VIII. Emotional mix vol.1

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Jeudi 10 avril 2014.

Je rentre dans ma demeure dès lors que les cours ont terminé. Je jète mon blazer dans un des coins du grand hall d'entrée et marche lacement jusqu'à la penderie pour me dévêtir du costume italien que je portais le long de la journée. Je balance ma chemise dans la corbeille de vêtement sale et enfile rondement un jogging gris ainsi qu'un T-shirt des plus simple, laissant à découvert les nombreux tatouages de mes bras qui s'étendaient sur une majeur partie de mon corps. Je descends l'escalier en colimaçon me ramenant directement dans le hall d'entrée. Je me chausse d'une paire de basket au hasard et sors de la maison vide de toute chaleur humaine depuis le départ de Liam, une semaine plus tôt.

Le pavé glissant ralentit ma course lorsque j'arrive au lieu. Bigben indiquait 23H et la capitale britannique était à présent plongée dans l'obscurité. Un lampadaire éclairait faiblement la route qui tapissait le pont de Hammersmith. Je courais depuis bientôt une heure, et sans réellement y prendre attention mon subconscient m'avait instinctivement conduit jusqu'ici.

Je marche le long du passage pour piéton qui longe le pont tout en caressant du bout des doigts la passerelle. Des souvenirs me refont surface. Le jeudi 1er juin 2000, l'attenta de l'IRA... Je soupire et continue de marcher jusqu'au milieu du pont.

Quelques voitures rejoignent le district de Richmond upon Thames mais les lumières qui éclairent la route ne sont pas assez fortes pour faire distinguer ma silhouette aux conducteurs. Je penche mon corps vers le rebord, me permettant ainsi de voir la hauteur d'une probable... chute ? Je passe félinement sous la passerelle et m'appuie contre le rebord. Je ferme les yeux aux contact du vent contre ma peau, mais je ne ressens aucun frisson, aucune sensation. Cela dit, ça fait plusieurs années que j'ai abandonné l'idée d'en trouver. J'ouvre les yeux et les baisse vers la tamise. Les éclairages se reflètent dans l'eau, la ville s'endort petit à petit laissant un calme plat derrière elle. Peut-être qu'il serait temps d'arrêter de supporter ? Je relâche la prise de la passerelle sous mes doigts, n'ayant plus que mes pieds pour seul équilibre. Vivre sans goût de vivre, ce n'est pas vivre. C'est survivre. Et je ne suis pas né pour survivre.

« Pourquoi n'essayes-tu pas ? »

Aucun sursaut, mais une pointe de surprise. Malgré tout, esprit reste aussi calme que la brise qui traverse mon corps. Il est là, dans mon dos. Je sens son regard peser sur moi. Pourtant mon cœur se tord, parce que ça faisait presque un mois que je ne l'avais plus entendu, cette voix.

« - Essayer quoi ?

- De ressentir. Les sensations, les émotions, qu'elles soient dévastatrices comme délectables. Essayer de vivre, en soi.

Un rictus se forme sur mes lèvres.

- Il est sot de vivre, quand vivre est une torture.

- Malheureusement Shakespeare ne peut donner raison de ta mort. De plus, je ne connais pas le numéro des secours. Alors descends tout de suite de là, crétin.»

Mon visage se déforme en une grimace des plus désagréables, mais j'ignore et m'assois calmement contre le rebord.

Je me retourne vers le jeune homme bouclé, qui à présent regardait la vue, une cigarette entre les lèvres.

« - Tu as peur ? - Ses yeux verts roulent en ma direction en haussant un sourcil- Tu as le vertige ou tu peux me rejoindre ?

- Si je l'avais, penses-tu que je serais ici ?

Il me sourit sarcastiquement, alors que je grogne entre mes dents avant de replacer mon regard vers la tamise.

- Alors viens. »

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