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Ah, Carole dans ma vie, c'était vraiment la seule chose de bien qui m'était arrivée. C'était grâce à elle que j'avais décidé de me remettre sur pattes, et de prendre un nouveau départ. Bien évidemment, il y avait plein de gens à Ohio, loin de Nashville, mais elle était la seule en qui je croyais. Elle m'avait motivée à me remettre au sport, et à devenir quelqu'un que je voulais être depuis des années.

Mais depuis le déménagement, la distance nous bouffait, et même si je lui avais dit que j'essayerais de tenir contact avec elle, l'effort est presque inexistant. Maintenant que j'étais loin de tout, et que le neuf s'installait et me frayait un chemin dans la vie, Carole n'était qu'un souvenir lointain.

Cependant, elle m'appelle. Je ne savais pas quoi faire. Lui répondre ? Ça semblait logique, mais je n'appelais jamais les gens. Je sentais que cet appel serait très mitigé.

- Allô, Carole ?

- Hey, Ana. Alors, cette rentrée ? Pas trop naze ?

- Euh...nan, pas vraiment. Un peu seule, mais...c'est le début, n'est-ce pas ?

- Ouais, c'est le début.

Un silence se fit entendre de l'autre côté du fil. Je tressaille, et je fus gênée un instant, jusqu'à ce qu'enfin, Carole se remit à parler ;

- Tu sais, c'est différent, sans toi.

- Je le sais bien. C'est différent, sans toi.

Je l'entends rire, avant qu'elle ne reprenne son ton froid et monocorde.

- Je ne sais même pas comment je vais survivre une année sans toi.

- Carole, ne t'en fais pas. S'il le faut, je t'appellerai et je t'écrirai le plus souvent possible, d'accord ? On pourrait même se voir ?

- Je sais ! Mais...tu sais, c'est long, une année.

Je me sentais mal, car, d'un côté, elle avait raison. Ce serait long, et aussi, je devais lui manquer terriblement. Cependant, je me sentais mal d'un autre côté, pour une raison simple, mais dont j'avais honte ; à vrai dire, elle ne me manquait pas tant que cela, et je sentais que je l'oublierai vite, à vrai dire. Sur le moment, je ne l'ai évidemment pas dit, ça ne se fait pas, après tout. Elle avait été une des amies qui m'avait le plus soutenue. Mais...j'ai l'impression que dans deux mois, elle ne sera qu'un souvenir positif, et rien de plus...

J'avais rapidement raccroché, prétextant que je devais aider ma mère à faire le ménage. Je dépose mon téléphone sur la table, et je me lève. J'observe désormais les photos qui m'étaient chères d'elle et de moi. Elle avait un Polaroid, et c'était vraiment des photos merveilleuses. Elle me les avait données le jour où j'ai déménagé. Cependant, j'en saisis quelques unes - avec dessus Carole - et j'en jette une dans ma corbeille, puis, deux et trois. Ça me faisait du bien. Était-ce vraiment une amie ? Elle ne me manquait pas vraiment, était-ce normal ? Ou étais-je bizarre ?

Je garde alors dans ma main les seules photos qui ne comportaient pas le visage ou la silhouette de ma pseudo amie, et je les jette sur mon bureau, presque avec dépit. Alors, Carole n'était rien, pour moi...?

Je m'allonge sur le lit avec un sentiment de désespoir dans mes veines. Je ne m'étais jamais vraiment questionnée sur le sujet, mais maintenant que je l'avais fait, je me sentais minable, inhumaine. J'observe mon plafond blanc, tout en me posant encore et encore des questions, logiques, insensées, déprimantes.

Au fond, je ne l'avais jamais vraiment considéré.

***

Je retourne dans le couloir précédent. Je pensais m'être perdue, mais j'ai enfin compris ce système de couleurs et de salles. Le bleu pour les littéraires, et le vert pour les sciences. Le reste, je n'en savais trop rien. Rouge, il me semble, était pour les matières scientifiques. Mathématiques et SES faisant parti du lot.

Une vie pas très normaleOù les histoires vivent. Découvrez maintenant