Un soir à table

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Chapitre 13 : Un soir à table

V avait réintégré ses quartiers depuis plusieurs jours. Pourtant rien n'avait fondamentalement changé depuis que Butch était allé s'excuser au Masque de Fer. L'autre enfoiré devait seulement en avoir eu marre de sa garçonnière parce qu'il demeurait toujours aussi distant. Il répondait quand Butch lui parlait, mais c'était comme si leur ancienne complicité s'était évanouie et, à dire vrai, le flic commençait à se trouver à court d'idées pour enterrer la hache de guerre.

L'illumination lui vint en zappant, un soir d'ennui. Il était tombé sur une émission de cuisine qui l'avait à moitié endormi. Alors qu'il s'efforçait de rassembler son courage pour atteindre la télécommande, une révélation le secoua. Comment n'y avait-il pas pensé plus tôt ? Il était pas si mauvais en cuisine après tout... L'ambiance serait sûrement plus détendue autour d'un repas et ils pourraient enfin espérer avoir une conversation civilisée ! Il ne lui restait qu'à mijoter un bon truc et ouvrir une bouteille sympa.

Ça tombait bien : V était en patrouille ce soir-là. Butch allait lui préparer un repas pour son retour. Les Frères mourraient toujours de faim après leur nuit d'exercice et il lui restait juste le temps d'aller razzier les réserves du manoir...

Il se leva, tout guilleret.

***

La nuit avait été merdique. VIl manquait de concentration depuis son engueulade avec Butch et avait failli se faire poignarder la cuisse par un lesser. Rhage était venu à sa rescousse avant de lui brailler dessus pour qu'il arrête ses conneries. Sur le fond, V était bien d'accord... La forme, c'était une autre histoire.

Encore préoccupé, il poussa nerveusement la porte de la Piaule dans laquelle flottait une odeur très inhabituelle. Le loft embaumait le soleil, une odeur qu'il n'avait plus sentie depuis sa transition, quelque trois siècles auparavant. On se serait cru dans le sud de l'Europe, quelque part entre l'Espagne et l'Italie. La pièce était noyée de basilic, tomate, thym et d'un million d'autres choses qui le firent saliver. Les doggens avaient dû lui monter un plat ; sans doute une attention de la reine.

Fort de cette conviction, sa mâchoire manqua de se décrocher en entrant dans la cuisine. À l'intérieur, Butch lui tournait le dos, occupé à jongler avec un plat de sauce et un égouttoir plein de feuilles de lasagnes. Il jura bruyamment quand les pâtes s'égouttèrent sur son bras, à même la peau. Il avait roulé les manches de son sweat à l'effigie des Sox, et un torchon blanc était passé dans la ceinture de son jean noir. Pieds nus, il était sexy à souhait.

V déglutit péniblement et Butch se retourna à ce moment-là.

_Ah mec, t'es en avance. Va falloir attendre que ça cuise maintenant. C'est pas que je ne sois pas content que tu sois rentré plus tôt, hein... Remarque, tu vas pouvoir goûter ça et me dire si c'est pas trop dégueulasse.

Inconscient de la signification de son geste, il avait posé ses marmites et plongé une cuillère en bois dans la garniture des lasagnes. Il fit deux pas en avant, tendant l'ustensile vers la bouche de V. Ce dernier resta bloqué net, incapable de bouger. C'était quoi, ce foutu don qu'avait Butch pour toujours taper sous sa garde ?

Ce dernier s'arrêta en notant l'air estomaqué de son coloc.

_Putain, j'ai fait une connerie ! Oh bordel, y a de l'ail dans cette recette, c'est ça ?

V sortit de sa torpeur, marquant son incompréhension par un froncement de sourcils avant de percuter.

_Hein ? De l'ail ? Ah nan, Cop, c'est des conneries tout ça...

Une histoire de mecsOù les histoires vivent. Découvrez maintenant