chapitre 11: Une marque indélébile

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chapitre 11: Une marque indélébile

Un qui embrassait sa lèvre supérieure, juste sur le galbe de la partie droite.
Il était là, narguant le pauvre El, chevauchant sa peau blafard et sa lèvre couleur corail.

Il était là et Violine ne voyait plus que cela.

༺༻

Ce matin-là, comme au début de chaque mois, le prince et la reine libéraient tous deux leurs matinée pour passer du temps ensemble.
Cette petite tradition avait commencé depuis que le prince avait environ 10 ans et rien au monde n'aurait pu empêcher la reine de profiter de son fils.

Ils avaient décidé d'emmener le cheval que Simon avait reçu en cadeau en balade. La reine Janne, qui approchait les quarante ans, ne semblait ni se soucier une seconde de la fraîcheur matinale ni de la bienséance.
Elle portait une robe légère et souple ainsi qu'un long gilet d'un bleu sombre.
Son immense sourire tirait sur son menton et dessinait des pattes d'oie aux coins de ses grands yeux noisettes. Les éloges sur la beauté de cette femme n'avait jamais cessé, le temps ayant emporté les traits juvéniles de son visage pour apposer une maturité et une bienveillance que les poètes du royaumes appréciaient louanger.

"Comme je suis heureuse mon fils ! J'ai compté chaque jour en attendant notre entrevue !"
Elle tourna sur elle-même, fouettant de sa robe blanche les hautes herbes qui caressaient ses hanches.
Le prince lui rendit son sourire, la suivant docilement à travers les champs qui entouraient la capitale.
Janne ne semblait pas vouloir prendre la bride se son cheval, qui était resté entre les mains de son fils depuis la sortie de l'étable.

"Je ne vous ai pas remercié de m'avoir prévenu hier."
La reine se contenta de lancer un regard interrogateur au prince en se tournant vers lui.
"J'aurais été pris au dépourvu si vous ne m'aviez pas dit que la réunion avait un autre dessein."

Il souffla du nez, s'arrêtant pour faire face aux deux chevaux qui les suivait docilement depuis quelque temps.

Le pur sang que la famille Grevint avait offert au prince était calme. Son regard doux parcourait paresseusement les lieux et ses muscles saillants se contractaient irrégulièrement pour faire fuir les quelques mouches qui le suivaient inlassablement.
Il se pencha pour s'accaparer d'une large touffe d'herbe et entreprit de la machouiller.

"Personne n'a dit que ce cheval était si sage, on m'as plutôt vanté sa fougue et sa sauvagerie !"
Elle revint sur ses pas et pris les rênes de sa propre monture, le regard devenu curieux.
Elle avait hâte d'entendre son fils lui parler de tout ce qui se passait dans sa tête.

Aussi longtemps qu'elle s'en souvienne, la reine avait toujours pris plaisir à répondre à toutes les questions de son fils.
Elle se souvenais encore de ses interrogations abracadabrantesque et des heures qu'elle avait passées avec lui à la bibliothèque du château pour trouver une réponse convenable à qu'elle est la nature du soleil ? Pourquoi y a t'il des saisons froides et chaudes ? Ne serait-ce pas plus facile pour un prédateur de manger de l'herbe comme ses proies ? ou Pourquoi les étoiles se cachent-elles le jour ?
Des réponses qui soulevaient encore plus de questions, plus de quêtes de vérités et plus d'heures passées ensemble dans la bibliothèque du château.

"A-t-il un nom ?"
"Pas dans mon souvenir..."
"Les bêtes qui n'ont pas de nom ne doivent pas être montées. Tu sais bien que ça porte malheur..."
La reine entreprit de caresser l'encolure de son propre étalons. Un animal fin à la robe blanche tacheté de gris et au museau rose.

Le prince ne sut pas tout de suite quoi dire. Il observa l'étalon qui se baissait à nouveau pour manger une nouvelle botte d'herbe encore humide de rosée.

Les douces herbes humides lui firent penser à celles qui entouraient la fontaine du jardin intérieur du château et sans qu'il n'y puisse rien, ses pensées se tournèrent naturellement vers Violine.
C'est comme si, il lui avait laissé une marque indélébile dans son esprit. Il n'arrivait plus à réfléchir à rien.

Le corps brûlant du prince se couvrit de frisson alors qu'il se remémorait la brise délicate du vent passant dans les cheveux incroyablement long de Violine, ses cuisses moulées dans son pantalon un peu trop serré, ses pupilles se dilatent à l'extrême en fixant les lèvres du prince, Son air gêné lorsque Simon avait insisté pour le raccompagner à ses appartements et son discret signe de la main lorsqu'il avait été temps de se séparer.

Le simple souvenir du El émergeant de l'immense coffre orné d'or, rendait le cœur du prince complètement fou.
La soirée précédente n'avait pas fait exception. Il ne savait même plus comment ils s'étaient retrouvé si proche. Comment il avait fini par détailler chaque petit filaments nacré dans les yeux de son El.

Il s'étouffa brusquement avec sa salive. C'était bien la première fois qu'il le formulait ainsi dans son esprit. Violine lui avait été offert... N'importe quelle autre maître d'esclave parlerait de ses Els comme ci cela était normal.

Alors pourquoi l'idée de le dire à voix haute était si alléchante ?
Pourquoi l'idée de voir Violine lui-même se définir comme étant à lui l'était encore plus ?
Ça n'avait plus aucun sens... Il n'avait jamais considéré les Els du château comme étant à lui. L'idée même de procéder une personne, de quelque nature qu'elle soit, lui avait toujours été dissonante.

"Le jeune El qui vient de commencer au écuries à encore mal brosser Charlie. Combien de coups doit-il recevoir pour enfin comprendre comment s'occuper d'un cheval ?"

Le prince se contenta de se retenir de grimacer. Il se souvenait de son professeur de physique qui lui frappait sur le bout des doigts lorsqu'il répondait mal à une question. Évidemment, ce n'était absolument pas comparable avec ce que les Els subissaient au quotidien dans tout le royaume.

La douleur ne l'avait jamais aidé à s'instruire et il doutait sincèrement que cette méthode ait aider qui que ce soit.

"Puisqu'il a l'air assez gourmand, je propose Bâfre"
La reine fut surprise de ne pas entendre de réponse de son fils. Elle remarqua que son regard était perdu dans le vague de ses pensées.
Elle se demanda un instant si il allait lui confier ce qui le troublait tant.
"Fils ?"

Elle posa une main gantée sur l'avant bras du prince, ce qui le fit violemment sursauter. "Bâfre, pour l'étalon."

Le prince lança un regard au cheval qui avait la tête enfoui dans une touffe d'herbe grasse.
Il posa sa main sur le cou de l'animal et gratta affectueusement sa longue robe aubrune. Il hocha la tête à l'intention de sa mère.

"Bien ! Maintenant que c'est réglé, je te propose de débuter notre balade."
Elle ponctua sa phrase en plaçant son pied dans le destrier et en s'asseyant souplement sur sa monture, les deux jambes sur la partie droite -comme un véritable membre de la royauté féminine-.

"Je serais ravi de vous suivre, mère, si je n'étais pas sûr que Bâfre me jettera sur le sol en moins d'une minute."
La reine leva les yeux au ciel. Rien au monde ne causait du fil à retordre à son fils.
"Et bien, essaie de mieux tenir les rênes !"

Sans prêter attention à la réponse du prince, la reine tira sur les brides de son propre étalons pour faire demi tour et entrepris de trotter jusqu'au écuries.

"Je ne sais pas ce qui te préoccupe, mon fils, mais tu as intérêt à l'avoir réglé d'ici ce soir, au dîner avec notre roi !"

ELS [En Pause]Des histoires addictives. Découvrez maintenant