La tête fermement reposée sur ses coudes endoloris et privés de sang, Juliette tentait de passer inaperçue. Depuis le début du cours, ses yeux étaient rivés sur le cou musclé du professeur Sorel. Cependant, ceux-ci avaient commencé à fatiguer et Juliette devait désormais lutter pour les garder ouverts. Même si le professeur était toujours agréable à regarder, la jeune étudiante n'avait pas su résister face au marchand de sable. Voilà vingt bonnes minutes qu'elle somnolait. Sa tête était déjà tombée deux fois, rattrapée de justesse par Martin. Heureusement, Raymond n'y avait pas fait attention.
Celui-ci, dans sa chemise blanche immaculée et dénuée de plis, était d'humeur joviale et ne tenait pas en place. La veille, dans son laboratoire, une de ses expériences s'était déroulée avec succès, entraînant l'élaboration de nombreuses hypothèses très prometteuses. En bref, c'était une bonne journée. Comme à chaque cours qu'il donnait, il partageait sa passion à la petite centaine d'élèves présente. Depuis dix ans maintenant qu'il était dans ce métier, jamais il n'avait regretté sa décision, et le meilleur avantage était sa liberté d'action. Le professeur Sorel était répertorié en tant qu'être d'exception. Non seulement il recevait chaque année plusieurs déclarations d'amour de ses étudiants, mais en plus ses élèves se montraient toujours intéressés, assidus et avec une bonne moyenne.
De sa voix grave et modulée retentissant dans l'amphithéâtre dégradé, Raymond couvrait les quelques chuchotements qui s'élevaient quand il avait le dos tourné, et berçait les adolescents qui n'avaient pas assez dormi la nuit dernière. Comme Juliette, à présent plongée dans un agréable sommeil. A côté d'elle, Adeline gardait son regard fixé sur les diapositives qui défilaient à l'écran. Elle les avait déjà analysées, et pourtant elle découvrait continuellement un nouveau détail. Parfois, il flottait comme une impression de croiser le regard du professeur, et que celui-ci la détaillait particulièrement, mais l'étudiante secouait la tête et pointait son nez sur ses notes.
Ce jour-là, la phrase annonçant la fin du cours se fit entendre plus tôt que d'habitude.
– C'est fini pour aujourd'hui les enfants, vous êtes libres, déclara Raymond tandis qu'il débranchait son ordinateur portable. Bonne fin de journée.
Il s'affairait à emballer son appareil et éteignit le projecteur pendant que les élèves l'observaient. Ils ne comprenaient pas pourquoi le cours s'était écourté d'une demi-heure. Devant l'air abasourdi des étudiants, Raymond ricana intérieurement. Ceux-ci réclamaient toujours qu'ils avaient trop d'heures de cours, mais ils demandaient une raison valable si quelques-unes leur étaient retirées. Il s'éclaircit la voix, et parla plus fort.
– Je dois m'occuper d'une affaire urgente au labo.
Et il fila à l'extérieur de la pièce, sans donner plus d'explications, ni laisser du temps pour les questions particulières. Adeline crut avoir aperçu un clin d'œil à son intention alors qu'il s'était levé, elle en était même sûre, mais elle effaça cette pensée de son esprit fatigué et suivi la file d'étudiants qui s'en allait. Adossés contre la rambarde des escaliers, Martin patientait et Juliette retrouvait son équilibre. Elle s'étira puis laissa retomber ses bras en les claquant contre ses cuisses. Elle avait bien dormi.
– Direction la bibliothèque ? proposa Martin sans plus d'enthousiasme, son sac pendant à l'une de ses épaules.
D'un geste de la main, Adeline invita ses amis à la suivre. La bibliothèque n'était jamais à l'abri d'une visite de ces trois énergumènes. Lorsqu'Adeline s'y rendait seule, elle incarnait l'élève parfaite. Silencieuse, concentrée, cachée derrière un tas de livres inconnus même de ceux qui rangent les étagères, et toujours à proposer son aide pour replacer ses emprunts dans le rayon. Cependant, lorsque les trois amis y venaient pour travailler ensemble, ce n'était jamais de tout repos. Entre Juliette qui adorait bavarder et Martin dont le hobby était de se plaindre pour toute tâche désagréable, Adeline avait du pain sur la planche. Ils ne travaillaient pas toujours beaucoup, mais ils s'amusaient énormément.
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Un carnet de Roses
General FictionPARMI LES GAGNANTS DES WATTY AWARDS 2019 DANS LA CATÉGORIE YOUNG ADULT 💛 Lors d'une journée portes ouvertes, le charme d'un professeur et de l'inconnu de l'aventure change l'avenir d'une jeune étudiante, qui choisit malgré tout de poursuivre ses ét...
