d'une erreur stupide ici.

-Chris, soufflais-je, donne-moi un signe.

Il hoche la tête, lent.

-On monte un plan. On ne fonce pas. On prend le van, on empêche la fuite.

Sa voix est l'ancre dont j'ai besoin.

William grogne, mais se tait. Paul ferme un rideau et jette un regard par l'entrebâillement : un couloir, des néons clignotants, une infirmière qui pousse un chariot roulant, trop calme pour être honnête.

Dans un coin, un gamin tient une seringue, les yeux trop vieux pour son âge. Ses doigts tremblent. Je hais qu'il y ait des enfants ici. Tout me donne envie de hurler.

Je retire le canon de la tempe du médecin mais je ne le lâche pas. Mes mains tremblent.

Est-ce la fatigue ?

L'adrénaline ?

La peur ?

Peut-être tout à la fois. Je sens des larmes monter mais je les avale comme on avale du poison. Je suis Bella. Je suis celle qui répare, qui encadre, qui ne craque pas. Sauf que ce soir, j'ai peur de craquer pour de vrai.

The IMF Huntress {Terminée}Des histoires addictives. Découvrez maintenant