droledesituation
il y a quelque temps, j’ai dû écrire un éloge funèbre.
j’étais beaucoup trop jeune pour écrire le tien et puis, de toute manière, je n’aurais jamais osé prendre la parole devant ta famille, par peur de voler leur douleur.
dans cet éloge, qui ne t’était pas adressé, j’ai pensé à toi.
droledesituation
quelqu’un a dit sur ton profil que tu n’irais pas au paradis. j’ai perdu la foi il y a bien longtemps, pourtant je suis certaine que tu y es. paradoxalement, j’ai même prié pour qu’il existe et avoir une chance, je l’espère, de te savoir en sécurité.
j’espère que tu ne penses pas que je t’ai oubliée. j’espère que tu ne m’en veux pas de n’avoir pas été à la hauteur.
j’espère que tu sais que tu continueras d’être en voyage dans mes histoires. qui sait, peut-être qu’un jour je déposerai enfin mes valises près de toi.
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droledesituation
je hais ça, cette sensation que les gens te plaignent sans te connaître, t’idéalisent comme si, étant incroyable, tu n’avais pas le droit de succomber à ta peine.
tu étais bornée, têtue et parfois maladroite. mais qu’est-ce que c’était bon d’être en décadence dans un monde monotone.
tu as été la première amie que je me suis faite. moi aussi, j’ai été maladroite. ça aurait pu être pire, mais on l’a eue, notre fin heureuse.
je ne t’ai plus écrit depuis longtemps. au début, je le faisais par message. le signalement de message non distribué m’a finalement réfrénée. comme un coup de tambour en pleine messe, il soulignait que tu ne le verrais pas.
j’ai longtemps hésité à marquer mon deuil sur ton mur, mais d’autres qui ne te connaissaient pas l’ont fait à ma place. te connaissais- je vraiment ?
j’ai toujours eu l’impression de ne pas pouvoir te pleurer, de n’avoir pas le droit de fleurir ta tombe, de ne pas être légitime à ressentir ce manque.
pourtant, tous ceux qui vivent près de moi connaissent ton nom. étrangement, pas tous savent que tu es partie.
parfois, je dis que tu es en voyage. c’est ridicule, car je ne sais même pas ta destination. alors je m’imagine que tu es là où je suis. de toute façon, tu apparais dans mes phrases et dans mes silences.
dans ton absence, ce sont ceux qui restent qui la façonnent. pourtant, je n’ai pas l’impression d’être restée.
j’ai l’impression qu’outre la douleur, c’est la rage qui me consume. si j’avais pu avoir cette application avant ton absence, j’aurais pu voir tes messages d’alerte.
mes supplices auraient-ils changé le résultat ?
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droledesituation
j’ai écrit :
« Henry Scott Holland a dit un jour : l’amour ne disparaît jamais… la mort n’est rien. Je suis seulement passé dans la pièce à côté.
L’ironie est telle que, malgré toutes les portes que nous pourrions ouvrir dans l’espoir d’apercevoir l’être aimé, c’est le vide qui apparaît.
Je crois qu’en réalité, ce qu’aurait dû dire Monsieur Scott Holland serait : je suis dans cette pièce, tout près de toi, mais ce n’est pas le moment que tu y entres. Ce n’est pas le bon moment.
Mais existe-t-il un réel bon moment pour quitter l’autre ? Ne plus le voir, ne plus le toucher, ne plus partager ces moments insignifiants mais qui créent la vie ? Existe-t-il un bon moment pour les dernières fois ? Le dernier sourire, la dernière embrassade, le dernier rire ?
La vérité est que, dans ton absence, ce sont ceux qui restent qui la façonnent. Car ceux qui ne partent pas, restent-ils vraiment ?
Dans un navire abracadabrant, ils ont perdu leur capitaine. Comment tenir le mât sans foi ni loi ? Comment ne pas dériver quand les courants emportent ce qu’il reste, par amertume et colère ? Leur ancre s’est perdue en mer il y a déjà bien longtemps, et il faudrait continuer.
Ce n’est pas le bon moment pour abandonner. Elle est dans la pièce à côté. Elle nous attend, le cœur amarré.
Alors, un peu de courage, hommes des flots. Notre navire a été troué à la coque, il faut le réparer.
Silence de cale.
Mais un jour, quand le vent sera moins cruel, quand nos voix trembleront un peu moins, nous entrerons à notre tour dans cette pièce. Nous te raconterons nos jours sans toi, les souvenirs que tu as laissés dans nos poches, les gestes que nous refaisons sans y penser, les rires qui surgissent encore malgré nous. Nous te dirons que tu es restée dans nos phrases, dans nos silences, dans ces moments insignifiants qui, sans toi, ne le sont plus. Ce jour-là seulement, ce sera le bon moment. »
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