Quelques jours plus tard.
Mercredi 6 mai 2017
Je ressert ma veste contre moi et marche dans l'allée remplie de gravier.
Je suis seule, il n'est que 8 heures du matin et une brise matinale vient m'accueillir dans ce lieu lugubre et triste. Je m'assois à terre et dépoussière la pierre qui me fait face comme toutes les semaines depuis maintenant deux ans.
«Ici repose
Anne Jane Evans
1972-2015»
Je soupire et caresse du bout des doigts la fraîche pierre tombale.
« Maman... Deux ans que tu nous as quittés. C'est dur tu sais... Je n'ai même pas eu le temps de venir te voir comme je te l'avais promis, tu étais déjà partie bien loin. »
Je ravale mes larmes en fermant délicatement les yeux.
« C'est l'anniversaire de Ethan aujourd'hui maman, et j'aurais aimé que tu le rencontre un jour. Il a deux ans, et c'est un vrai monstre... Le portrait craché de son père au même âge...» Je laisse mes lèvres s'étirer pour ne former qu'un simple sourire, « Tu sais, Cameron il a trouvé une copine et je pense sincèrement que c'est la bonne. Il m'a dit qu'il souhaitait la demander en mariage le mois prochain c'est super hein? J'espère qu'il vient te voir de temps en temps, même si il a déménagé à New York! »
Je baisse le regard vers ma main et observe la bague que Jack m'a offerte le jour de notre mariage. Je mordille ma lèvre inférieure,mon cœur battant à un rythme irrégulier. Ma mère aurait dû être présente ce jour. Ce jour qui d'après elle, aurait été le plus beau de ma vie. Certes, mon mariage avait été parfait, la décoration, la robe, le lieu et les invités aussi, mais la non présence de ma mère rendait ce jour moins magique que ce qu'elle m'avait décrit.
« Jack et moi nous nous sommes mariés il y a 5 jours... J'aurais tellement aimé que tu sois là. C'était magique. Un peu comme un compte de fée, ou un mariage de princesse. Papa était présent, on s'est reparlé et je lui ai pardonné. J'espère que tu es fière de moi et de ce que je suis devenue maman. Je sais que je n'ai pas toujours été la petite fille modèle que tout les parents souhaitaient avoir, mais je sais que j'ai tout fait pour que vous soyez fiers de moi. J'ai gaffé et menti plus d'une fois, mais quel adolescent n'a pas fait ça? Puis est venue l'explosion: La naissance de Lili, qui été dure pour vous, mais encore plus pour moi. Vous m'avez mis à la porte lorsque je n'étais qu'une jeune femme irresponsable, perdue, et sans avenir. Alors oui, je vous ai détestés, haïe, mais je vous aime par dessus tout. Et je ne vous remercierais jamais assez finalement de m'avoir mis à la porte; parce que c'est grâce à vous que je suis devenue la femme que je suis aujourd'hui. »
Une larme glisse le long de ma joue mais je ne prend pas la peine de l'enlever. Elle continue son chemin en glissant sur mon menton pour venir s'écraser sur mon pantalon noir.
« Je m'étais promis de ne pas pleurer maman, mais le deuil a été difficile à faire... Ça me tord l'estomac de me dire qu'à présent tu n'es plus en vie, que je ne pourrais plus rire avec toi et que je ne pourrais pas non plus rattraper le temps qu'on a perdu toutes les deux durant tant d'années. »
Un flot de larmes envahi mon visage dû à la tristesse et un sentiment de haine s'installe en moi, me donnant cette fois ci l'envie d'hurler envers cette fichue maladie qui lui a coûtée la vie.
Enterrée là, six pieds sous terre, loin de moi, de nous, de la vie.
« Madison! »
Je me retourne en sursaut en entendant le bruit de pas pressés contre le gravier.
« Madi... »
Jack.
Je baisse la tête face au marbre de la tombe grisâtre.
« Je ne pense pas que ta mère serait contente de voir sa fille se morfondre sur sa tombe. » Il souffle légèrement et dépose ses mains chaudes sur mes épaules, « Sortons d'ici bébé. »
Je me redresse avec difficulté et m'accroche au bras de mon mari en respirant l'air frais de ce mois d'octobre. Jack attrape mes deux mains et me fait pivoter face à lui.
« Arrête de pleurer... J'aime pas te voir comme ça. » Il fait glisser ses pouces sous mes yeux et tente d'enlever toute trace de larmes.
« Elle me manque,Jack. » Un long soupir s'échappe de mes lèvres tandis que je laisse ma tête se poser contre son torse.
« Je sais... Mais t'es forte non? Je suis sûre qu'elle est fière de toi et qu'elle souhaite plus que tout au monde que tu vive ta vie à fond sans laisser le passé te rattraper. Tu promets de faire ça ? Pour elle? »
J'hoche doucement la tête et empoignant le bas de son sweat dans mes mains.
« Promis? » me susurre t-il a l'oreille.
« Promis. » dis-je en plaquant tendrement mes lèvres sur les siennes.
Il se décolle de moi en m'adressant un sourire qui laisse visible ses dents blanches parfaitement alignées.
« Aller. On s'en va. » Il glisse sa main dans ma main, le contact de sa paume contre la mienne me faisant frissonner.
Je me retourne une dernière fois vers la tombe de ma mère en murmurant un
« Je t'aime maman » à peine inaudible.
***
« Quand j'étais petite, elle m'a appris à marcher, m'a appris à sourire et m'a apprit à ne jamais abandonner. Je l'aimais avant même de savoir ce qu'était l'amour. J'aurais aimé qu'on me dise qu'elle avait guéri miraculeusement, mais ça n'a pas été le cas. Elle a juste cessé de respirer. Et j'aurais aimé qu'on me dise qu'elle n'était pas morte pour rien, que sa mort avait eu un sens pour la suite de notre vie ou même que sa vie avait eu une signification particulière, qu'on avait donné son nom à un parc, à une rue. Mais rien de tout ça ne s'est produit. Elle est partie c'es tout. Elle est redevenue un morceau de ciel bleu et nous devons tous continuer de vivre. » Madison.
« Ne reste pas là à pleurer devant ma tombe. Je n'y suis pas, je n'y dors pas. Je suis le vent qui souffle dans les arbres. Je suis le scintillement du diamant sur la neige. Je suis la lumière du soleil. Je suis la douce pluie d'automne qui parsème la cour de ton jardin. Je suis l'envol de ses oiseaux silencieux qui tournent dans le ciel. Alors ne reste pas là à te lamenter devant ma tombe. Je n'y suis pas! Je ne suis pas morte! Pourquoi serais-je hors de ta vie simplement parce que je suis hors de ta vue? La mort tu sais, ce n'est rien du tout, je suis juste passée de l'autre côté. Je suis moi et tu es toi. Quelque soit ce que nous étions l'un pour l'autre nous le resterons toujours. Pour parler de moi, utilise le prénom avec lequel tu m'a toujours appelé. Parle de moi simplement comme tu l'as toujours fais. Ne change pas de ton, ne prend pas un air grave et triste. Ris comme avant aux blagues qu'ensemble nous apprécions tant. Joue, sourit, pense à moi, vis pour moi. Prononce mon prénom avec simplicité et naturel, sans aucune marque de regret. La vie signifie tout ce qu'elle a toujours signifiée. Tout est toujours pareil, elle continue, le fil n'est pas rompu. Pense et parle toujours de moi autour de toi et tu verras, tout ira bien. Tu sais, je t'entends, je ne suis pas loin. Je suis là, juste de l'autre côté. » Anne Jane Evans .
