Chapitre 2

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La porte en bois vernis venait de s'ouvrir sur ce que je crois un instant être une hallucination. C'était donc ça le « on t'a trouvée » et les deux billets de train. Le copié collé de l'homme qui était entré en premier referma la porte derrière lui pour s'adosser au mur en me détaillant de haut en bas tout comme l'avait fait le premier homme.

Même corps musclé, même piercing, même tatouage, mais vu d'ici, des yeux moins bleus, des cheveux moins brillants et une carrure légèrement plus fine. Ça ne faisait aucun doute. Ils étaient jumeaux.

-Je ne dirai à personne que je vous ai vu, et je vous emmènerai chez moi pour vous acheter un billet de train, et un couteau que j'ai dans ma cuisine. Est-ce-que vous avez vu qui a empêché cet homme de m'emmener avec lui ?

-Non, désolé, dit celui qui était entré à l'instant. On viens chez toi, à cette heure là, il y a encore personne dans la rue.

Je repousse la couverture, me lève et constate un bandage enroulé autour de ma cheville droite.

Je jette un regard interrogateur aux deux hommes, et le premier que j'ai vu désigne l'autre du menton pour me faire comprendre qu'il s'agissait de son œuvre.

Je le remercie d'un petit sourire, puis m'appuie au mur pour remettre mes chaussures.

Une demi-heure plus tard, je me retrouve dans mon salon à tendre un couteau de cuisine aux deux voleurs les plus recherchés du globe ainsi qu'un petit bout de papier où il est inscrit un code, pour qu'une fois à la gare, ils puissent récupérer
leurs tickets.

-Et, hum, vous prévoyez de tuer quelqu'un ?, demandais-je.

-On l'a toujours fait que quand c'était nécessaire, répond le frère que j'avais vu en deuxième.

-Trois fois, c'est ça ?

-Sept, répond-t-il.

-Aller, on y va, lâche l'autre en fourrant le couteau dans la poche de son pantalon.

Cet air sur son visage m'intriguait. C'est comme si il était de son devoir de partir immédiatement, un peu comme s'il était fermé comme un coquillage, mais comme un coquillage vide.

Son frère paraissait plus ouvert, et plus gentil aussi.

Je ne savais rien d'eux, je ne savais pas pourquoi ils étaient devenus des vagabonds dans le monde entier, ni pourquoi ils m'avaient ramené dans cette auberge sans me voler quoi que ce soit, mais je me sentais redevable.

-Vous pouvez rester ici pour cette nuit, fis-je sans réfléchir plus que ça à mes paroles.

Ils parlementent longuement, le frère aux yeux bleus finit par céder, et le soir même, après le petit déjeuner et le repas de midi, je commande des pizzas et nous passons la soirée sur le canapé devant un film. Malgré qu'ils aient accepté de rester, ils refusent tout deux de me donner leurs noms ou de me dire quoi que ce soit sur eux.

En revanche, le frère aux yeux moins bleus me répond lorsque je lui demande pourquoi ils se font passer pour une seule et même personne. Il m'explique que c'est un système de roulement entre eux, ils sortent de leurs repères un jour sur deux pour avoir moins de chances de se faire attraper par la police. Après un moment de silence, le frère aux yeux bleus se lève et dit à l'intention de son frère ;

-Il pleut dehors. Je reviens.

Une fois qu'il est sorti de l'appartement, son frère répond à mon regard interrogateur.

-Depuis qu'il est tout petit il aime sortir dehors quand il pleut. J'ai jamais su pourquoi.

-D'accord.

Puis voyant qu'il baille, je rajoute ;

-Tu peux prendre mon lit, et il ira dans la chambre d'ami. Je dormirai sur le canapé.

-Merci, dit-il en partant.

Je suis curieuse, quelque chose me pousse à me lever et à sortir de chez moi pour descendre de mon immeuble.

De L'autre CôtéOù les histoires vivent. Découvrez maintenant