Mercredi, 18 heures, j'attends devant le bar dans lequel j'ai rendez-vous avec Mme HERIEUX. J'ai soigné ma tenue : jupe trapèze noire m'arrivant juste au dessus des genoux, chemisier fleuri à manches courtes et sandales plates, je veux faire bonne impression.
Je suis seule, ce qui veut dire que la propriétaire ne donne sûrement qu'un rendez-vous à la fois et je préfère ça. Visiter un appartement à dix en même temps c'est assez horrible, tout le monde veut louer avant même d'avoir vu l'intérieur et c'est la guerre à l'argument : "Mon père est directeur de banque" ; "J'ai douze cautionnaires"... bref très peu pour moi.
J'ai préparé mes fiches de paie de la boulangerie sur la dernière année, celles de mes parents sur les trois derniers mois ainsi que nos contrats de travail à tous les trois. Les quittances de loyer acquittées de mon chez-moi actuel. J'ai même ma carte étudiant et mes affaires de cours pour prouver que je fais bien médecine. C'est un gage de sérieux ça non?
Je suis en train de gratouiller derrière les oreilles d'un chien qui ressemble plus à un écureuil de façon tout à fait ridicule à coup de "mais qu'il est mignon, et il vient d'où le toutou? et comment il s'appelle le toutou?" quand une personne m'apostrophe:
— Mlle MONTELI?
Je me relève assez vite pour me faire un lumbago et tombe sur une femme d'une quarantaines d'années, vêtue d'un tailleur qui doit couter plus cher que ma propre vie, brune des cheveux épais coiffés en chignon strict, un cartable en cuir dans une main et une toge d'avocat posée en travers du bras. J'ai honte.
— Oui c'est bien moi, vous êtes Mme HERIEUX ? (la perspicacité c'est une qualité hein?).
Elle hoche le menton, ne répondant pas à mon sourire et m'invite à m'installer en terrasse du bar. Nous commandons des rafraîchissements et j'attends que mon procès commence.
Mais elle ne dit rien, elle se contente de faire des allers retours entre mon visage et son thé glacé. Pour garder une contenance, je sors tous mes documents sur la table et lui demande:
— Vous parliez d'une proposition atypique?
Mme HERIEUX semble ... gênée, si tant est qu'une femme de sa préstance puisse l'être. Elle s'adosse à sa chaise, en regardant ses mains nouées, prend une grande inspiration et pose son regard triste sur moi.
— Mon père nous a quitté il y a quelques mois, commence-t-elle.
J'ai à peine le temps d'esquisser les formules habituelles quand on vous annonce le décès d'une personne que vous ne connaissez pas, qu'elle m'interrompt de sa main levée en fermant les paupières pour continuer.
— Mon frère et moi vivons à Paris et ma mère se retrouve seule à Bordeaux. Bien qu'elle se débrouille très bien pour ses 80 ans, nous sommes inquiets et aimerions que quelqu'un soit près d'elle au cas où.
Le temps que l'information se fraye un chemin dans ma tête, je reste béate. Je me demande tout à coup ce que j'ai bien pu marquer dans mon annonce de recherche de logement pour qu'on me propose de garder une vieille dame. Mais j'ai juste le temps d'ouvrir la bouche pour préciser que mon annonce concerne un logement et non un emploi avant que Mme HERIEUX ne reprenne:
— Ma mère refuse d'avoir des aides à domicile ou que qui que ce soit interfère dans sa vie. Elle se dit capable et ne comprend pas notre démarche. Hors c'est une personne altruiste, elle aime l'idée d'aider une étudiante à se loger, de vous aider vous particulièrement.
Elle continue en m'expliquant que c'est une idée de son neveu et que la coïncidence à fait qu'elle tombe sur mon annonce. Elle m'apprend avoir fait des recherches sur moi et devant mon air ahuri, elle m'avoue être avocate et vouloir quelqu'un de bien pour cette proposition.
Je suis sur le point de me mettre en colère quand elle m'annonce le prix du loyer demandé, je ne suis capable que de la regarder la bouche ouverte en attendant la suite tellement le montant est attractif, si le logement qu'elle me décrit correspond bien.
— La seule chose que je vous demande c'est de passer la voir tous les jours, prenez le prétexte qui vous sera le plus confortable, vous n'avez même pas besoin d'entrer chez elle ou quoi que ce soit, faites à votre aise et bien sûr à la sienne. Tous les jours sauf le dimanche.
Elle ne regarde même pas les documents que je lui ai apporté, puis je me souviens qu'elle doit bien avoir une idée. Et sans que j'ai pu articuler une seule phrase cohérente, elle m'offre ma boisson et nous convenons d'un rendez-vous le surlendemain avant son retour à Paris pour que je visite le studio et que je rencontre la vieille dame.
Je rentre à l'appartement hébétée, sans savoir si j'ai beaucoup de chance ou si c'est une histoire tellement rocambolesque que je vais regretter.
Quand j'arrive dans ma chambre, Mme HERIEUX m'a envoyé l'adresse par sms, je vérifie sur google map et suis ravie de constater que la maison se trouve proche de la FAC, ça m'éloigne un peu de la boulangerie mais rien de méchant.
Puis je me rends sur google earth pour voir de mes yeux l'endroit où je passerais peut-être les prochaines années et là, je tombe des nues.
Vous pouvez retrouver la suite sur @Fyctia et si ça vous plait, ne pas hésiter à liker :)
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l'odeur du pain chaud
Ficção GeralPauline a de la chance, elle réussit avec brio ses études de médecine, vit dans un super appartement en plein centre de Bordeaux avec deux colocataires géniales et travaille dans la meilleure boulangerie de la ville pour aider ses adorables parents...
