CHAPITRE 28

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ALLISON

- Si tu me racontes ce qui s'est passé, ce qui te tracasse derrière ton air de gros dur, je te dirais quelque chose sur moi, dis-je pour voir sa réaction.

- Mon air de gros dur ? il répète, amusé.

Je souris avant de m'asseoir plus confortablement sur le lit. Je me mets en tailleur avant de passer mes cheveux derrière mes oreilles. Je baisse discrètement les yeux sur le torse de ce mec qui hante beaucoup trop mes pensées. J'ai envie de m'allonger à côté de lui.

- Oui, les mots sont peut-être mal choisis, mais, tu sais, tu n'es pas obligé de toujours paraître fort.

- Garder tout pour soi est encore le meilleur moyen de se protéger, il lâche, sûr de lui.

- Peut-être, mais parler de tes problèmes ne fait pas de toi quelqu'un de faible, au contraire.

Il reste silencieux quelques secondes en fixant le plafond. Je me demande s'il va répondre, ou s'il va essayer de se défiler. Je vois sa pomme d'Adam monter et descendre dans sa gorge. Il redevient nerveux.

- Cet été, j'ai eu la brillante idée de proposer un week-end à Las Vegas à Alec et deux de mes meilleurs potes. On est parti tous les quatre, mais sur le chemin du retour, nous avons eus un accident, il lâche, d'une voix plate.

- L'accident dont tu m'as parlé, dis-je en baissant les yeux sur sa cicatrice.

- Oui, cet accident-là. J'ai passé un week-end incroyable, jusqu'à ce que je me réveille à l'hôpital. Mon ami, Matt, qui était côté passager, est mort sur le coup, et mon ami Wayne, qui était derrière lui, s'est retrouvé en chaise roulante. C'est Alec qui conduisait ma voiture.

Il prend une grande inspiration pendant que je lutte pour ne pas me mettre à pleurer. Les accidents de voitures me rendent particulièrement sensible. Je ne peux pas m'empêcher de penser à ma sœur. Je suis contente qu'il se confie à moi et je suis triste pour lui. Mon cœur bat de plus en plus vite.

- Nous étions sur la voie de gauche, en train de doubler. Une voiture est arrivée à vive allure sur notre droite et elle a tapé l'arrière droit. On est sorti de la route en faisant plusieurs tonneaux.

Ce qu'il me dit lui coûte beaucoup, je le vois bien. Il est sûrement en train de revivre dans sa tête ce qu'il s'est passé. J'imagine très bien ce qu'il doit ressentir. Plus il parle et plus je me sens mal.

- On m'a opéré en urgence et c'est pour ça que je me retrouve maintenant avec cette cicatrice sur le ventre. J'en ai aussi une au-dessus du crâne. Ça ne me fait pas mal, mais ça me rappelle sans arrêt le jour où j'ai perdu l'un de mes meilleurs potes. Je sais qu'Alec m'en veut parce que je ne vais plus le voir. A chaque fois que je lui ai parlé au téléphone, il était bourré et il parlait sans arrêt de Matt. C'est pour ça que je l'ignorais un maximum jusqu'à ce soir. Et Wayne, c'est dur d'assister à sa rééducation. A chaque fois je me dis que c'est injuste, que j'aurais dû ou aurais pu être à sa place.

- Je suis désolé pour toi, dis-je doucement en voyant qu'il ne continue pas à parler. Je comprends que ça doit être dur. C'est normal d'avoir peur de les voir après ce qui s'est passé, mais, tu peux être là pour eux malgré tout. Vous avez tous vécus la même chose, vous pouvez vous en sortir ensemble.

- Oui, mais le problème, c'est que quand je les vois, je repense encore plus à ce qui s'est passé. J'ai l'habitude de fuir mes émotions.

- C'est tout à fait normal. C'est encore récent. Mais, je pense qu'Alec a besoin de toi. Comme j'ai pu le voir ce soir, il ne va pas bien.

JOHNSON - Fuis-moiDes histoires addictives. Découvrez maintenant