Pas assez courageux

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1 089 jours avant...

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Timothy

J'avais que vingt dollars en poche mais après le repas de midi d'hier, je n'ai quasiment plus rien et je ne sais toujours pas où dormir la nuit prochaine. J'ai passé les trois derniers jours à flâner dans des quartiers de la ville plus animés les uns que les autres. J'ai préféré le centre-ville pour être plus discret, passé inaperçu et éventuellement trouver de la nourriture dans les poubelles des restaurants huppés. Leurs poubelles ont des cadenas !

Ce matin, mon ventre gargouille mais je me contente de me nourrir du paysage et du bruit ambiant. Je me laisse bercer par le son régulier des allées et venues du métro et des passants pour oublier les paroles de Roger. Cette fois, il est allé trop loin, même ma mère a tenté de le retenir mais la gifle sur ma joue a fait moins mal que ses mots.

Ma mère pleurait à genoux entre lui et moi. Je sentais son halène de poivrot me repousser, son regard de dégout m'achever. Il m'a traité de p... Le mot ne veut pas sortir. Ce mot-là m'a écorché le cœur et m'a violemment arraché à ma famille. C'était celui de trop, celui qui a peut-être bien bousillé ma vie. Je déteste Roger, depuis le premier jour, depuis qu'il a essayé de prendre la place de mon père dans notre vie.

Le dos contre la pierre froide, je me sens à la dérive, abandonné comme on jette des déchets aussi insignifiants qu'un carton usagé de pizza. J'ai même pas pu dire au revoir à Rosie et maintenant mon portable n'a plus de batterie. Je voulais contacter mon père mais je n'ai pas son numéro et le Canada me semble bien trop loin pour m'y rendre sans argent.

Je remonte mes jambes contre mon buste et repense au message que Roger m'a obligé à envoyer à Killian. C'est le pire dans cette histoire. Il l'a fait exprès parce qu'il savait que je tenais à lui, même s'il ne comprend pas comment deux hommes peuvent être attirés l'un par l'autre. Même si ça le dégoute et lui file la gerbe comme il dit. Je le déteste à un point que je ne pensais pas imaginable. Revoir son regard me tord l'estomac, réentendre ses mots me glace le sang et pourtant ça tourne en boucle dans ma tête, comme un horrible cauchemar sans fin. J'arrive pas à me défaire de cette scène.

Je décide de bouger un peu car mon corps est encore engourdi par la nuit passée sur le trottoir. Je constate que personne n'a volé mon vieux vélo, c'est déjà ça. Je glisse mon sac sur mon dos et me dirige vers un parc arborisé de l'ouest de la ville en pédalant doucement. Les gens y promènent leur chien tôt le matin mais il n'y a pas d'enfant à cette heure matinale. Je passe par les toilettes publiques, sales, et me rafraichis le visage. J'ai l'air aussi fatigué que le miroir fissuré de l'endroit. J'ai des cernes violets et les cheveux en paquets sur ma tête. Je ne dois pas sentir la rose non plus mais je m'en fous.

Qui le saura ? Personne ! Puisque désormais plus personne ne voudra de moi.

Je fais discrètement le tour des poubelles du parc mais les employés de la ville se sont levés plus tôt que moi et les sacs sont vides, tout comme mon estomac. Je reprends mon vélo et parcours quelques kilomètres vers le nord, jusqu'au zoo où on allait quand j'étais petit, avec maman, Rosie et Jackson. Mon frère aîné a quitté la maison il y a longtemps et je ne sais même pas où il est. Il me manque, Rosie me manque. Tout le monde me manque.

Je cadenasse mon vélo dans le parking prévu à cet effet puis j'attends l'heure d'ouverture du zoo. Dès que les portes s'ouvrent, je m'y engouffre en y laissant mes dernières pièces. Je parcours les allées, observe tous les animaux et lis chaque panneau pour faire passer le temps. Le zoo se remplit doucement et bientôt des troupeaux d'enfants courent partout avec leurs parents leur tenant la main. Ils rient, chantent et s'amusent avec l'insolence de leur âge. Ça me rappelle mon enfance. J'ai l'impression qu'elle est tellement loin et en même temps si proche. Un morceau de temps impalpable qui n'est plus qu'une illusion dans mes souvenirs.

Une seule nuit (1er Jet. Terminé)Des histoires addictives. Découvrez maintenant