Amir
Je déteste l'été.
À cause d'un pauvre rayon de soleil, les gens se ruent dehors. Ça veut dire plus d'idiots susceptibles de finir au mauvais endroit, et donc plus de boulot pour nous.
C'est ça la règle : on ne laisse aucunes chances aux témoins. Si quelqu'un tombe sur nos transactions, la mort l'attendra avec impatience.
J'entends un hurlement de douleur qui vient gâcher le calme régnant dans cette immense maison au fin fond du Maroc. Pas une nuisance dans un rayon de 20km autour de la villa familiale.
Ce crie, il vient de l'intérieur. Et quelque chose me dit que cet imbécile n'est pas près de retomber sur un de nos trafics... Ou même de revoir la lumière du jour d'ailleurs.
Mes pas résonnent dans ce couloir qui me paraît interminable. Mais j'avance la tête haute et le dos droit, comme on me l'a appris depuis l'enfance.
J'arrive enfin devant la porte en bois massif. L'entre du cauchemar de tout le Maroc.
Je toque : deux coups lents et trois coup saccadé. Et j'attends.
Seul le silence me répond..
Il est là, je le sais qu'il est là ; c'est lui qui m'a convoqué. Mais ce vieil orgueilleux veut me faire attendre, pour assoir un peut plus son pouvoir.
Après quelques minutes j'entends enfin sa grosse voix me dire d'entrer.
Ma main pousse alors la poignée en or pur, et je pénètre dans le cauchemar.
On se fixe d'abord dans le silence, d'un regard dur et froid...Aucun de nous ne baissera les yeux, parce que c'est comme ça : un Bencher ne tourne jamais le regard. Les Bencher sont les prédateurs et ils dominent : on traquent, on chassent et on attaquent sans manquer la proie.
Après quelques secondes qui me semblent être des heures, je brise le silence en premier
- Baba.
- Assieds-toi, mon fils, Me répond mon père.
S'il me demande de m'assoir, ce n'est pas parce qu'il s'inquiète du fait que je sois debout depuis 3h du matin. Il ne supporte simplement pas que je sois plus élevé que lui, même simplement en taille.
Mais je ne discute pas. Même si l'envie de le cogner me fait serrer les points, comme à chaque fois que je le voit, j'ai du respect pour lui. Tout notre empire, c'est lui qui l'a redoré, qui lui a donné gloire et puissance.
Malgré ses cheveux grisonnants, il en impose ce monstre. Une aura autour de lui qui te fait taire avant même d'avoir entreprit de parler. Ça me tue de le dire mais, on se ressemble lui et moi : c'est indéniable. Le plus frappant se trouve dans nos yeux bruns, froids et impénétrables ; presque miroirs les uns des autres.
Encore un hurlement.
Mon père comme moi restons de marbre face à ce son tout droit sorti des enfers. Et j'attends...encore. Il aime ça, me faire attendre.
Je suis sur le point de me lever, quand il prononce enfin :
-Le moment est venu...
⋆。˚ ☁︎ ˚。⋆。
-Ouais, qu'est-ce qu'il se passe mon frère ?
Ibrahim Nadir. Je viens de composer son numéro.
-Ramène-toi.
-Wow toujours aussi courtois. C'est pas grave je me serai contenté d'un « comment tu va Ibra après la nuit qu'on vient de passer à-»
-Tout de suite !
-Ok doucement ma belle, j'ai compris.
Comment il vient de m'appeler là ? Avant que je ne puisse m'attaquer à son arbre généalogique, il continue :
-Écoute le truc c'est que je suis vraiment occupé là. C'est une question de vie ou de mort donc-
J'entends des jouissements de l'autre côté du téléphone. Je vais le tuer de mes propres mains !
-T'ES ENTRAIN DE BAISER UNE PUTAIN DE MEUF IBRA ?! J'ESPÈRE QUE TU TE FOU DE MA GUEULE-
-Oh doucement Amir. Laisse moi t'expliquer calmement, on est des hommes civilisés non ?
Écoute j'avais vraiment les nerfs à vifs, et franchement je me sens plus détendu que jamais là ! Tu devrais peut-être essayer, ça t'évitera d'être en rogne tout le temps.
-Ibra, si tu ne veux pas que je vienne moi-même mettre le feu à Dieu sait où tu es, t'as intérêt d'être là dans les cinq minutes.
-Mais tu ne comprends pas ! J'ai rarement vue des meufs aussi belles ; y'en a une qui ressemble même vachement à ta sœur et-
Non ! Non non non attends c'est pas ce que je voulais dire !
Oh non il n'a pas osé.
-VIENS ICI QUE J'TE COUPE LES COUILLES ! ESPÈCE DE-
-NON EXCUSE-MOI ! Je suis là dans la minute, oh Amir le magnifique et le généreux-
Et il a raccroché. Il vient de me putain de raccrocher au nez.
⋆。˚ ☁︎ ˚。⋆。
-Allo, un problème ?
-J'ai besoin de toi, et tout de suite.
-Bien sûr mon frère, juste une seconde je-
-Ahmed, j'te jure si t'es aussi entrain de te taper une meuf , je vais commettre un double homicide !
Pitié ne me dites pas que l'autre idiot a fini par déteindre sur lui..
-Hein ? Non, de quoi tu parles ? Une grand-mère veut à tout prix me remercier d'avoir payé ses courses. Je crois qu'elle veut me présenter sa petite fille. Enfin bref, ne t'inquiète pas, je pars tout de suite ; je t'envoie ma localisation.
Ahmed Hached : je peux toujours compter sur lui. Plus qu'un simple bras droit, je le considère comme mon frère.
Malheureusement, j'ai aussi fait le choix de me coltiner un bras gauche, et il est sûrement entrain de fermer sa braguette en ce moment même.
Mais peut importe ; aujourd'hui commence enfin l'assaut tant attendu. Et si j'ai convoqué mes deux hommes les plus fidèles, c'est parce que quelque chose de gros se prépare.
Depuis que je sais ramper, mon père m'a toujours inculqué ses valeurs et son éthique. Se lever comme un Bencher, marcher comme un Bencher, toiser comme un Bencher...
Cette famille à un mode de vie prédéfini, calculé ; et c'est ça qui fait sa puissance. Mais s'il y a bien une chose que mon père m'a appris : c'est que l'on ne fait jamais de l'ombre à un Bencher.
Or de l'ombre, on nous en fait depuis trop longtemps maintenant : et ça, c'est intolérable.
Ce serait hypocrite de ne pas citer les envies de conquête qui frappe mon père, dans les causes du chaos à venir. Seulement là, on joue tous très gros.
Ainsi, quand mes hommes arriveront, je leur annoncerai que dès ce soir, nous traverserons la Méditerranée pour rejoindre l'ennemi.
Cette mer qui a témoignée de tant de guerres ; des peuples plus féroces et coriaces les uns que les autres ...
Elle attestera aujourd'hui de notre rage et de notre puissance : les spartiates et les huns n'étaient encore rien face à notre dessein cruel.
Car assurément, je peux l'affirmer : c'est la guerre.
@𝓭𝓪𝓾𝓰𝓱𝓽𝓮𝓻𝓼𝓸𝓯𝓽𝓱𝓮𝓼𝓾𝓷 🫶🏽
VOUS LISEZ
Nos Âmes Solitaires
Roman d'amour« Mon âme était perdue ... et elle à rencontré la tienne » On dit souvent que le bonheur réside dans le fait de trouver son âme sœur. C'est un concept qui m'a toujours paru insensé : la personne avec qui on va partager notre vie est là, qu...
