Y'avait cette fille. A la frange platine, et les yeux plus clairs que je sais pas quoi.
Elle portait un manteau environ sept fois trop grand pour elle, un sweat vert bizarre, empilé sur plusieures couches, enfin j'en avais l'impression.
Son jean était trop large lui aussi, et je pouvais distinguer un collant en laine noire en dessous.
Puis le plus étrange était ses chaussures.
Une paire d'escarpin à talons rouges.
J'avoue qu'ils n'allaient clairement pas avec la tenue, mais ça devait être comme ça qu'elle était.
Un gars l'a rattrapée, il lui a parlé quelques instants essoufflé et avec un fort accent italien, mais elle avait l'air de n'en avoir rien à foutre. Elle avait pas l'air de grand chose en fait.
« - Al, on doit rentrer, lui a-t-il dit comme a une gamine de cinq ans.
Elle continuait de le fixer.
- Ils sont à la maison c'est ça ? Les mecs en blanc.
- Al...
Et elle a couru, sans que je sache très bien où ni pourquoi. L'pauvre type a pas eu d'autre choix que d'la suivre.
Cette scène me semblait assez intéressante pour raconter leur histoire.
Naples, 2018
Et j'me demandais... j'me demandais c'quelle avait.
C'est pas le genre de chose qui est facile à comprendre, ni à vivre.
Ta vie devient un peu un film ou tu interprètes plusieurs rôles à la fois.
Elle avait des cheveux qui lui arrivaient aux épaules avec une frange platine.
Ses yeux étaient bleus, un bleu virant sur le gris. J'peux pas trop te décrire ses yeux, ils changeait trop. J'peux pas te dire qu'il y avait cette petite lueur à l'intérieur parce qu'elle n'y était qu'une fois sur deux. Je ne peux pas te dire non plus qu'il reflétait tout le bonheur qu'une adolescente de dix-sept ans devait avoir parce qu'il avait disparu y'a plus de deux ans.
Et mentalement n'en parlons pas. Je ne sais pas si je dois te raconter celle de maintenant ou celle d'avant...
Tu verrais comment elle s'habille... Des énormes vestes, des jeans trop larges, un style totalement masculin parfois accompagné de talons aiguilles. Puis plein d'épaisseurs. Des fois elle mettait quatre tee-shirts.
Peut être le seul mot qui pourrait la décrire est folle. Elle est folle.
***
« - FERME LES VOLETS ! hurle-t-elle.
- Al...
- LES VOLETS ! ILS SONT LÀ FERME LES !!
- Al, y'a personne ! PERSONNE !
Elle se met dos à moi, et murmure une quantité impressionnante de « ta gueule ».
- Ta gueule... Ta gueule. TA GUEULE !
- AL ! Personne ne parle, c'est dans ta tête.
- Ta gueule... Il est là! Tu l'entends aussi ! Il... il m'insulte !
Elle se recroqueville dans la chambre, ramène ses genoux sur sa poitrine et ses mais sur ses oreilles, puis elle crie. Très fort.
- Alessia !
Je l'entoure de mes bras.
- PARS ! PARS ! T'ES AVEC EUX C'EST ÇA ?! CASSE TOI ! MILO PARS !
- C'est dans ta tête, Al, c'est pas vrai tout ça, je sanglote. Personne n'est contre toi.
- IL EST LA ! DERRIÈRE LA FENÊTRE ! FERME LES VOLETS MILO ! FERME LES ! TA GUEULE ! TA GUEULE FERME LA !!
Je la lâche, saisi mon téléphone et compose le numéro en pleurs.
La sirène d'ambulance se fait entendre cinq minutes plus tard.
- MILO ! hurle-t-elle. Elle se déchire les poumons, des larmes de rage floutent sa vue. ILS SONT LÀ ! C'EST EUX ! NE ME LAISSE PAS PARTIR AVEC EUX !
- C'est pour toi Al, pour toi...
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DEAR FUCKING WORLD
General FictionÉtant donné que quelques mots ne suffisent pas pour résumer cette histoire, je vous dis simplement que quelques lignes le sont pour retracer quelques vies. *** Ce livre est à la base composé de plusieures nouvelles, mais j'ai trouvé une mise en scè...
