Mais pris de compassion j'opte pour la deuxième solution.
- Je reste... je reste, je murmure. Mais il faut que tu me promettes que tu me le diras. Tu vas me le dire ?
- Je ne peux pas...
J'hoche la tête, déçu mais compréhensif.
- Tu veux venir dîner chez moi ce soir ? Avec mes parents ?
- Oui. Avec plaisir.
***
« - Ça faisait plus de trois mois que nous sortions ensemble. Et c'est ce soir là que tout a basculé.
***
« - Bonsoir, tu es Jack, c'est ça ?
- Parfaitement, enchanté !
Je fais la bise à toute la famille, et sa mère nous invite à passer à table.
« - Donc tu es au lycée South Park ?
- Oui, c'est ça.
La conversation continue, et je dois dire que j'apprécie beaucoup les parents de Jana.
- Je vais chercher le dessert ? Propose ma copine.
Sa mère acquiesce.
- Tu t'en sors avec elle ? Me demande son père une fois qu'elle est dans la cuisine.
- Heu oui, je dis sans très bien comprendre.
- Je veux dire entre ses sautes d'humeurs et les chimios, elle n'est pas souvent à la maison.
Je reste bouche-bée.
- Les chimios ? Je demande.
- Oui tu sais ce sont ses traitements pour sa tumeur, elle ne t'a pas expliqué comment ça marchait ?
- Sa tumeur ?
Les visages de ses parents se décomposent, comprenant qu'ils venaient de faire une gaffe.
- Sa tumeur ?! Je répète.
C'est à ce moment là que Jana rentre dans la pièce, et lâche le gâteau au chocolat qui tombe par terre en brisant le moule.
Je la regarde, les yeux mouillés.
- Ta tumeur...
- Jack... Je... J'allais t'en parler...
- Non. T'as dit que tu ne m'en parlerai pas.
Je me lève de table.
- Viens, me dit-elle.
Elle m'emmène vers sa chambre.
- Pourquoi tu ne me l'as pas dit ?
- Qu'est-ce que ça aurait changé hein ? Quoi ? Toutes mes métastases et cette putain de tumeur seraient parties ?! Tu m'aurais regardé avec plein de pitié dans tes yeux ? Tu te serai dit que même si tu m'aimais plus, tu ne m'aurais pas quittée, PARCE QU'ON « NE QUITTE PAS QUELQU'UN QUI VA BIENTÔT CREVER » ?! DIS MOI CE QUE ÇA AURAIT CHANGÉ MERDE ! JE SERAI RESTÉE COMME ÇA, MAIS PAS TOI ! LES RAISONS POUR LESQUELLES JE SUIS TOMBÉE AMOUREUSE DE TOI NE SERAIENT PLUS LÀ ! TU NE ME REGARDERAIS PLUS DE LA MÊME FAÇON ! TU NE ME DIRAIS PLUS RIEN QUI POURRAIT ME VEXER !
- MAIS PEUT-ÊTRE QUE J'AURAI VOULU SAVOIR POUR T'ACCOMPAGNER À L'HOSTO ! PARCE QU'ON EST EN COUPLE ! ET QUE C'EST PAS LE GENRE DE CHOSES QU'ON CACHE !
Elle pleure, moi aussi.
- Jack, sanglote-t-elle, je suis malade. Regarde moi. Regarde mes joues, mes chevilles, regarde mon teint.
Et je le fais. Je vois ce que je n'avais jamais vu avant, je vois son vrai corps. Je vois ses joues gonflées, prêtes à exploser, ses chevilles enflées, et ses petits yeux enfoncés dans leurs orbites. Je vois son teint grisâtre, ses lèvres bleues.
Je vois ce que je refusais de voir depuis trois mois.
- Je ne voulais pas sortir avec toi. Parce que je voyais que tu allais être amoureux rapidement. Je savais que ça allait arriver, et je sais aussi que je suis en phase terminale. Tu sais j'ai un cancer du cerveau en stade 4, Jack plus des métastases partout, dans les poumons, partout . C'est pas le genre de chose qu'on soigne.
Je suis le genre de personne sur laquelle les docteurs testent de nouveaux médicaments parce qu'ils sont à court de solutions et que de toutes façons on ne prend pas de risques puisque je crèverai bientôt.
Je suis le genre de personne a qui on ne peut pas greffer un poumon parce que la liste d'attente est tellement longue qu'on ne va pas en donner un à quelqu'un qui dans tout les cas mourra quand même.
Je suis le genre de personne dont les traitements n'enlèveront pas le cancer, et feront juste prolonger ma p'tite vie de quelques mois.
Cette personne qui pompe tout l'fric de ses parents, qui empêche ses petits frères et sœurs d'avoir une tonne de vêtements.
Tu sais y'a plein de symptômes. J'vomis, j'perds connaissance.
Et un des symptômes ça sera la mort aussi, parce que c'est l'un des effets secondaires du traitement plus du cancer.
J'explose en sanglots et me précipite dans ses bras.
***
Voilà, c'est comme ça que j'ai appris que ma copine avait un cancer du cerveau en stade 4.
Cependant, je ne comprenais pas pourquoi elle avait ses sautes d'humeur. Ça devait avoir un rapport avec son cancer, mais je ne comprenais pas.
***
« - On appelle ça une tumeur de chien, m'apprend sa cancérologue. Il lui manque un cinquième de son cerveau, Jack, c'est normal qu'elle n'ait plus tout sa tête. Et elle a eu de la chance, la tumeur aurait pu se trouver à un endroit du cerveau où ça aurait été beaucoup plus grave.
- De la chance ? De la chance ? Putain c'est pas vous qui l'avez son cancer !
- Jack, je dis chance car ça aurait pu être beaucoup plus pire.
- Beaucoup plus pire du style mourir à 17 ans et demi au lieu de 18 ?
- Non... Je continue de t'expliquer ?
J'acquisece.
- Ça forme un sorte de bipolarité en elle, tu vois, mais sur une plus courte durée. Quand on est bipolaire, les changements d'attitude changent sur deux, cinq mois. Dans son cas, elle peuvent changer d'une minute à l'autre. Elle peut également avoir des pertes de mémoires, mais ça n'est pas encore arrivé.
Mais je t'assure qu'elle se bat, qu'elle fait tout son possible pour rester en vie.
Même si on ne le voit pas, qu'elle passe son temps à insulter les gens, c'est pas volontaire, et il y a une part d'elle qui n'en peux plus, qui essaye de se débarrasser de ces sautes d'humeurs, et au final, c'est elle qui en souffre le plus.
Elle mène un double combat, contre son cancer et contre elle même, donc elle se détruit toute seule...
- Elle va mourir.
- Je suis désolée.
- C'est pour bientôt, hein ?
- Oui... tu sais c'est le genre de chose qu'on sent. Ça n'a rien de scientifique, on le sent juste, comme un mauvais présage.
- Je le sens. Je sais que c'est bientôt.
***
« -Elle et morte la nuit même. On a retrouvées canules qui l'approvisionnaient en oxygène au pied de son lit. Elle s'est suicidée.
Juste avant elle m'avait insulté de fils de pute. Elle partait vraiment en vrille.
C'était dur à voir, mec, ses yeux cernés et son teint pâle et ses joues gonflées.
Puis y'avait la lettre aussi.
- Tu l'as encore ?
- Ouais bien sûr. Je vais la chercher.
Je tire le tiroir de mon bureau pour en sortie le papier froissé
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DEAR FUCKING WORLD
Ficción GeneralÉtant donné que quelques mots ne suffisent pas pour résumer cette histoire, je vous dis simplement que quelques lignes le sont pour retracer quelques vies. *** Ce livre est à la base composé de plusieures nouvelles, mais j'ai trouvé une mise en scè...
