Fugue

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     Je marchais avec empressement, la cérémonie allais bientôt commencer et je venais tout juste d'être libérée par ma mère des multiples obligations qui nous croûlent dessus, sa voix aïgue bourdonnant encore dans mes oreilles : Laslaïca fait-ci, Laslaïca par-là !

Quelle vie !

     "Profite de ce moment de liberté, Las', m'avais murmuré mon frère à l'oreille.
Ce n'est pas tous les jours que l'on peut s'enfuir ainsi !"

     Cela me désole mais il s'agit de la pure vérité.
     J'ai immensément soif de liberté, et comble du destin, avec pour seule aventure des tâches ménagères !
    Je soupirais, exaspérée d'avance par la montagne de linge que je devrais étendre à mon retour, puis me giflais, essayant d'éloigner de moi ces sombres pensées, me concentrant sur le parlement, centre historique de notre magnifique capitale.

     Je fixais l'esplanade, guettant l'arrivée imminente des portes drapeaux, émissaires de leurs peuples respectifs.

     Comme toutes les personnes autour de moi, je vibra en voyant s'incliner le Conseil.
     Comme toutes les personnes autour de moi, je retins ma respiration en voyant les fines silhouettes des divers embassadeurs – exceptés l'imposante carrure des orcs, contrastant avec la petite taille des nains.
     Comme toutes les personnes autour de moi, je siffla d'admiration devant notre représentant et porte-étendard, Lord Fuylnas.
     Comme toutes les personnes autour de moi, je me tus en remarquant l'absence des Per'Elda, bruyante par son silence.

     Je fronçais les sourcils, décontenancée.
     Et, pour la première fois depuis longtemps, la place du Parlement étais silencieuse.

    Se fut, de tous les souvenirs que j'ai gravés en ma mémoire, le plus marquant.

Paradoxalement.

***

     Je fixais le plafond de la chambre que je louais pour quelques nuits.

Dans une auberge.

En totale inconnue.

    Le feu des regards brûlants d'autrefois m'avaient enfin laissée en paix.
     La capuche rabattue afin que l'on ne soupçonne mes origines, personne ne m'avais prêtée attention.

Personne.

Absolument personne.

Personne sauf l'aubergiste.

     Je souris malgré moi en y repensant.

- Bonjour Mam'zlle !

      Il fit une pause et je compris qu'il attendait une réponse.
      Je le saluais d'un bref mouvement de tête, nullement impressionnée par la carrure d'armoire bretonne de mon interlocuteur.
     Je jetais un bref coup d'œil vers une arbalète posée sur le comptoir et qu'il tenait d'une main, il se crû bon de fournir des explications :

- Oui, j'sais, qu'c'est pas permis... S'xcusez s'te manières !
Et pis avec toutes les attaques dans le sud... L'on d'vient prudent !
'Ttention hein, aller pas courir la chance avant l'aube !
On a qu'une vie !
Bon pis avec mes bavardages ch'vous pique tout vot'temps !

- C'est bien la seule chose qu'on ne m'est prise, repliquai-je.

     Il leva la tête, paru gêné. Étrange phénomène que de voir ce genre d'homme imposant laissait paraître un sentiment si futile. Je pincais les lèvres.

- J'vais vous montrer vot'piaule : st'est pas du luxe mais ch'est propre ! continua-t-il.

     La dite piaule était correcte les draps n'étaient miteux, la fenêtre ne présentais pas de fissures, les draps avaient été changés.
     Toutes ces observations me firent rire, sans joie. Quand je pense que je disposes d'une suite...

La Naissance du Jour Où les histoires vivent. Découvrez maintenant