Je repasse en boucle mon programme de la journée, avec une pointe de stress bon soyons honnête, je tremble d'angoisse. La clinique est un argument de choc utilisé par la ville, pour avoir de nouvelles subventions, du matériel, de la nourriture, des médicaments et du matériel médicale. Et aussi montrer au monde que les non-humains ne sont pas dangereux, enfin ça je dois être une des seules à m'en soucier. Bref ce coup de com est primordiale pour notre ville. Ce doit être la première fois que je suis autant attendue pour un job, où attendue quelque part tout court. J'ai passé mes sept dernières années derrière un livre chez moi ou à la bibliothèque de la fac. Et aujourd'hui je n'ai pas trop évolué, je dois l'avouer, même si je suis obligée de tenir ce journal, je suis plus à l'aise derrière mon écran à écrire.
Un chauffeur est envoyé par le maire pour m'emmener à la clinique. C'est tirée à quatre épingles que je me présente devant le maire, et ses conseillers et les journalistes présents, et les citoyens curieux, et les détracteurs du maire, et les chômeurs qui n'ont rien de mieux à faire... Tellement de monde attroupés autour de nous, je crois que je vais faire un malaise. Franchement n'importe qui verrai que mon sourire est forcé, crispé, et que mes talons me font horriblement mal aux pieds. Pourtant je salue les journalistes et serre la main du maire en prenant un air fier et assuré. On poursuit par la visite des locaux, vrai un cortège de journalistes, triés sur le volet, de toutes espèces et venant de plusieurs médias connus se forme derrière moi et le maire. Le directeur de la clinique s'adresse à nous deux en apparence mais toutes ces informations sont plus pour les journalistes présents. Puis, arrivés devant l'entrée de la clinique, on me fait lire un discours sur l'entente et l'avant-gardisme des démarches de la ville. je fais un rapide topo sur les recherches menées sur les non-humains jusque-là, histoire de dire qu'ils ne sont pas contagieux ni dangereux. J'affirme mon envie de voir la clinique devenir un véritable hôpital et je déplore l'absence de services publics dans la ville. Cet après-midi, devrais répondre aux questions des journalistes et on finira par un interview de moi et du maire. Bref de toute la journée je ne vais pas toucher à un échantillon d'ADN, de sang, de peau ou même à un stylo.
Heureusement le directeur de la clinique nous fait entrer avant qu'une émeute encore plus grosse ne se forme. Il est assez petit et rond et ses yeux sont petits et perçants, je crois que je l'ai déjà vu dans une revue locale, si mes souvenirs sont bons il est un docteur désavoué par la profession. Il a l'air un peu sournois mais avec sa petite moustache et ses cheveux gominés il n'a pas l'air bien méchant, ni très malin. Il nous présente sa clinique, son "bijou de l'humanité", un bâtiment presque neuf, visiblement nettoyé et désinfecté pour l'occasion.
"Nous avons un système de tri des patients très performant, nous pouvons soigner humains et non-humains sans jamais les mélanger, ce qui accélère la prise en charge des besoins spécifiques de chacun. Ajouta le petit gros en montrant sa salle d'attente séparée en deux, soigneusement délimitée par un ruban adésif rouge et blanc. Voici à gauche la délicieuse Dalhia notre infirmière d'accueil pour les patients humains, elle est faite de chair et de sang, ajouta-t- il l'air joviale et sur le ton de la plaisanterie cachant à peine son oeil lubrique posé sur les cuisses de la jeune infirmière. Et voici, Melaïna notre infirmière d'accueil pour les non-humains, une charmante et dynamique jeune loup-garou, ici le maître mot est l'efficacité et non la discrimination. Nous donnons à chacun et chacunes l'opportunité de se former et de travailler dans un endroit sûr et sain. Nous soignons tout le monde, sans faire attention à l'argent où à la fourrure de nos patients...Evidemment nous ne nous occupons pas des animaux de compagnie." Cet homme a le don de placer ses commentaires plus que déplacés sur le ton de la plaisanterie, heureusement les deux infirmières plus que professionnelles ne relèvent pas. En même temps, avec les spectateurs qui observent chacun de nos faits et gestes...
Il présenta sur le même ton un peu condescendant, les infirmiers en charge des patients, un jeune humain à l'air fatigué, il doit avoir un peu moins de mon âge et une petite femme aux cheveux noirs portant un masque chirurgicale. Sa blouse, bien repassée et d'un blanc éclatant avait visiblement été retouchée un peu maladroitement pour laisser ses quatre bras bouger librement. Amusant, engager une femme araignée à plusieurs bras pour assurer la charge de travail de quatre personnes. Apparemment, tout est vraiment fait pour que les humains et les non-humains n'aient aucuns contacts. Le maire montrait un air assuré aux journalistes, et de temps à autres posait des questions sur le matériel et sur leur travail aux infirmiers qui se tenaient droits comme des i face à lui, comme s'il inspectait ses troupes militaires. Ce qui se comprends ce vampire de presque 200 ans qui n'en donne que 50 est l'espoir de tous les non-humains enfermés ici avec nous.
Ashley Withlers
J- 1 En enfer
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Dans les tréfonds de l'enfer
Ciencia FicciónEn 2040, après l'évitement de la crise climatique de 2022, polluant l'air, de nouvelles espèces sont apparues et vivent en harmonie dans les sociétés humaines, vampires, loups garous, et morts vivants. Ashley nouvellement diplômée en médecine avec u...