♥ La force de la solitude

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Lorsque j'étais au collège, finir tout seul dans la cour de récré, c'était assez honteux. ça voulait dire que personne ne voulait de toi, et tu devenais la cible idéale des mecs avec cette coupe : 



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Oui j'ai vraiment été emmerdée par un type avec cette coupe, qui en plus avait la mèche qui tombait dans l'oeil, donc toutes les 5 min il remettait ses cheveux en place comme une fille.

Littéralement ça : 


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Parmi ses "arguments", nous retrouvions :


t'as pas une tête à avoir un iPhone, je crois que t'en auras jamais

t'as des lunettes, t'es une intello 

t'es moche


J'ai fait à peu près le tour. Est-ce que ce sont des arguments qui te font avancer ? Non. Est-ce qu'il aurait dû fermer sa gueule ? Oui.


Malheureusement, il semblerait que ce genre d'individus se multiplie en cette époque. Sans aucune conscience que leurs mots ont un impact chez une jeune fille de 12 ans, qu'elle peut avoir des ennuis sans avoir envie de les afficher partout. Surtout, ce genre de comportements n'est pas digne d'un jeune garçon mais d'un lâche, sans aucune force. Sans couille, devrais-je dire dans leur langage de gueux de 1715, n'est-ce pas ? Avez-vous au moins un broc pour laver votre honneur en plus de votre cul ?


Et parce que je vois les jeunes filles arborer un fabuleux sourire en lisant ces lignes, mesdemoiselles, je vois aussi beaucoup de comportements indignes dans vos rangs. Si vous êtes du genre racoleuses, à divulguer des infos sur les gens sans vous soucier que ce soit vrai ou non, sachez-le : c'est dégradant et c'est honteux. C'est dégradant pour vous, pour votre propre estime, et pour la condition des femmes en général. Et par pitié, vous ne pouvez pas arrêter de surréagir pour tout et n'importe quoi, et garder une voix juste NORMALE ? Vous avez raté le casting d'Alvin et les Chipmunks, d'accord, mais épargnez-nous cette voix insupportable, par pitié !


HIIIIII *se bouche les oreilles*


Et après ça s'étonne de ne pas être prises au sérieux...


La solitude, lorsque, par la force des choses, croise notre chemin et dresse une barrière avec les autres, elle nous force à l'introspection. Certains vont s'en acquitter. D'autres n'arrivent pas à se regarder en face, et préfèrent se tourner vers des personnalités peu recommandables.


La solitude n'est facile pour personne, même lorsque tu es "habitué", ce n'est jamais plaisant de voir les personnes rire entre elles et te dire "mais bordel, pourquoi pas avec moi ?"


Or les raisons en sont multiples, souvent même, on ne peut rien y faire. Les gens se font une idée de nous, parce que nous avons mieux réussi à un devoir, parce que nous avons eu un comportement mal reçu (mais correct, je précise tout de même), bref, tout est sujet à interprétation et lorsqu'une personne est convaincue d'une chose, alors c'est pratiquement impossible de la déboulonner.


Aujourd'hui, c'est un discours qui s'est généralisé, comme un idéal à atteindre : soyez vous-mêmes ! Or à l'époque, quand j'étais gamine, c'était pas le cas. Ma mère, ma soeur, mon frère, mon père : ils étaient tous là à me dire de me "forcer" à sociabiliser. Même si j'avais envie de ch*er sur les gens (le prenez pas au 1er degré svp).


Je me suis donc forcée, et je suis tombée sur des grosses débiles qui, à défaut de se dire "en marge", ne faisaient que provoquer les autres, à croire qu'elles voulaient être détestées de la terre entière. Un jour, un gros c*n (un de mes harceleurs) leur a balancé que j'étais une mytho, elles l'ont cru sur paroles. Bah oui, des grosses débiles comme je disais. Évidemment, je n'étais pas au courant, donc je me suis retrouvée éjectée du jour au lendemain sans connaître la raison autre que "arrête de mytho" (chouette). J'ai dû sortir avec elles une ou deux fois, hors contexte scolaire, ça m'a suffi (bah oui, quand t'essaies de cramer les doigts des autres, c'est super drôle, allez décoince-toi pauvre c*n).


Je me rappelle même que, quand j'étais à la fac, j'ai recroisé l'une d'elles (appelons-la A.), dans le bus qui m'a sorti cette phrase : "nan mais en vrai, t'as juste à être moins coincée et ça ira". OK donc la meuf m'a pas vue pendant des années, mais elle a gardé une image de moi totalement fausse et tronquée par son jugement de m*rde. Je comprends pourquoi j'ai pas gardé contact.


A force de me forcer (MDR c'est drôle ça comme expression tuez-moi), surprise, je n'ai plus eu envie d'aller vers les autres. Donc, ça m'est arrivée de rester seule, soit assise en lisant, soit à attendre dans les rangs des classes, dans la cour (là où toute la classe doit se ranger, et qu'un prof vient nous chercher, jsp si ça existe encore). Petit à petit, j'ai senti comme un rongeur creuser dans ma dignité, et déposer ce que j'appelle la honte. A chaque tentative de socialisation, je me faisais moquer, plus ou moins frontalement. J'ai appris à déchiffrer les regards, les sourires, les expressions, lire sous les mots.

Mais je suis restée fidèle à moi-même.

La solitude est un choix extrêmement difficile à assumer. Voilà pourquoi ça me fait rire (et m'énerve prodigieusement) de voir des gens rabâcher leur pseudo-solitude, parce que ça y est, on parle du harcèlement, des victimes qui gardent le silence, ou du fait de se sentir seul ; du coup, tout le monde s'engouffre par la porte ouverte. "Oh non, je me suis fait éjectée de mon groupe, tout le monde me déteste ouin ouin je vais me mutiler".

Alors je sais que je vais avoir une opinion qui pourra paraître désagréable, impopulaire, détestable, mais la mutilation, j'y crois pas une seule seconde.

Pourtant j'y ai pensé, j'ai essayé de comprendre la logique qui te pousse à te faire toi-même du mal. Et je ne l'ai toujours pas. En fait, dans une famille dysfonctionnelle, où personne ne fait attention à toi : tu sais que ça n'y changera strictement rien. Tu le sais, et tu sais aussi que ça risque même d'empirer la situation, si tu te fais du mal.

Inversement, si tu tiens à tes amis, ta famille, ça n'a aucun sens de se faire du mal physiquement ; puisque ça va leur faire du mal aussi.

Si c'est pour montrer aux harceleurs ce qu'ils te font : ça va les faire se sentir encore plus puissants, leur montrer qu'ils ont te l'emprise sur toi.

Donc juste, pourquoi ?

Parce que la solitude est, en réalité, une force exploitable... et souvent, pas pour les bonnes raisons.


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