Concours nº2 : Textes

210 14 4
                                        

Salut salut les Gadjets ! Donc voici les textes pour ce second concours. Ils sont numérotés. Il faudra choisir dans l'ordre vos trois textes préférés et que vous pensez méritant. Donc vous mettez tout simplement en commentaire les chiffres dans l'ordre. Je vous laisse une semaine pour choisir et si j'y arrive, au bout de ces 7 jours j'afficherai les noms des participants en fonction de leurs textes, les critiques, ainsi que les trois gagnants. Voilà, sur ce, je vous souhaite une bonne lecture !

•Textes nº1:

Celle qui entend

Le soleil écarlate était sur le point de se jeter dans l'océan lorsqu'elle surgit d'entre les rochers déchiquetés au bas de la falaise. Le sable humide présent entre les blocs s'accrochaient à ses plantes de pieds et faisaient souffrir sa chair à vif. Quand les vagues vinrent lécher ses chevilles, un sourire ourla ses lèvres. La jeune femme entra prudemment dans l'océan Nennvial, frissonnante au contact de l'eau glacée. Elle avançait sans regarder où elle posait les pieds, et ne réagissait pas lorsqu'une algue visqueuse effleurait ses membres. Elle nagea entre les creux et les vallées des vagues jusqu'à une petite barque au bois usé et fragile, ancrée entre deux rochers. Ceux-ci l'épargnaient plus ou moins de la violence de l'océan qui projetait, jour après jour, nuit après nuit, des masses d'eau d'une force surnaturelle. La jeune femme s'agrippa au bord vermoulu et se hissa péniblement dans le fond de l'embarcation. Un soupir secoua sa poitrine, mais elle ne sut pour qu'elle raison elle l'avait poussé. Sans s'attarder sur la question, elle saisit les perches surmontées d'une planche grossièrement taillée en arrondi. Elle remarqua que l'une d'elle était brisée en deux. Elle remonta l'ancre et plongea les rames dans l'eau, puis franchit le rempart rocheux. La jeune femme affronta les vagues, qui malgré leur calme ; hissaient tout de même la barque assez haut. Elle devait lutter contre un faible courant, qui tenait à la ramener sur la terre ferme. Mais sa volonté triompherait de ce mouvement d'eau. Elle rama avec plus de force et d'insistance, ignorant ses muscles qui tremblaient sous l'effort.
Quand le continent eut disparu derrière elle, la jeune femme lança l'ancre par-dessus bord. Le soleil n'était plus qu'une semi-sphère d'un rouge incandescent, à moitié immergé. Elle resta immobile durant de longues secondes, avant de sortir un flacon de la poche de sa tunique en lambeaux. Elle retira ensuite son vêtement. Le vent caressa son corps nu tandis qu'elle levait le récipient à ses lèvres. Elle fixa un instant son contenu doré et miroitant, qu'elle avala d'un coup. La jeune femme sentit le liquide descendre dans sa gorge, jusque dans son estomac, comme si un feu la ravageait de l'intérieur. Elle eut soudain très soif. Elle attendit que la potion se propage dans son corps, et son regard s'abîma dans l'eau grise. Elle repensa au charlatan sec et élancé qui lui avait cédé avec réticence sa décoction. « C'est pour les branchies », avait-il ajouté, d'une voix emplie de soupçons et de mépris.
Elle se mit lentement debout. Son visage inexpressif se reflétait dans l'étendue liquide. Des cheveux bruns, des yeux sombres à la couleur indéfinissable, des traits fins et particuliers propres au mélange sanguin dont elle était le fruit. L'un de ses orteils toucha la surface. La jeune femme jeta un regard derrière son épaule. Une vague titanesque se précipitait sur sa frêle embarcation. Elle n'avait plus le choix ni la possibilité d'hésiter. Elle prit une grande goulée d'air, et sauta en projetant des gerbes d'eau et d'écume.
Le fracas de la vague s'écrasant sur sa barque lui parvint comme dans un rêve. L'eau sombre l'entourait et elle s'y enfonçait doucement, comme dans une couche nuageuse. Le froid ne l'atteignait plus, et elle ouvrait grand ses yeux, cherchant la beauté de l'océan qui lui avait tant manqué durant ces longues années. Tout avait commencé ici, tout finirait ici, là où elle avait décidé, et non sur un champ de bataille que d'autres avaient choisi, loin de l'eau, mais aussi près du sang qu'on pouvait l'être. Leur bêtise et leur obstination ne méritaient pas qu'elle donnât sa vie pour une cause futile, ou pour terminer une guerre qui se rejouerait siècle après siècle, immuable. Ses yeux s'étaient habitués à la faible lumière des profondeurs, et des formes se dessinaient peu à peu. À sa droite, des coraux pourpres, jaunes, oranges ou blancs se déroulaient en un sentier sinueux et coloré, peuplé de poissons aux teintes et aux motifs improbables. Là, un banc d'animaux aquatiques jaunes mouchetés de brun, ici un poisson mauve aux yeux globuleux, un peu plus loin, une méduse pâle côtoyait un poulpe écarlate dont l'un des tentacules avait été amputé d'une façon peu naturelle : le membre s'arrêtait si nettement qu'on l'aurait cru coupé à l'épée. À droite, une raie agitait paresseusement sa queue, et tout près d'elle, elle distinguait une masse d'ombre, probablement un requin. L'eau était devenue presque noire à mesure que la jeune femme s'enfonçait dans les abysses de l'océan, non loin du lieu où elle était née.
Ses poumons commencèrent à la brûler. Elle passa le bout ses doigts là où auraient dû se développer ses branchies. Elle ne toucha qu'une peau parfaitement lisse. Elle sourit. La potion était efficace: nulle aspérité ne venait déformer la ligne de sa mâchoire et de son cou. D'une main alourdie par la pression et le manque d'oxygène, elle défit les épingles qui retenaient sa chevelure brune. La perruque se détacha de son crâne et flotta à côté d'elle, tandis que ses cheveux naturels, où se mêlaient des mèches rouges et d'autres vertes, furent libérés.
Au loin, apparurent soudain les contours du village où elle avait grandi. Elle reconnut les hautes arcades de pierre, recouvertes d'algues semblables aux longs bras d'une pieuvre et les allées entre les huttes de corail. Elle se souvint des fêtes où s'invitaient différents poissons, les chants, les danses et le buffet garni de plats simples mais délicieux. Ce lieu féérique et plein de vie était désormais en ruine, jonché de cadavres que les courants marins berçaient dans leur sommeil éternel. Cette vision macabre en amena une autre, sur la terre ferme : les murs de flammes qui s'élevaient vers le ciel, l'odeur de chair brûlée et putride, le sang giclant sous les armes des soldats qui combattaient pour une guerre au but imprécis. Elle maudit ces dieux inactifs au savoir infini, qui se délectaient de ces massacres sanguinaires.
La bouche de la jeune femme s'entrouvrit et l'eau y pénétra, emplit ses narines et sa gorge, descendit lentement vers se poumons. Le noir l'entoura. Elle leva ses yeux injectés de sang vers l'invisible surface quelque part au-dessus d'elle. Sa quête lui parut alors encore plus absurde que la guerre qui se jouait depuis des siècles. Partir à la recherche d'une personne dont elle n'avait pas besoin, qui l'avait abandonnée et rejetée, alors que l'océan était là, à portée de main, prêt à l'accueillir en son sein depuis toujours. Ses yeux se remplirent de larmes, qui se mêlèrent aux courants marins. Sa conscience commençait à décliner, le froid se propagea alors dans son organisme comme les doigts glacés de la mort, qui l'enlaçait de son étreinte douloureuse. Ses muscles se raidirent, son souffle s'éteignit dans un râle, et ses yeux devinrent vitreux. Tandis que son cadavre se déposait doucement sur le sol, des dizaines de mètres plus bas, l'âme de la jeune femme remonta à la surface et se mêla à l'écume immaculée qui bordait la crête des vagues impétueuses, parfois caressées par les ailes d'un albatros.
Rien de ce que la jeune femme avait été pendant son existence mortelle ne subsistait désormais. Elle faisait partie intégrante de l'océan, elle chantait et criait avec lui, montrait sa colère par de dangereuses tempêtes et abritait tout un monde que personne ne devait connaître. Le nom que lui avait donné l'eau salée était à présent susurré aux plages de sable et de galets, hurlé comme une condamnation lors des ouragans, scandé les jours de beau temps : Elentiya. Celle qui entend.

Gadji et ses conseilsDes histoires addictives. Découvrez maintenant