Je marchais, telle une ombre dans les ténèbres. Elle marchait. Je voyais ce qu'elle voyait, sentais ce qu'elle sentais, frissonnais lorsqu'elle frissonnait. Comme une partie inconnue de mon âme, un sentiment oublié, une émotion passagère, une histoire éphémère. Le son ténu d'une mélodie se répétait sans cesse dans ma conscience... L'entendais-je vraiment ? Elle leva la tête, posant les yeux sur des paysages inconnus. Était-ce un rêve, source d'une imagination débordante que je jurais pourtant ne pas avoir ?
Qui est-elle, si elle est vraiment ?Je me réveillai en sursaut, troublée, émergeant brutalement des brumes du sommeil. Le soleil pointait déjà à l'horizon, preuve qu'il était grand temps de s'extirper de l'univers cotonneux de mon lit, et malgré la douce chaleur de l'astre, je sentis un malaise se créer en moi. Ma conscience me rappelais douloureusement la demande qui m'avait été faite par le Conseil, basé àTelimectar, m'avait profondément troublée, bien plus que je ne voudrais me l'avouer.
Et ce malgré la présence rassurante de mon père, le seigneur Othar de Lamophis.Seule, je serais seule et je ne peux rien y faire. Que les elfes me méprisent et que les hommes me jalousent, grand bien leur fasse ! J'arborai ma bannière, fièrement, et ne laisserai personne y attenter d'une quelconque façon !
Oui, qu'ils médisent en silence, ils ne savent rien !Note de l'auteur : Telimectar signifie Cité Forteresse, il s'agit du nom de la Capitale de l'Empire Central.
***
" Conformément à la tradition de nos ancêtres, nous nous rassemblons aujourd'hui, comme à chaque décennie, afin de célébrer les diversités de nos peulpes respectifs, de la lignée à l'espèce ! Seulement, nous ne comptons non plus six membres, mais sept ! Oui, une nouvelle lignée est née, veuillez accueillir l'unique Per'Elda de l'Empire ! I losselië lò Arya'aurë Yesta !
Que les Pleiades commençent ! clama le conseiller.Je retins un sarcasme : comment pouvaient-ils, par la voix de ce seigneur, déclarer par cette simple phrase, que chaque peuple devait être mis en valeur alors même que la plupart des nobles dignitaires de cet institution étaient contre le fait d'admettre mon existence ? Je voulus répondre, puis me ravisa : je ne dépenserais pas même ma salive pour des hypocrites, qui de plus mettent un point d'honneur à préciser ma solitude.
Note de l'auteur : Per'Elda signifie Semi-Elfe, en sindarin (langue elfique inventée par Tolkien).
***
La lumière, ténue, que diffusait la bougie, me permettait à peine de voir le bout de mon lit. Aurait dû. Étant nyctalope, tout comme les elfes, elle m'était facultative. Néanmoins, je la gardais allumée. Peut-être avais-je peur de m'avouer différente. Peut-être... j'étais trop jeune pour le savoir.
***
Le regard penché sur les runes elfiques, j'apprenais l'histoire de ce peuple qui étais et qui est mien, et qui pourtant si inaccessible. Je lisais avec avidité, buvant chaque page, chaque phrase, chaque mot, sans vraiment en saisir le sens. Il s'agissait pour moi d'une source, quoique restreinte, qui m'abreuvait. Tout y passait, poésie, lois, sciences, oeuvres, histoire... tout sauf les traités de "magie", jugés inappropriés pour l'enfant que j'étais.
***
" L'Arya'Aurë Yesta, littéralement le Rassemblent des peuples, fut crée suite à une guerre violente opposant hommes et elfes, qui s'acheva grâce à des traités visant à une paix durable. Le moyen le plus concret mis en place fut cet événement, aujourd'hui occupant une place importante, notamment pour tout noble versé dans la politique et voulant se faire une réputation. D'aucuns pensent que toutes les espèces pensantes y sont représentées, sous six bannières : humains, nains, elfes, elfes de la nuit (bien que leur présence, très contestée, soit source de polémiques), orcs (autrefois considérés comme des monstres à la peau verte et aux cornes torsadées, l'Alliance [groupe de soldats d'élite aux origines mixtes] mit fin au conflit et leur peuple est aujourd'hui apprécié à sa juste valeur, ils restent néanmoins un semblant de méfiance, qui n'est pas étrangère à leur apparence) et enfin, les hobbits (semi-hommes au caractère jovial, l'inverse même du stoïcisme).
Il en manque une.
Laquelle me diriez-vous ? Effectivement, elles y sont toutes. Sans compter les semi-elfes, ou Per'Elda. Oui, ils existent. Peut-on les considérées comme une lignée à part entière ? La réponse reste partagée, d'autant plus qu'il n'y a jamais plus de dix Per'Elda en même temps dans notre monde, notamment à cause de génes hérités des elfes. Il semblerait toutefois que malgré leur appartenance à la fois au peuple elfique et humain, ils se considérent comme étant des elfes à par entière, complexe d'infériorité sûrement. Et ..."Je refermai d'un geste brusque .
"Il suffit !", pensais-je.
Je quittai la bibliothèque à grands pas, pour m'arrêter. Tournais-je le dos à la réalité ?***
La foule, rassemblée en masse autour du parlement, restais silencieuse, guettant l'arrivée des différents monarques. On ne la fit pas attendre longtemps car déjà, le son des tambours résonnaient, annonçant l'arrivée des intéressés.
Je déglutis.
"L'ombre croît, le jour meurt, tout s'efface et tout fuit..." murmurais-je.Le porte-drapeau à mes côtés se tourna vers moi :
- Qu'avez-vous dit ?
Je l'ignorai, souriant à moitié. Il fronca les sourcils puis me dit avec un semblant de regret :
- Vous êtes tous pareils, vous les elfes, si hautains, sans prendre même la peine de regarder une personne quand elle vous parle ! Vous vous croyez supérieurs ? N'avez-vous aucuns scrupules ? Tsss, si suceptibles...***
Je venais tout juste de fêter mes 12 ans, lorque mon père m'apprit la venue de l'archiduc Orion de Sihiol, maître d'une seigneurie voisine d'Ashäme, une ville elfique portuaire."Orion, voici ma fille, Enayle, expliqua mon père à l'inconnu.
Je me souviens avoir fixer intensément ce dernier, il était extrêmement rare qu'Othar me présente, quelle que soit la personne, allant d'un simple domestique aux Conseillers. Le personnel lui-même était trié au volet.
Il m'avait rendue mon regard, plantant ses yeux dans l'ocean bleu des miens.
Puis avait détourné les yeux, comme... terrifié. J'avais quitté la pièce sans un mot."Enayle, si tu as le contrôle de ton corps, ton regard ne sait se taire. Penses-tu pouvoir le... juguler ? m'avait-il après l'incident.
J'avais répondu oui de la tête. En réalité, j'allais m'apercevoir que je n'avais aucun pouvoir sur ce prétendu don, "j'imposais" mes émotions à qui que ce soit, tant qu'il me regarde dans les yeux. L'archiduc s'était senti comme fouillé : ma curiosité, avide de savoir, l'avait mis mal à l'aise.***
Le porte-étendard se planta devant moi.
- Alors ? Allez vous faire encore longtemps semblant d'avoir une peau de saucisson sur le regard, l'elfe ?
Excédée par son comportement hargneux, je levai la tête, me mettant à sa hauteur.
Et, croisant l'éclat glaçial des mes iris, il frémit, fit deux pas en arrière, hésita et se détourna. Tout comme Orion... et bien d'autres encore.
- Je ne sais par quelle magie vous...
- Je vous avais prévenu, libre à vous de penser, déclarais-je d'une voie neutre.
- Est-ce... volontaire ?
- Vous connaissez la réponse.
Je pris congé, posant mon drapeau contre un mur et partir à grands pas. J'étouffais, les cris de la foule me vrillaient les tympans, la force me manquait cruellement.
Que le Conseil trouve quelqu'un de plus stable, je n'ai cure de leurs envies. La vie est mienne, ma vie est mienne. Il ne s'agit en aucun cas de la leur. Je grondais intérieurement, comme un volcan prêt à entrer en éruption.
Inconsciemment, je pris ce soir là une décision. Radicale. Brutale. Sans aucun regrets... ni certitudes.
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La Naissance du Jour
FantasyThamaë Gyl'Vaev, épouse du seigneur Othar de Lamophis, disparaît un jour... introuvable... Alors que les colporteurs fantasment sur ce mystère, les raïgons du Sud se meurent, étranglées à petit feu par un ennemi insaisissable, opérant de manière org...