Le royaume des Saint Phix

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Et la mort ne l'emportera pas.  

 

Et la mort ne l'emportera pas.

Les trépassés nus s'uniront,

A l'homme dans le vent et sous la lune du couchant ;

Lorsque leurs os seront déchiquetés, blanchis et une fois immaculés s'en iront en poussière,

Leurs coudes et pieds seront constellés ;

Même si la folie les emporte ils deviendront lucides,

Même en se noyant dans la mer ils referont surface,

Puissent les amants se perdre, l'amour restera ;

Et la mort ne l'emportera pas.

Et la mort ne l'emportera pas.

Sous les méandres de la mer

Longuement allongés ils ne périront pas sous les flots ;

Tournant sur les chevalets quand les tendons cèdent,

Mis en roue, ils ne se briseront pourtant pas ;

La foi en leurs mains ne se brisera pas en deux,

Et les maux des licornes les transpercent ;

Brisés, tout s'arrête, ils ne succomberont pas ;

Et la mort ne l'emportera pas.

Et la mort ne l'emportera pas.

Les gémissements des mouettes ne perceront plus leurs oreilles

Ni le fracas des vagues sur le rivage ;

Là où une fleur poussa elle ne dresse plus

Sa tête vers les coups portés par la pluie ;

Puissent-ils être fous et perdre la vie,

Leurs têtes martèleront le sol jonché de pâquerettes ;

Surgissant au soleil avant que le jour ne s'achève,

Et la mort ne l'emportera pas.


Dylan Thomas, Twenty-Five Poems, 1936. Poème issu de la traduction alternative de Benoit Rêveur.


Alchimie - HiverOù les histoires vivent. Découvrez maintenant