J'étais dans mon jardin, assise dans l'herbe, en pleine conversation téléphonique avec Ella.
- Tu devrais aller lui parler, me disait-elle.
- Sans façon, déclinais-je.
Depuis ce matin elle ne me parlait que d'une chose: le fameux garçon aux yeux bleus océans. Mon amie m'avait littéralement sautée dessus à huit heure du matin pour me raconter qu'il s'était abonné à son compte Instagram, puis avait commencé la conversation. Elle me désespérait.
- Mais si ! insista-t-elle. Il est hyper sympa et drôle.
- C'est super. T'as l'air de l'apprécier.
- T'es vraiment pas marrante. Tu devrais faire comme les autres filles.
- Comme les autres filles ? m'étonnais-je plutôt amusée.
- Oui. Quand un garçon te plaît il faut savoir prendre des risques et te jeter à l'eau.
- Mais je n'ai jamais dit qu'il me plaisait, répliquais-je.
- Peut-être... mais c'est flagrant.
- Tu te moques de moi ?
- Pas du tout. Il faut vraiment que vous fassiez connaissance...
- Je dois te laisser, mes parents viennent de rentrer, mentis-je avant de raccrocher.
Je me laissai tomber en arrière, regardant de ciel. Ella pouvait vraiment être énervante quand elle s'y mettait. J'espérais vraiment qu'elle abandonnerait cette idée stupide, qui commençait sérieusement à m'agacer.
Je regardais autour de moi. J'étais seule. Je ramenai les genoux à ma poitrine fixant un point imaginaire. Et comme souvent dans cette situation, j'avais envie d'un bon chocolat chaud. Je me levai guidée par ce désir, rentrant chez moi pour prendre de l'argent, puis je ressortis. Mes parents ne rentreraient pas maintenant de toute manière, et mes pas me guidèrent sur ce chemin que j'avais beaucoup trop de fois emprunté.
Arrivée devant le café Delight, je restais figée. Je me revoyais courir sous la pluie, avec cette robe bleu trempée, pour me réfugier dans le café. À l'époque je n'étais pas seule...Je faillis faire demi-tour, me disant qu'il y avait un tas d'autre café. Mais l'odeur du chocolat chaud m'entraîna à pousser la porte. À l'intérieur l'odeur était toujours la même: un mélange de chocolat, de café et de petits gâteaux.
Je m'approchai du comptoir pour commander un chocolat chaud à emporter, la gorge serrée. Puis je suis sortie plus vite que je n'étais rentrée, et décidai de marcher dans la ville, ma boisson à la main.Alors j'ai marché sans m'arrêter, observant autour de moi toute la vie que contenait cette ville. Je me souviens d'une petite fille au couette blonde, sûrement âgée d'à peine cinq ans et débordant d'énergie, qui courrait après un chat, pendant que sa mère lui rabâchait de faire attention à la route. Mais il y avait aussi ces deux adolescents de mon âge qui riaient aux éclats pour une raison que eux seul connaissaient, et aussi cette vieille dame, habillée de cette jupe d'un rose pâle, peut-être à cause de trop nombreux lavages, qui était simplement assise sur un banc admirant comme moi toute l'agitation d'une ville. J'ai continué mon chemin, sans prêter attention à l'heure. Au détour d'une rue, une douce mélodie faisait vibrer les murs des maisons et s'accordait avec les arbres pliant au vent. J'ai avancé plus près, jusque devant la maison d'où provenait cet air de piano poignant. Je me suis assise là, à même le sol de cette ruelle et j'ai écouté cette musique qui m'était inconnue, mais qui me transmettait si bien les émotions du pianiste. J'ai fermé les yeux, appuyant ma tête contre le mur derrière moi. C'était magnifiquement bouleversant.
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Il te restera les étoiles
Teen FictionCalypso. Pourquoi mes parents m'avaient-ils donné le nom de celle qui demeura morte de chagrin après le départ d'Ulysse ? L'éternité de son immortalité lui avait-il permit de s'en remettre ? On ne le saura jamais. Vous devrez vous contenter d'une...