Chapitre 2

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Le début de la fin.


Les flocons s'agrippaient à mes vêtements, tandis que ceux qui se posaient sur mes cils rendaient chaque battement de paupière plus compliqué que le précédent. La neige fondait paresseusement sur ma main. Cette même main que je ne pouvais m'empêcher de fixer.

Depuis que j'avais touché ces étranges pixels, quelques heures plus tôt, je me sentais encore plus adiaphorique que je ne l'avais jamais été depuis la Fin. Plus rien n'arrivait à me préoccuper, pourtant nombreuses été les choses qui auraient dû le faire. Exemple pas des moindres, le fait que je ne me souvienne absolument pas de ce qui c'était passé après avoir touché ces petits cubes blancs qui défiaient les lois de la gravité. Je me souviens d'avoir tendu la main, et puis plus rien. Dans la frise chronologique que j'avais faite mentalement, le  trou de mémoire était rapidement suivi par mon réveil sur le sol du laboratoire d'Alphys. La première chose que j'avais pensé quand j'étais sortie des vapes, c'était que je me sentirais mieux, car j'avais un peu dormi. Inutile de préciser que je m'étais rapidement rendue compte que je me leurrais.

Depuis mon réveil, une étrange et désagréable impression me collait à la peau. Celle que, à force de rester dans ce monde vide et bon à jeter, j'étais en train de m'effacer avec lui. Je m'en rendais seulement compte, mais le fait de ne pas l'avoir réinitialiser faisait de ce monde une anomalie, que je rendais de plus en plus incurable, chaque jour passant. Il fallait que je trouve une solution, et vite. 

Mais je ne fis rien de cette information. Et je ne fis rien non plus quand je me rendis compte que certains objets se dédoublaient ou disparaissaient tout bonnement au contact de ma main. Pour l'heure, je voulais me débarrasser de ce sentiment d'impuissance face aux conséquences de mes actes. Je voulais, pour une fois, me sentir bien.

L'endroit qui aurait de suite eut cet effet à l'époque était évidemment le bar de l'homme de flammes. Le peu de sommeil que je m'étais accordée - bien que je n'en ai aucun souvenir - m'assura assez d'énergie pour faire le trajet jusqu'à Couveneige. Néanmoins, quand je fus arrivée devant la porte du Grillby's, je n'eu pas le courage d'enter. Cet endroit faisait monter un flux de souvenirs dont je ne voulais pas me rappeler. J'étais sûre que si je m'asseyais sur ce tabouret qui m'était attitré, je fondrais en larme. Je m'étais retenue de sombrer durant tout ce temps, ce n'était pas pour commencer maintenant. De plus, si je lâchais une larme, je n'arriverais plus à m'arrêter. Et j'avais une mission à accomplir avant de commencer à pleurnicher. 

Ce jour là, les volets clos ne laissèrent pas filtrer la lumière chaleureuse et tamisée du bar. Ce jour là, les murs de briques n'essayèrent pas tant bien que mal d'étouffer les notes de jazz, le tintement des verres et les rires aux blagues de mon squelette préféré à égalité. Ce jour là, le petit panneau à l'entrée indiquait « fermé ».

J'étais adossée contre un des murs extérieurs. Pour la première fois depuis que j'avais pris l'initiative de sauver tout le monde, je me demandai si ça en valait réellement la peine. Petit à petit, mes séduisants espoirs d'un jour nouveau s'amincissaient jusqu'à être complètement confus. Je n'avais plus qu'une seule certitude : Le doute.  

Les flocons à se loger sur mes cils se faisaient de plus en plus nombreux et ma vue se troublait. Mes sens se mêlaient les uns aux autres dans un chaotique ballet. Je n'avais plus espoir, et je n'espérais plus rien. C'était la fin.

Et puis soudain, les notes enjouées d'un morceau de jazz vinrent me tirer de mon naufrage dans les abysses. Le tintement des verres qui trinquent. Les rires. M'avaient-elles vraiment empêcher de sombrer ? Ou alors me clouaient-elles au sol ? Était-ce enfin, le paradis que j'attendais sans le demander ?

Des chiffres et des lettresOù les histoires vivent. Découvrez maintenant