cher corps,
je tiens à toi. énormément.
tu sais comme moi que nous deux, ça commence à faire un sacré bout de temps. si je t'écris aujourd'hui ces quelques mots, ce n'est pas pour te faire subir quelques reproches, comme j'ai parfois eu l'habitude de le faire. ce n'est pas non plus pour t'assaillir de questions, ou de regards mauvais, ou bien toutes ces émotions tranchantes et malveillantes qu'on a pu s'échanger quelquefois.
je regrette de t'avoir mal-aimé. je regrette de t'avoir jugé, je regrette d'avoir essayé de te changer. je suis désolée pour toutes ces choses que j't'empêche de faire, et ce simplement parce que j'ai peur. tu sais, j'ai du mal à ne pas trop penser à toi. je ne suis pas sûre de réussir a t'accorder une attention parfaite. entre nous, c'est soit trop, soit pas assez. et j'ai peur, encore aujourd'hui, lorsque tu t'accapare ma tête. il est des jours où c'est difficile de te laisser aller. alors, je voudrais m'excuser pour ces mauvaises paroles prononcées face au miroir de la salle de bain. je suis désolée de ne pas toujours t'écouter. pourtant, tu as le droit de t'exprimer, toi aussi. tu as le droit de me prévenir quand tu manques de quelque chose, que ce soit le sommeil, l'amour, le rire, la parole.
alors, c'est vrai, on a eu des hauts, et aussi des bas. on connaît ensemble des jours ensoleillés, comme les terrasses des bistrots en plein été, où l'harmonie règne en maître, et ou nos échanges et nos regards sont doux, les rues vivantes et les intentions magnifiques.
alors, en premier, merci de ne jamais m'en vouloir. merci de tout encaisser avec moi, de répondre toujours présent, et ce même quand le froid s'installe.
parce que je ne sais vraiment pas ce que je ferais sans toi. mais alors vraiment, vraiment pas. parce que t'es là depuis le début, le tout début, et que tu m'a jamais laissée toute seule.
on est nés en même temps. on a débarqué dans ce monde un peu farfelu à la même vitesse, et mes premières sensations je te les doit, et toutes celles qui sont venues après.
quand j'étais petite, tu étais comme une évidence. un compagnon de route qui m'a rarement fait défaut, même si on s'est ouvert les genoux sur le béton ensemble, même si on a longtemps été incapable de tenir en équilibre sur un vélo correctement, même si on avait pas encore appris à faire des couronnes avec les marguerites, même en si on s'écorchait les mains en grimpant aux arbres, même si je me mettait du chocolat sur les joues et des cheveux dans les yeux. on ne s'est pas lâché d'une semelle. sur le plancher noir des scènes de théâtre, ou allongés dans l'herbe, ou sur des dessins à la craie, les paupières baignées de lumière, et toujours de la malice dans les yeux.
et puis, je ne sais pas, tu t'es mis à changer, sans trop me demander mon avis. je t'en ai un peu voulu, tu sais, de ne pas attendre un peu, de ne pas me concerter plus avant, avant de grandir autant, de te former déjà, et de n'en faire plus qu'à ta tête, (en faisant, en plus, un tête de plus que les autres.) tu sais, j'avais cette peur d'être repoussante, de ne pas être une seule et même entité mais bien un tas de membres désarticulés qui se mouvoient toujours dans le désordre. là, tu t'es comme retiré dans ton coin, comme pour faire tes propres activités, sans moi. je me suis sentie seule et abandonnée, d'autant plus qu'il fallait que je te trimballe partout avec moi.
mon p'tit corps, je te demande pardon de ne pas avoir été plus attentive, plus compréhensive, et de ne pas avoir compris ce que tu avais en tête. que tu n'essayais pas juste de me gâcher la vie. je ne voulais pas te vexer, seulement, ta compagnie était encombrante, méchante, désagréable, et en plus, tu ne t'exprimais même plus correctement. alors je devais subir ces hauts et ces bas toutes seules, pendant que tu restais dans ton coin.
excuse moi, plus tard, d'avoir essayé de te cacher. je préparais quelque chose moi aussi, en te noyant dans des fringues de plus en plus grande. je voulais être la seule à te voir vraiment, je voulais être la seule à observer le spectacle que tu préparais sous mes yeux, rien que pour moi. j'ai voulu te garder un peu, et ça m'a fait beaucoup de bien. me réapproprier ta présence, me réapproprier mon image, pour de vrai, et recommencer à tisser des liens.
et putain, qu'est-ce que j'ai bien fait. lentement, tout à recommencé à aller un peu mieux, pendant que tu reprenais doucement ton équilibre dans le monde.
les ailes de notre papillon s'étiraient vers des pensées plus belles.
j'oublie rien, rien dutout.
tu as eu la chance d'être presque toujours respecté.
tu as eu la chance d'aimer à la folie, et d'être aimé à la folie. la chance de découvrir dans la beauté et la douceur, de sourire, de rêver dans des bras de nuage.
alors, merci d'être encore là. merci de pleurer, pleurer, pleurer encore avec moi. merci de me suivre dans mes éclats de rire, merci de ne pas disparaître, merci de marcher, encore, encore, et encore, merci de ressentir, de ressentir, de ressentir, merci de m'aider à faire quelque chose de tout ça, merci pour les étreintes, merci pour le goût des gorgées de bière, pour le sol sous mes pieds, pour le sirop dans la limonade, merci pour le vent dans ma figure et merci pour mon cerveau, qui carbure, qui carbure, qui carbure, et qui me permet d'en voir de toutes les couleurs. merci pour la musique, merci pour les éclairs de désir dans les tripes, merci pour les nuits dans la caravane, merci pour les baisers, merci pour la buée sur les vitres, merci pour mes mains. "on trouve tout les secrets de l'univers dans les mains de quelqu'un". merci pour les fois où mes mains peignent, les fois où elles creusent le sable, ou qu'elles tiennent au creux de leur paume la main de quelqu'un d'autre, les fois où elles caressent les sens, où elles écrivent, où elles tiennent un livre, où elles dansent, les fois où elles se salissent, en touchant le sol, elles vivent les cigarettes et les verres qui s'enchaînent, elles touchent aussi les étoiles, on vis le froid et les vagues, la chaleur des tentes et des appartements, le fond des poches, les tasses de café, les cordages d'un bateau, les coquillages des bord de toi, les crayons de bois, les bougies, les photos jaunies, les cd à l'intérieur des sacs, mes émotions passent par le bout de mes doigts comme elles me traversent toute entière, et donnent, donnent autant qu'elles découvrent, reçoivent autant qu'elles gardent pour redécouvrir encore, encore, et encore.
merci de me faire exister. merci pour les cris par la fenêtre de la voiture. merci pour ma voix, qui repose mon âme. merci pour le théâtre. merci de me laisser te toucher, toucher mes épaules, mes mains, mes bras, mes pieds, et tout ce que je leur dois, mon ventre qui dépasse parce qu'il est beau, mes cuisses qu'on réprime souvent autour de moi mais c'est les miennes, et je les aimes, mes yeux, mes paupières, mon nez,
t'es beau tu sais. tu as le droit d'être ce que tu es. tu es art. nos corps sont de l'art.
et même si aujourd'hui, la couleur du tissu que je met pour te couvrir conserve un partie de l'image que je garde de toi, je travaille à t'accepter tel que tu es, parce que je crois que tu le mérites, et que j'aimerais que la cohabitation soit des plus agréables, pour toi comme pour moi.
alors, s'il te plaît, continue à prendre soin de moi. continues à faire vibrer mon ventre et mon visage. n'arrêtes pas de poser tes yeux sur les personnes que tu aimes. longtemps, trop longtemps, assez longtemps pour que mon cœur se renverse. je prendrais soin de redresser le vase et de remettre de l'eau dans les fleurs, c'est promis. mais ne t'en fais pas, on a toute la vie pour ça.
mon cher corps, je te le promet, si tu continues à me permettre de sauter à pied joints dans les flaques et les piscines, si tu continues à laisser couler les gouttes de pluie, les larmes et les regards grandioses des autres le longs de mes joues, si tu me permet encore de m'extasier, de farfouiller, de découvrir, si tu me permet encore de me souvenir, d'espérer, de grandir, de rêver jusqu'à en crever -pardon, jusqu'à en vivre,
alors, je te le promet,
je t'aime, et je t'aimerais pour longtemps.
avec toute mon affection,
titiana.
on est tous magnifiques.
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exutoire
Poésiee x u t o i r e : c e q u i s e r t à d é v e r s e r c e q u i g ê n e , c e q u i d é r a n g e on prend les mêmes et on recommence, je crois. la conscience se déverse et en voit de toutes les couleurs les pneus crissent. les freins...