Chapitre 91

177 11 3
                                        

Mes talons résonnent dans le silence nocturne londonien. Mes pensées remplissent ces rues désertes. Ma belle-sœur éclaire les pavés.

Conversation téléphonique :

-Allô ?

-Salut. Ça va ?

-Ben... Pas trop... J'suis content que t'appelles mais en même temps j'aurais préféré que ce soit moi qui le fasse en premier. Seulement j'en trouvais pas le courage...

-Je t'ai réveillé ?

-C'est rien t'inquiète. Tu fais quoi à cette heure-ci ? T'es chez toi ?

-Non, je suis dehors. Je marche.

-Seule ?!

-Oui.

-Carmela, retourne chez toi ! J'suis pas rassuré à l'idée que tu sois toute seule après ce qui t'es arrivé ! Rentre ou bien j'raccroche et j'préviens Micke !

-Je suis au bas de mon immeuble. J'arrive pas à aller plus loin. T'en fait pas.

-Mais...

-Alonzo, soupirais-je.

-Tu restes bien avec moi au téléphone alors.

-Si tu trouves quelque chose à dire, parce que sinon je vais m'ennuyer.

Il souffle du nez.

-Pourquoi tu m'as appelé ?

-Parce que tu me manques. Et ça nous ressemble pas ce qui nous arrive.

-On est d'accord là-dessus. Je... J'te demande pardon. J'ai été un vrai con. J'ai laissé la colère parler. Retiens pas l'horreur que je t'ai dit. Je crois simplement que je m'en voulais et je m'en veux encore d'accuser le coup aussi mal comparé à toi. C'est tout.

-C'est qu'une façade Alonzo. Je vais pas bien du tout.

-Bah ouais même ça je l'ai pas remarqué chez toi.

-C'est normal, tu vas toi-même mal.

-Alors qu'est-ce qu'on fait ?

-On essaye d'aller mieux ? Ensemble ?

-De toute façon je pourrais jamais aller bien si tu n'es plus dans ma vie un jour. Alors oui. Ensemble.

-Great, murmurais-je dans un timide sourire sous le réverbère.

-Tu veux pas rentrer chez toi maintenant ? On s'appelle demain. Je serais rassuré de te savoir à dormir en sécurité.

-Ok... À demain.

-Bisois.

Fin conversation téléphonique.

Je raccroche et m'enfonce sur ce banc où je relâche mes muscles. Je vais déjà mieux...

-Cette nuit, comme aujourd'hui, j'ai été dans une profonde mélancolie,
Cercle vicieux qui me tourmente,
Avec lui, j'ai peur de dévalé une pente,
S'engager dans un mystère,
Que vais-je dire à mon père et ma mère ?
Sans lui, j'étais sans amis,
Ne vous arrêtez pas à sa folie,
Apprenez que je l'aime,
Acceptez que je l'aime,
Même si cet amour n'est pas comme tous les autres, le même,
Nous étions de bons copains,
Mais maintenant, il est bel et bien mon homme, le mien.

Je tourne la tête. Ses yeux me fixent.

-C'est de moi dont tu parlais ? Je l'ai lu sur ta table de nuit.

Je pose mon regard sur les arbres.

-Oui.

Mickaël s'assoit à mes côtés.

-C'est beau.

-Merci.

-Ta plume est magnifique.

-Merci.

Je fixe ma belle-sœur. Elle est hypnotisante.

-Tu es particulièrement belle ce soir.

Ce soir ?

-Tu l'es à chaque instant. Mais ce soir je te trouve particulièrement belle. Ton long manteau noir t'affine et tes talons te grandissent. Tu fais femme.

-Tu me trouves enfant ?

-Je te trouve plus femme que d'habitude.

Je n'y répond rien.

-Tu as peur de dire à tes parents que je suis malade ? Ou bien tu as honte ?

-Rien de cela.

-Alors tu as peur de quoi ?

-J'ai peur de leur réaction.

-Je suis désolé de te poser autant de problèmes.

-Non. Tu m'ouvres les yeux. La vie n'est pas si rose que ça.

Sa main glisse sur la mienne.

-Elle ne l'a jamais été, chérie.

-C'est seulement maintenant que je m'en rends compte.

Il entrelace nos doigts.

-Tu as réussi à sortir de seule.

-Je n'arrive pas à aller au-delà de ce réverbère.

-C'est déjà un grand pas. Rentrons. J'ai eu peur.

Nous nous levons.

-Ne pars plus en pleine nuit. C'est trop dangereux. Reste près de moi, dans mes bras.

Jify : Entre deux cœurs (Volume 1)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant