Une robe. Tout ça pour une robe !
Reste calme Clémence. Inspire, expire, c'est bon tout va bien. Certes il est tôt et tu aurais aimé te reposer ce matin pour tenter de rattraper toutes ces nuits blanches à réviser, mais... Reste calme. Oui tu aurais pu porter une autre robe pour ce repas de famille, mais ce n'était pas LA robe. La fameuse pièce de grand créateur qu'on t'avait offerte à tes dix-huit ans alors que toi tout ce que tu avais voulu c'était une bonne vieille paire de basket. Reste calme, ce n'est rien tout ça.
Voilà ce que je me répétais inlassablement, dans l'espoir de garder mon calme tout en me préparant. J'étais obligée, par faute d'inattention, de retourner dans mon grand appartement que je détestais tant, pour récupérer ma robe. Si seulement j'avais pensé à la prendre hier soir en faisant mon sac. Je savais pourtant bien que ce grand repas était organisé aujourd'hui, mais voilà encore une fois ma mémoire m'avait fait défaut. Bon c'est vrai qu'après tout je n'aurai sans doute pas pu dormir plus longtemps avec tout le brouhaha que faisaient les cuisiniers et leurs robots.
Je fis mon sac rapidement, prenant avec moi une bouteille d'eau, un déodorant et mes fiches de révisions. Réviser... J'avais l'impression de ne faire que ça. Je devais bien m'y attendre pourtant, il était impossible de rester cette année dans mon école de médecine sans n'apporter aucun travail personnel. Mais je détestais ça, véritablement. Cela me coupait de mes proches, de mes amis, de mes amours, de mes passions, je n'avais plus le temps de rien. Ma mémoire étant l'un de mes pires défaut, j'étais obligée de répéter encore et encore la même leçon, les même définitions pour qu'enfin elles restent dans mon esprit. Il fallait que je m'accroche pourtant. De toute façon, abandonner maintenant serait bien inutile, des amis je n'en avais plus, le prince charmant n'en parlons même pas, puis mes passions... Je n'étais même plus certaine de les apprécier. J'étais comme un robot, agissant sans sentiments, répétant la même routine... Et cela ne me dérangeait pas. Absolument pas.
Je me mis à marcher en direction de l'arrêt de bus. Le chemin était plutôt agréable, le soleil tapait sur ma nuque et la légère brise dégageait mes cheveux de mon visage. Après tout, cet oubli n'était pas si mal.
Lorsque j'arrivai à l'arrêt, personne n'était encore présent, mais je ne m'en étonnais pas vu mes dix minutes d'avance. J'avais toujours eu cette fâcheuse habitude d'être en avance, on pourrait voir cela comme une qualité, pour moi c'était bien le contraire. Attendre sans réelle occupation vous embrouille. Votre cerveau se met en marche à la vitesse grand v. Vous ne voyez rien arriver, mais au bout de quelques secondes déjà des idées noires vous hantent. Des peurs vous paralysent. Alors vous essayez de penser à quelque chose de futile, ce que vous allez faire de votre journée, ce que vous devez acheter pour vos prochaines courses. Mais elles reviennent encore ces sombres pensées. Vous tentez de fixer un objet, de retrouver l'innocence de votre enfance qui vous aurait provoqué un immense émerveillement face à cette forme, cette chose magique, un simple objet. C'est un échec, encore, comme votre vie. Vous êtes nulle. Mademoiselle Clémence vous êtes nulle.
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Bus
Teen FictionUn arrêt de bus n'est pas grand chose. Celui de ce petit village alpin l'est encore moins. Pourtant c'est ici que six personnes, six inconnus, totalement différents vont se rencontrer. Leurs chemins se croiseront encore et encore. Malgré les probl...