Les Dernières Traces
La pluie fouettait les vitres du dernier étage du cabinet Valrémy & Associés. Minuit passé.
Laurent Valrémy, 52 ans, était seul face aux preuves de son détournement : quarante-sept millions d’euros prélevés sur le fonds de pension d’Aetheral Group. Un montage offshore parfait.
Il lançait le wipe militaire sur les disques pendant que la déchiqueteuse industrielle avalait les derniers contrats. Un quatrième whisky à la main.
— Tout doit disparaître, murmura-t-il.
À 01h39, la température chuta.
À 02h12, les lumières vacillèrent.
À 02h28, l’Homme en Gris apparut dans le coin le plus sombre.
Costume anthracite impeccable. Visage pâle. Regard gris mort.
Valrémy recula brutalement.
— Qui êtes-vous ?!
L’Homme en Gris fit un pas silencieux.
— Je suis l’audit final, Maître Valrémy. Celui que vous ne pouvez ni acheter, ni effacer. Quarante-sept millions. Deux mille huit cent quarante-sept vies ruinées. Onze suicides. J’ai tout vu.
Sa voix était froide, administrative, presque courtoise.
Valrémy saisit le coupe-papier d’une main tremblante.
— Vous n’êtes pas réel… Sortez !
L’Homme en Gris pencha la tête.
— Je suis ce qui reste quand toutes les traces ont disparu. Vous avez nettoyé les preuves. Parfait. Il ne reste plus que moi.
Il avança encore, l’air devenant lourd.
— À partir de cette nuit, je suis votre ombre permanente. Pas de mort rapide. Juste une lente destruction. Miroirs, silences, nuits blanches. Vous allez pourrir de l’intérieur, Maître.
Et ce soir, la sienne portait un costume anthracite.