Présent 2024, pdv Alice
Je me lève tôt ce matin-là. Je n'ai pas réussi à fermer l'oeil de la nuit et pourtant je suis en pleine forme. Je ressens une excitation semblable à celle que je ressentais petite le matin d'un départ en vacances ou la veille de Noël. C'est une sensation bizarre qui me culpabilise un peu. Je sais bien que la seule chose un peu spéciale qui va se passer aujourd'hui n'est ni un voyage, ni le réveillon. C'est juste l'arrivée de Lucas au collège. Dès que j'y pense, l'excitation retombe et laisse place à un sentiment d'anxiété. Maintenant j'ai le trac, comme quand j'étais petite, au théâtre, avant de monter sur scène. Bon fini les comparaisons ridicules, quand je stresse c'est infernal tout ce qui se passe dans ma tête.
Je passe plus d'une heure dans la salle de bain. Je me lave les cheveux, les sèche puis les lisse. Je me maquille très légèrement et je file dans la cuisine. Je me prépare un thé au caramel dans lequel j'ajoute un stévia et j'attends qu'il refroidisse.
"Alice, tu es déjà debout ?
- Oui, je suis dans la cuisine.
- D'accord, je vais prendre une douche, tu as fini avec la salle de bain ?
- Oui, tu peux y aller. Tu veux que je te prépare un café ?
- Oui c'est gentil, merci ma chérie."
Le café d'Hugo prêt, j'enfile mes chaussures et me dirige vers ma voiture. J'ai un appel manqué d'Archibald et un texto qui dit "peux-tu venir me chercher ce matin svp ? Ma voiture est toujours au garage. Je te revaudrai ça." Je lui réponds "j'arrive" et j'allume le moteur. Arrivée devant chez lui, je le vois qui m'attends, adossé contre le mur de sa maison.
"En route mauvaise troupe, je lui lance en riant.
Il monte dans la voiture et s'installe du côté passager.
- Dis donc, tu es plus joyeuse qu'hier ce matin, s'exclame-t-il.
- Ça n'a pas l'air de te faire plaisir, tu préfères peut-être quand je fais la gueule ?
- Non non, pas du tout. Disons que c'est curieux ce changement d'humeur, dit-il en me lançant un coup d'oeil suspicieux. J'imagine que l'amour a quelque chose à voir là dedans, je me trompe, m'interroge-t-il.
Je me sens tout à coup très mal à l'aise mais je fais tout pour ne rien laisser paraitre.
- L'amour, je ne sais pas, mais le sexe en revanche oui, je m'exclame en riant.
- Ah oui, je n'y avais pas pensé, mais bon dans un couple les deux vont un peu ensemble, ajoute-il en souriant.
- Oui pas faux. Bon on est arrivé, tout le monde descend !"
Archibald et moi marchons vers le collège lorsqu'il me dit :
"Au fait, tu as reçu le mail de la CPE à propos du remplaçant ?
- Non, elle l'a envoyé quand ?
- Hier soir.
- Ah bah non je ne l'ai pas reçu, c'est bizarre.
- Oui enfin ne t'inquiète pas, elle voulait juste nous prévenir que les présentations auraient lieu pendant la pause du déjeuner en salle des professeurs. Elle nous donne rendez-vous à midi trente. Elle a aussi donné des informations au sujet de l'enterrement. Il aura lieu jeudi après-midi. Elle a dit qu'elle accepterai nos absences à condition que nos cours soient rattrapés. Et je crois que c'est tout.
- D'accord, bah merci de m'avoir prévenue. Tu penses y aller, toi, à l'enterrement ?
- Je ne sais pas encore et toi ?
- Justement j'hésite. D'un côté j'aimerais être là mais je ne suis pas vraiment sûre d'être à ma place. Si tu décides d'y aller, préviens-moi et j'irai aussi."
J'ai essayé au maximum de détourner la conversation du sujet "Lucas". Je n'ai vraiment aucune envie de parler de lui. La simple idée de le voir m'angoisse au plus haut point. Je sens que j'ai un noeud à l'estomac. J'appréhende ce moment. Je me demande quelle réaction il va avoir, lui. Je ne pense pas non plus qu'il puisse s'attendre à me trouver là. Heureusement, alors que je ne cesse de me torturer avec mes interrogations à propos de ce midi, un élève vient à ma rencontre pour me poser une question sur un exercice du devoir maison. Le temps que je réponde à sa question, la sonnerie retentit. Je suis sauvée, je vais être occupée pendant deux heures à expliquer aux 6e1 les règles d'accord du participe passé avec les auxiliaires être et avoir.
Les élèves entrent en classe et s'installent à leur table. Ils sortent leurs affaires pendant que je fais l'appel. Puis je commence la leçon. Ils sont attentifs, actifs et participent. Chacun tente de répondre aux questions que je pose, et une fois la leçon finie, nous entamons les exercices. Il suffit d'une minute et il revient dans mon esprit. Prise au dépourvu et dans le refus d'être confrontée encore une fois à mes angoisses, je m'exclame :
"On corrige les exercices. Qui veut aller au tableau pour corriger la première phrase ?"
Les voix de mes élèves fusent et s'entremêlent "mais madame on n'a pas terminé", "madame, vous pouvez pas nous laisser deux minutes pour finir s'il vous plait ?". Je ne réagis pas à leur demande et comme personne n'émet le souhait d'aller au tableau, j'envoie Léa. Elle y va sans broncher.
"Très bien Léa ! Tu peux retourner t'assoir à ta place. Bon finalement je pense que c'est mieux si je vous interroge à l'oral et que je m'occupe de recopier les phrases que vous me dictez. Paul, on t'écoute si tu veux bien ?
- J'ai dit que le participe passé "mangé" ne s'accordait pas puisque le COD était placé après l'auxiliaire avoir.
- C'est juste, tout le monde est d'accord avec Paul ? Vous avez des questions ?"
Ils semblent avoir compris mais je verrais bien les résultats de l'évaluation que je leur ai préparée pour la semaine prochaine. En attendant, il est midi trente et il faut que je file en salle des professeurs. Je n'ai pas envie de me faire remarquer. J'imagine déjà la scène. Tout le monde est installé, le silence règne, la CPE prend la parole pour présenter Lucas et moi j'entre en trombe. Ce serait horriblement gênant. Je me précipite dans les escaliers, je monte les marches deux à deux. Je me sens déjà essoufflée. Je vais arriver toute transpirante mais la scène que je viens de m'imaginer m'a tellement terrifiée que la sueur me préoccupe peu à cet instant. J'arrive devant la salle, Archibald m'attend, le sourire aux lèvres.
"Je suis impatient de voir à quoi ressemble le nouveau. Tu te rends compte, il a surement notre âge. Pour une fois que c'est un prof jeune. C'est cool, non ? On aura peut-être un nouveau pote avec qui sortir !
- Oui, je réponds en faisant mine de rire."
En réalité, je ne l'écoute qu'à moitié. Je suis trop angoissée pour comprendre la moindre de ses paroles. Il est déjà midi cinquante et toujours aucune nouvelle, ni de Lucas, ni de la CPE. Je me demande ce qu'il se passe et je sens que s'ils n'arrivent pas bientôt je vais exploser tellement je suis stressée. Ouf, j'aperçois la CPE qui s'approche de nous à vive allure.
"Bonjour à tous et désolée pour l'attente. Je viens d'avoir monsieur Mariot au téléphone et il a eu une urgence, il ne pourra pas être là aujourd'hui. Il ne m'a pas précisé quand il serait disposé à venir, je vous tiendrai informés dès qu'il m'aura rappelée. Pour le moment je vous souhaite un bon appétit !"
Elle part aussi vite qu'elle est arrivée. Et moi, je me sens soulagée, libérée d'un poids. La pression redescend. Mais pleins de questions trottent dans ma tête : "Pourquoi n'est-il pas venu ? Lui est-il arrivé quelque chose de grave ? Quand va-t-il revenir ?" J'espère obtenir rapidement des réponses à mes questions.
Un nouveau chapitre terminé, j'espère qu'il vous aura plu. Je sens votre impatience, non ? Vous êtes aussi pressés qu'Alice mais ne vous inquiétez pas, vous allez bientôt rencontrer Lucas. Peut-être pas comme vous le pensez, je vous laisse deviner; et dîtes-moi si vous avez une idée dans les commentaires !
En attendant je vous fais pleins de bisous.
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DELTA PLANE pour toujours
RomanceAlice, jeune professeur de français, vit avec son fiancé Hugo. Elle croit être heureuse jusqu'au jour où Lucas réapparait. Il remplace un professeur d'EPS récemment décédé dans le collège où elle travaille. À sa vue, la passion qu'elle avait enfouie...
