Chapitre 2

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_Allô !

_Néfertiti !

_Abdoul ça va ?

_Depuis que j'entends ta voix oui. Tu as reçu les fleurs que je t'ai envoyé ?

_Oui... j'allais t'appeler il fallait juste que je termine ce dossier.

_Hum...!

_D'accord ... Elles sont jolies !

_Juste ça?

_Écoute Abdoul il faut qu'on parle.

_Je t'écoute !

_Non après je passerai.

C'est avec un oui forcé de Abdoul qu'ils se sont quittés au téléphone. Ils ont réussi à tisser des liens plutôt intéressants avec la persévérance du jeune homme.

En effet, le jour où la jeune femme l'a laissé devant l'hôtel sans nom, le curieux entrepreneur a décidé d'en savoir plus. Ainsi, il a balayé tout ce qui rapportait au savoir-vivre pour la suivre. Suite à la découverte du palais de la reine néfertiti comme il la surnomme, il décide de passer ses journées à explorer tantôt les meilleures boutiques de chocolat en ville tantôt l'élite des fleuristes de Dakar. Toutes roses qui semblaient être digne de Néfertiti étaient de suite expédiées vers elle par l'intermédiaire du chauffeur, qui, maintenant avait changé de poste. Il s'était transformé en livreur.

Ainsi après plusieurs semaines de conquête, la belle inconnue du nom de Astou a fini par accepter la tête de mule de Abdoul dans son quotidien. Même si elle connaissait les intentions de celui-ci, elle a tant bien que mal réussi à restreindre leur lien dans le cadre de l'amitié, ce qui ne semble pas décourager le jeune homme. Il n'a pas lâché prise.

Après un mois de côtoiement, Astou finit par s'habituer à la présence de son partenaire d'affaires. Même si l'idée de Abdoul la fait un peu hésiter, elle est convaincu qu'il a gagné une place importante dans sa vie. Pour Abdoul, l'étape 1 a été franchie, reste à voir ce qui peut s'en suivre.

***

Après avoir bouclé son dossier comme promis, Astou rejoint Abdoul à la plage. Ils s'étaient mis dans une cabane face à la mer. L'endroit est paisible. Le bruit des vagues frémit le corps de la jeune dame distraite par ses mots qui refusent de sortir de sa bouche.

_Tu sais Abdoul... Interrope-t-elle subitement

_Unhun... Encourage Abdoul en sirotant son jus avec un air plutôt calme.

_Je ne peux dire que tu me laisses indifférente. Personne ne peut rester de marbre face à toutes les attentions que tu me portes. Depuis le jour où tu m'as fait part de ce que je représentais pour toi, ma tête ne cesse de me travailler. Je sais que tu es sincère avec moi et ça me touche énormément. Mais tu n'es pas sans savoir que mes décisions je ne les prends qu'après mûres réflexions. Je veux être sûre de ce que je ressens avant de m'embarquer dans une aventure avec toi. Je veux juste que tu arrête un peu de me mettre la pression. Laisse les choses se faire naturellement et tu verras que ce sera facile pour tous les deux.

_Ta sincérité élève l'estime que j'avais pour toi jusque là. Prends tout le temps qu'il te faut. Sois juste certaine d'une chose je suis sûr de mes sentiments et je ne suis pas là pour jouer.

_Merci !

_On y va ?

Elle lui tend sa main puis ils se dirigent vers la mer pour une petite balade complice. Quelque chose était en train de grandir en eux. Il suffit de les regarder...

***

C'est avec un coeur léger, une tête pleine d'espérance que Abdoul Dieye franchit la demeure de son géniteur. Ce dernier était comme d'habitude dans le salon face au jardin dont un vitre lui en sépare. Son attachement à la culture orientale se voit à travers le décor inspiré de celle-ci. Jambes croisées, tasse de café à la main, le père dévore le contenu de son journal avec charisme. Il fascine son fils qui l'idôlatre.

Terminant son séance d'admiration, le fils décide d'avancer à la rencontre de son père.

_As salam aleykoum pape.

_Aleykoum salam mon fils tu vas bien?

Le respect qu'ils se vouent mutuellement reste visible jusque dans leur façon de se saluer. C'est ce qu'on appelle la civilisation.

La civilisation ne se reflète pas seulement sur l'élégance de l'acoutrement. La civilisation n'est pas uniquement un mot qui est autorisé à passer de bouche à bouche. Ce n'est pas non plus savoir alimenter son corps en faisant attention à la succession de chaque bouchée qui entre. Ce n'est point se montrer aux autres. La civilisation commence de l'intérieur, en soi, se poursuit en ses proches et se propage quelque fois à l'extérieur.

_Papa, c'est quoi l'amour selon toi ?

Le vieux plie son journal, débarrasse ses lunettes puis se met à contempler le visage de son fils.

_Qui est elle ?

_Une perle ! Elle reflète une unicité qui me fait peur juste en l'examinant. Je peux essayer autant de fois que je veuille, je ne parviendrai jamais à la décrire. Elle est intense !

_Comment te définir ce mot si ingrat et cruel ? C'est en aimant avec corps et âme que je ne parviens pas à accepter la réalité. Dix années aujourd'hui que mon coeur ne cesse de battre. Oui j'ai aimé profondément, oui je me suis investi dans une idylle avec une femme unique. Mais je ne saurai te dire ce qu'est réellement ce mot. Et c'est dans cette ignorance qu'on est réellement amoureux.

Le père et le fils sont plus que complices. Ils se racontent les secrets les plus enfoncés en eux. Et avec la question du fils, des souvenirs ont refait surface.

L'homme parle de la mère de Abdoul qui est décédée tragiquement. Elle est partie laissant un vide immense dans le coeur du vieux Ahmadou qui, avec le temps, a su le remplir par la présence de leur seul et unique fils.

_Comme j'aimerai connaître le sens de ce mot pour pouvoir l'employer sans faire d'erreur. Papa...

_Es-tu amoureux? Fouine le vieux Ahmadou

_Je ne saurai l'appeler ainsi. En tout cas je ne vois plus qu'elle !

Ils se regardent un moment avant que le père montre sa belle dentition. Ils se savent.

Ouroul_aynii

ÉphémèreOù les histoires vivent. Découvrez maintenant