Contre toi

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Les mots résonnent encore dans ta tête, comme des coups de poignard.

« Tu n'es rien pour moi. »
« Tu sers à rien. »
« Personne ne voudra de toi. »
« T'es moche. »
« T'as vu ton poids ? »

Chaque phrase te hante, chaque souvenir est un cauchemar qui revient te hanter.

Personne n'a jamais été là pour toi.

Pas d'amis, pas de petit ami, juste deux personnes qui te retiennent encore un peu à ce monde : tes parents.

Mais même eux, tout ce qu'ils voient, ce sont les notes. Toujours les notes. Tout le reste n'a pas d'importance.

Tu te réveilles ce matin avec le goût amer d'un autre cauchemar, sûrement le même que les jours précédents.

La peur et la fatigue se mêlent alors que tu te précipites pour t'habiller.
Au moment où tu entends les marches de l'immeuble grincer sous le pas de ta mère :

— Dépêche-toi, t/p ! hurle-t-elle depuis le haut de l'escalier. Tu vas encore être en retard, le réveil a sonné il y a quinze minutes !

Tu avales un grognement silencieux et continues ton chemin. Sa voix est toujours comme ça, pleine de reproches et d'impatience.

Tu espères juste que personne ne remarque cette leçon qu'elle te fait, encore et encore.

Tu quittes l'appartement, le cœur lourd. L'idée d'affronter la journée te stresse tellement que tu sens ton corps trembler légèrement. Arrivée devant le lycée, il n'y a encore personne.

Tu attends dans le froid que la sonnerie retentisse. Personne n'est jamais là à cette heure, et ce silence est presque réconfortant.

Puis le tintement familier de la cloche signale le début de la pause. Ton cœur rate un battement en voyant un flot d'élèves envahir les couloirs.

Les regards se tournent vers toi et tu retiens tes larmes, serrant les poings. Il faut peut-être mieux les éviter, tu te dis, et tu avances rapidement, tentant de disparaître dans la masse.

Mais quelques pas plus loin, une main se glisse dans tes cheveux et te tire brutalement en arrière :

— Tu comptes aller où comme ça ?

Tu n'as même pas la force de répondre. Ton corps tombe presque, heurtant le sol te coupe le souffle.

Les regards des autres se posent sur toi, implacables certains rient, d'autres détournent le regard.

Tu es seule.
Toujours seule.

Les coups s'enchaînent, frappant ton corps et ton esprit. Tu aimerais hurler, mais aucun son ne sort. Ton dos, tes bras, tes jambes... tout semble douloureux, comme si chaque mouvement réveillait la violence que tu subis depuis des années.

Les rires autour de toi se mêlent à tes pleurs. Les minutes passent, lourdes et interminables, jusqu'à ce que ton corps commence à faiblir.
Tu penses que c'est la fin, que plus rien ne pourra t'aider.

Et soudain... un changement.

Une voix grave et nette retentit dans le brouhaha :

— Hé ! Lâchez-la !

Tous se tournent, surpris. Ton cœur manque un battement quand tu vois s/p.

Pas le nouveau timide, mais lui, le populaire du lycée, celui que tout le monde connaît et respecte.

Ses yeux sont durs, mais pleins de détermination. Il ne sourit pas, il ne plaisante pas. Il avance vers vous, et le simple fait qu'il bouge crée un silence dans le couloir.

Les coups cessent presque instantanément, les filles reculent, hésitantes devant son regard.

— Je vous ai dit de la lâcher ! clame-t-il, et sa voix résonne comme un coup de tonnerre.

Il se penche vers toi, te tend la main et t'aide à te relever. Tu sens sa chaleur à travers son pull, et pour la première fois depuis ce matin, tu ne trembles pas autant.

Ton souffle est irrégulier, les larmes coulent encore sur tes joues, mais il n'y a plus cette peur écrasante.

— Ça va... ça va aller, murmure-t-il, le regard rivé sur toi. Ne bouge pas. Je suis là.

Les autres reculent complètement maintenant. Certaines murmurent entre elles, intimidées par sa présence, tandis que toi tu te sens à la fois soulagée et confuse.

Tu ne sais pas ce qui se passera après.
Peut-être qu'il te lâchera, peut-être qu'il restera, peut-être qu'il te parlera... ou peut-être pas.

Tout ce que tu sais, c'est que pour la première fois depuis longtemps, tu n'es pas seule.
Et dans cette incertitude, une petite part de toi se sent... enfin en sécurité.

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