Allez Pippa, motive-toi, ça va aller. Tu fais un grand sourire, tu dis que tu vas bien et cela devrait aller. Personne ne cherche réellement à savoir si une personne va bien. Les gens ne s'intéressent qu'à eux-mêmes. Ils vont faire semblant de s'intéresser à toi, à tes émotions que si cela leur permet de faire bonne figure. Allez hop debout. Café, livre, douche, habits, maquillage, voiture et travail.
En tant que psychologue médico – légale alias psycho – criminologue spécialisée en délits et crimes sexuels, je passe mon temps entouré de personnes non fréquentable ou de victimes.
" Bonjour Mr Angeles, on se voit dans le cadre du procès à votre encontre pour les faits de viols avec des violences physiques et séquestration. On va en discuter ensemble, je ne suis pas là pour vous juger. Ensuite je ferais un rapport pour le procès et je déterminerais si vous êtes responsable ou non de vos actes. Vous pouvez me faire confiance dis -je.
- Bonjour Docteur Rabelle, je vais tout vous raconter dans les moindres détails, j'assume mes actes, j'ai toujours assumé mes responsabilités, demandez aux policiers. J'ai pas nié quand ils avaient eu les preuves nécessaires prouvant que j'étais le responsable. Parce que j'en suis fière, très fière m'expliqua Mr Angeles avec un grand sourire et une perversité dans les yeux et une dose d'excitation dans la voix. "
Notre entretien se fait, je note ses mots, ses tournures de phrases, sa façon de dire les choses, son attitude. Je reste froide et distante. Je ne peux pas me permettre d'être touché ou d'être émotionnelle. Je passe mes journées avec des criminel·le·s ou des victimes. Je dois savoir faire la part des choses. Je dois être comme de la glace ou créer un mur en diamant, non pénétrable. C'est pas toujours facile de bloquer ses émotions et ensuite de les reprendre car les propos dis, eux, ils restent et peuvent hanter la personne et surtout peuvent faire resurgir des souvenirs enfouis.
Malgré toutes ces précautions prises, un moment je reste figée parce qu'il a dit une chose qui a fait un déclic en moi.
" Je l'ai observé, elle était belle dans son legging noir, ses baskets de courses violette, sa brassière noire et son maillot transparent. Elle était sexy juste pour moi. Rien que pour moi. Son legging était moulant, galbait ses jambes et mettait en valeur son fessier bien rebondi. Elle me faisait bander. Je la voulais. Je devais la posséder. Alors je l'ai regardé partir en courant, doucement et je l'ai suivi. J'ai attendu qu'elle ait parcouru une certaine distance et qu'elle soit éloignée de tous pour pas être embêté pendant notre affaire. Et je lui ai sauté dessus, collé contre le mur, retourné pour qu'elle me fasse face. Mis ma main sur son beau fessier aussi ferme que je l'espérais. Mon pénis a durci direct. Alors je l'ai embrassé, sa peau était douce et ses lèvres charnues...... "
À partir de là, je décroche, j'arrête d'écouter. Je suis ailleurs, je pense à autres choses. Je repense à des souvenirs enfuis, du moins je suis submergée par des souvenirs. Je commence à perdre le contrôle de ma respiration et à ce moment que je comprends que j'ai perdu mon mur. Que je me suis laissée prendre par mes émotions. C'est à ce moment-là que je commence à avoir peur.
Je reprends de justesse mes esprits, je prends de grandes respirations, j'essaye de calmer mon corps qui tremble et mes muscles qui font des petits sursauts comme pour me faire comprendre qu'au fond je suis touchée et que j'ai perdu le contrôle de mes sentiments et que j'ai perdu la manche contre Mr Angeles.
Après avoir fini d'écouter le témoignage de Monsieur Angeles et d'avoir noté ce que j'avais à noter, je suis parti en souhaitant une bonne journée à Monsieur Angeles. Même si au fond de moi, je voulais lui demander de me raconter ce que j'avais pas écouté mais faudrait que j'admette avoir perdu le contrôle et mon égo refuse que j'admette ceci. Alors j'y reviendrais plus tard.
Me voilà enfin sorti de la prison, même si j'y vais en tant que psy, ce n'est pas agréable d'y être. C'est froid, triste, violent, ça vous prend aux tripes, vous vous sentez enfermés, broyés, asphyxié. Vous avez du mal à respirer normalement et à garder la tête haute. Vous devez vous montrer fière, droite, hautaine, arrogante pour vous protéger surtout en tant que femme. Et en tant que femme séduisante. Alors je lève la tête et j'y vais mais dès que je ressors je respire un grand coup comme si on m'avait coupé la respiration et je me dépêche de monter dans ma golf V pour me sentir protéger. Je démarre, part direct et au bout de 10 km, je m'arrête sur le bas-côté, je me détache parce que je suis en train de suffoquer, je mets ma tête contre le volant, ferme les yeux et j'essaye de reprendre ma respiration normalement, mais j'y arrive pas, dès que je ferme les yeux, je vois des images bouleversantes, dont je pensais avoir verrouillé à double tours dans un coffre enrobé de diamant et de rhodium pour être tranquille.
J'ouvre la portière en grand, je tombe part terre, ma respiration est irrégulière et forte, je tombe contre le sol, en voulant hurler, mais je ne peux le faire, mon cri reste dans ma gorge. Je tombe au sol, mon corps est allongé sur la terre, je me mets sur le dos et me force à prendre de grande respiration, ceci me brûle la gorge, me fait mal aux poumons mais ma tête va mieux, vu que je ne peux crier alors je tape énergiquement contre le sol avec poings et mes pieds. J'arrache l'herbe pour faire face à ces émotions, à cette perte de contrôle, à cette peur et à ma responsabilité dans mes actions passées que j'ai certes assumées mais pas accepté.
Les verrous mis en place ont sauté sans le vouloir et si c'est arrivé c'est que mon inconscient considère que je suis prête à affronter mes démons dans les moindres détails. Voilà pour l'inconscient existe, il sert à protéger jusqu'à qu'on soit apte à les avouer et à les accepter dans toute sa splendeur.
Je me suis mise a versé des litres et des litres de larmes. S'en pouvoir m'arrêter. Je ne pouvais arrêter de pleurer, même les yeux grands ouverts, je pleurais encore. Au moment où j'ai laissé la première larme coulée, j'ai ouvert le robinet qui s'est abreuvé de tant d'années de souffrances. Maintenant je dois laisser le robinet se tarir et relever la tête et garder la tête haute. Ma couronne doit rester à sa place. Ma couronne a failli tomber mais jamais elle a touché la terre. Je le dois pour Philippa et Pierre. Je le dois pour Almodie. Je le dois pour toutes les personnes qui comptent sur moi. Je fais partie des gens qui n'ont pas le choix de rester debout.
J'aurais aimé qu'il ne fasse pas ce déclic maintenant, genre jamais aurait été bien. Je suis dans le boudin comme jamais.
Je dois rester digne, forte et imperméable. Je dois garder ma souffrance, mes peurs, mes souvenirs en moi et tout ça ne doit impérativement pas être voyant. Je dois remettre mon masque d'antan.
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Abandonnez tout espoir
Non-FictionPhilomène est une jeune femme qui a su s'élever socialement en faisant des choix qu'elle ne regrette pas au contraire, elle ne renie pas son milieu social d'origine, elle en est fière même. Philomène est une docteure en psycho - criminologie, côtoi...