« Mademoiselle Ari, Madame votre mère désire vous voir dans le petit salon. » Je suivis l'intendante hors de ma chambre. La demeure était décorée avec soin, des tableaux onéreux étaient accrochés au mur. Qu'importe où mon regard se pose, la demeure transpirait la richesse. Les pièces les plus sobres étaient ma chambre et celle de Ian. Elles n'étaient pas loin l'une de l'autre et ce petit brigand aimait passer du temps avec moi car la solitude lui pesait en dehors des cours de Madame Christy.
Cette maison était une prison dorée, nous ne pouvions circuler à l'intérieur de celle-ci que si nous y étions invités et certaines pièces comme le bureau nous étaient complètement interdites. Raison de sécurité appliquait dans chaque foyer de Taki, nous pouvions être des imposteurs et ainsi avoir accès à des papiers importants.
Je marchais derrière Madame Obry, c'était le bras droit de ma mère. Elle avait les cheveux grisonnants, ils étaient attachés dans un chignon très serré. Elle avait un air strict mais elle agissait de façon juste avec Ian et moi. Ce n'était pas quelqu'un qui laissait paraître facilement ses émotions cependant je ressentais tout de même son affection pour nous à travers de petits gestes: des sourires discrets, sa façon de nous regarder. Elle était bien plus maternelle que notre propre mère et moi, je l'étais envers Ian comme pour compenser l'absence de mes enfants dans cette nouvelle vie.
« Vous savez pourquoi mère veut me parler ? » dis-je. « Elle veut vous parler de la cérémonie de la Révélation. Et puis, il y a un séduisant jeune homme avec elle. » Répondit-elle sans même se retourner. Au travers de sa voix, j'entendais une pointe d'excitation. Cela me fit sourire et m'amusa presque de la voir ainsi. Mais je fus vite rattrapée par la réalité. Je me représentais déjà ce « Monsieur Jeremy » avec son « beau costume ». Cette pensée me donnait des envies de meurtres avant même d'entrer dans le petit salon. Hors de question qu'il me prenne encore de haut, mais il fallait que me fasse violence pour rester dans mon personnage si je ne voulais pas voir ma tête rouler à mes pieds. Allez, «Haut les cœurs » et self-control.
Il m'avait tout de même troublée pendant la valse, c'était indéniable, et je détestais cette sensation de perte de contrôle. J'avais ressenti son attirance et cela qui m'avait prise de court. J'étais curieuse de savoir ce que ce « tuteur » allait pouvoir m'apporter comme « savoir » ?! Je redoutais le moment où j'allais me retrouver seule avec lui. Je craignais mes réactions, je devais me contenir, tenir mon rôle. C'était une question de vie ou de mort. Tout pouvait s'effondrer du jour au lendemain, alors que j'avais mis des années à gagner la confiance de chaque personne dans cette maison. Je savais que certains domestiques, nourrissaient toujours des doutes à mon égard, mais cet homme allait constituer une véritable menace pour mon secret.
Sa langue était tranchante comme une lame de de couteau. Personne ne m'avait parlé comme lui avant dans cet univers, je ne pouvais savoir si c'était la norme hors de ces murs. Je priai dans mon for intérieur qu'il ne réitère plus ce genre de comportement avec moi, ainsi je pourrai maintenir mon jeu d'actrice en place.
Nous étions arrivées devant la porte fermée du petit salon. A l'intérieur, j'entendis trois voix : Celle de ma mère, de Madame Christy et celle de Monsieur Jeremy. Madame Obry se tourna vers moi et je pouvais dans ses yeux qu'elle pétillait d'enthousiasme pour moi, même si elle gardait son sérieux. Mon Dieu ! Si elle savait que moi, je préférerais à ce moment-là prendre mes jambes à mon cou. Je lui souris du mieux que je pus pour ne pas lui retirer toute sa joie et l'inquiéter. Je me redressai et réajustai ma robe. « Vous êtes prête, mademoiselle ? ». Je hochai la tête.
L'intendante ouvrit les deux portes. Elle entra et se positionna sur le côté pour me dévoiler au petit monde réuni dans le salon. Tous les regards se tournèrent vers moi.
Je perçus une vague de panique, de stress, me submerger. Je n'appréciai pas me sentir scrutée, à part si je l'avais décidé et que je maitrisais la situation. Ici, je n'avais aucun contrôle sur le déroulement des évènements. J'essayais de me recentrer sur moi-même en effectuant des exercices de respirations apprises lors de cours d'accouchement sur Terre, cela m'aidait à rassembler mes esprits.
Je fis la plus belle révérence que je pus, en me relevant je croisai le regard de ma mère, et l'air pincée de Madame Christy. À mon avis cette révérence n'était pas encore assez bien pour la veille chouette. Mon cœur s'emballa dans ma poitrine. Mon souffle redevenait irrégulier. Je sentais le rouge me monter aux joues. Son regard était rivé sur moi. J'avais l'impression qu'il me déshabillait, qu'il me jaugeait encore une fois. Je me sentais prise au piège de ses yeux bleus et de son sourire malicieux. Il y avait quelque chose d'animal chez lui, je n'arrivais pas à déterminer ce que c'était, mais cet homme transpirait le danger. Dans ma tête, j'entendais toutes les alarmes s'allumer, mais mon corps ne répondait pas, il était comme figé sur place par son attraction.
Ma mère vint à mon secours en m'enlaçant dans ses bras ce qui me permit de rompre ce lien, cette chaîne invisible qui me retenait prisonnière de son emprise. « Mon enfant, je suis si heureuse de vous voir. Je vois que vous connaissez déjà votre tuteur au vu de votre réaction. » Je lui renvoyais un sourire timide feignant l'amour d'un enfant pour sa mère. « Oui, nous avons été présentés lors de l'entraînement de valse. Madame Obry m'a dit que vous vouliez me voir, mère. » dis-je de la voix la plus enjouée possible. Aux Oscars j'aurais eu un prix pour cette interprétation, j'aurai dû me reconvertir comme actrice.
Elle me désigna un canapé de la main, je pris place dans celui-ci. Mère et la veille chouette s'assirent dans un canapé en face de moi. Une petite table était installée entre nous. Le thé et des petits gâteaux y étaient disposés, ce qui annonçait que la conversation aller durer. J'avais appris à reconnaître les petites manies de ma mère quand elle devait aborder un sujet un peu délicat. Monsieur « gueule d'ange » eu l'idée du siècle : s'asseoir à côté de moi. Il s'était tourné de façon à pouvoir me voir et mieux décortiquer chacune de mes réactions, mais il avait un de ses pieds en contact avec mon pied droit.
Un pied ! Un pied et ça me perturbait ! Son contact me perturbait !
Je sentais déjà son parfum emplir mes narines et me faire tourner la tête.
« C'est un plaisir de vous revoir, Ari. J'espère que ma présence à vos côtés ne vous dérange pas ? » Il détacha chaque mot comme une arme. Je fis non de la tête. Sa voix était une mélodie diabolique pour mes oreilles, mon cerveau et ma libido. Il me faisait perdre toute notion de réalité en quelques secondes. Je décidai de croiser les jambes comme pour mettre de la distance entre nous et retirer son contact de mon pied. Il se repositionna de façon à ce que son pied reste en contact avec moi. Il toucha mon pied gauche.
Oh my god! Il allait me rendre folle, folle de rage !
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La voleuse d'âme
ParanormalAri est venue au monde en tant que réincarnée. Elle est née dans la mauvaise famille et doit cacher sa vraie nature. Mais la cérémonie de l'ascension approche pour elle, le risque d'être découverte à ce moment-là est grand. Une guerre entre « vérita...